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Interview

« Sur la PAC, on part de loin »

Présent à l'AG de la FRSEA BFC, Yannick Fialip, éleveur laitier en Haute-Loire et président de la commission économique de la FNSEA, évoque les sujets du moment.

Par Propos recueillis par Berty Robert
« Sur la PAC,  on part de loin »
Réussir

Dans les préparatifs qui entourent la future PAC, on a l'impression d'un niveau d'inquiétude inédit de la part du monde agricole…

Yannick Fialip : « Oui, parce qu'on part de loin. Les premières propositions de la Commission, qui remontent à 4 ans, c'était une baisse du budget, considérant que l'agriculture n'était plus une priorité. Maintenant que la souveraineté alimentaire européenne reprend du sens, on réalise que l'alimentation des Français et des Européens n'est pas garantie, et alors que tous les continents réinvestissent sur l'agriculture, nous serions les seuls à ne pas le faire. Il a donc fallu monter au créneau, réclamer des rallonges de budget. La Commission européenne les a actées en partie, mais pas de manière suffisante et aujourd'hui nous avons sur la table une baisse du budget de la PAC de 13 % pour la France. Nous ne voulons pas en entendre parler ! Au Salon de l'Agriculture, le Président de la République, la ministre de l'Agriculture et le Premier ministre avaient affirmé qu'il ne manquerait pas un euro sur cette programmation. Nous les prenons au mot et nous leur demandons de négocier en ce sens ».

Sur la Loi d'urgence agricole (adoptée le 2 juin à l'Assemblée nationale N.D.L.R.), quels sont les points qui vous préoccupent ?

Y.F. : « On a vu passer un certain nombre d'amendements qui ne vont pas dans le sens d'une aide à l'augmentation de la performance des agriculteurs, sur l'eau, sur l'utilisation des produits phytosanitaires, sur la prédation, sur la prise en compte des coûts de production dans la construction des prix… Il y aura sûrement une correction qui va se faire au Sénat, en seconde lecture, et nous aurons certainement avant l'été une Commission mixte paritaire à l'Assemblée nationale qui tentera de trouver un accord en cas de distorsion entre les textes validés par chacune des assemblées. Le tout est de redonner des perspectives aux agriculteurs ».

Quelle est votre approche sur la baisse des cours de la viande bovine observée actuellement, et sur les craintes des céréaliers qui redoutent une nouvelle campagne décevante ?

Y.F. : « Sur les céréales, on fait subir les conséquences de la guerre en Ukraine aux agriculteurs français, en important du blé ukrainien afin de soutenir l'effort de guerre de ce pays. C'est insupportable, il faut trouver une solution pour aider nos agriculteurs à passer ce cap. J'espère qu'un fonds d'urgence européen sera mis en œuvre cette année. Mais il faut aussi se poser la question de la revalorisation du prix de nos céréales, de notre viande bovine, de notre lait. C'est tout l'objet du travail que nous faisons sur Égalim, avec la construction du prix en marche avant et la prise en compte des coûts de production. On doit continuer dans ce sens pour les agriculteurs actuels mais aussi pour les jeunes en formation qui ont le projet de venir dans ces métiers. Ils ont une attente légitime de garantie de revenus ».