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Déshy'21

Un sursaut attendu

 


 

Par AG
Un sursaut attendu
Pascal Guérin, le 11 juin, jour de l'assemblée générale de la Déshy'21.

Il y a eu des jours meilleurs à Baigneux, c'est certain. Pour commencer, parlons de la luzerne, le produit phare de la Déshy'21 : la récolte avait déjà été d'un faible niveau l'an passé mais 2026 s'annonce encore pire, comme le retrace le directeur Jean-Luc Longechamp : « Nous n'avons eu que 6 500 tonnes en 2025, c'était la plus mauvaise des 6 dernières campagnes. L'année 2026 commence encore moins bien avec à peine 2 000 tonnes récoltées lors de la première coupe qui n'a duré que 29 jours au lieu de 45… Le rendement moyen n'est que de 3tMS/ha. L'an passé, nous avions tout de même récolté 3 060 tonnes après le premier passage des ensileuses, ce qui n’était déjà pas énorme ». Jean-Luc Longechamp ne désespère pas et attend la pluie avec impatience afin de réaliser une ou plusieurs prochaines coupes dignes de ce nom.

Moins de surfaces

À ces aléas climatiques, il faut ajouter une baisse des surfaces engagées par les adhérents, comme le regrette le président Pascal Guérin : « Nous sommes à 830 ha au total, alors que nous étions à plus de 1 000 ha il n'y a pas si longtemps… La partie bio reste à peu près la même, entre 400 et 450 ha, ce sont les parcelles conventionnelles qui sont en diminution. Rien n'est évident pour tout le monde en ce moment, je le sais bien. La rémunération des agriculteurs n'est pas à la hauteur de ce que l'on voudrait. Des raisonnements économiques prennent le dessus sur des raisonnements agronomiques chez certains, cela peut se comprendre. Mais, dans le même temps, je voudrais que les collègues prennent conscience que nous avons un outil collectif à faire tourner… Nous avons des charges fixes et nous ne pourrons plus nous permettre de faire moins de luzerne à l'avenir ». L'agriculteur de Billy-lès-Chanceaux espère un sursaut des adhérents pour aller de l'avant avec la luzerne « qui a encore toute sa place dans nos rotations » : « nous ne sommes déjà pas aidés avec les aléas climatiques, alors il nous faut une base solide d'adhérents qui travaillent avec leur coopérative et la font travailler en engageant des hectares sur la durée. A-t-on oublié tous les bienfaits de la luzerne, que ce soit sur la structuration des sols, le captage de l'azote pour les cultures suivantes, le nettoyage de parcelles ou encore la préservation de la qualité de l'eau ? ».

Après, il sera trop tard

Le président poursuit : « nous avons encore le soutien des banques, c'est très important, mais la situation est fragile. Nous ne pouvons plus nous permettre de faire moins de volumes à l'avenir. L'an passé, seulement 15 000 tonnes de produits ont été déshydratées, contre plus de 20 000 les campagnes précédentes… Quand l'usine sera fermée, il sera trop tard. Et c'est plus qu'une anecdote : partout où des usines de déshydratation ont fermé, tous les ans, des agriculteurs des secteurs concernés nous appellent pour que l'on vienne travailler avec eux, mais la distance nous empêche de faire quoi que ce soit, malheureusement ». Pascal Guérin ajoute une autre donnée qui a été source de difficultés en 2025 : « comme c'est le cas tous les 15 ans, nous avons dû procéder à la réfection de notre four. Il n'y a pas eu de production pendant deux mois, cela n'a pas été favorable à notre résultat. Mais nous repoussions l'échéance depuis déjà depuis un ou deux ans, il fallait le faire, nous ne pouvions pas y échapper. Et quelque part, nous avons bien fait, car cela n'aurait pas été le même prix cette année, avec la hausse des charges ».

Autres pistes

La Déshy'21, dans ce contexte difficile, multiplie ses autres axes de travail. Jean-Luc Longechamp se montre notamment confiant pour la déshydratation du marc et des pépins de raisin : « une année normale, nous travaillons sur 8 000 tonnes, nous espérons en faire 10 000 voire 12 000 à partir de la fin du mois d'août. Nous faisons tout le Chablisien, un peu de Sancerrois et d'Alsace. Peu de monde en France sait travailler ces produits, nous tentons de développer à fond ce débouché ». La filière sarrasin se porte également bien : « les surfaces engagées sont en progression, nous en sommes aujourd'hui à 700 ha. Le seul problème, encore une fois, vient des aléas climatiques et des rendements, faibles ces deux dernières années ». Pascal Guérin ajoute la piste du granulé de bois : « nous avons également un savoir-faire reconnu au niveau national dans ce domaine. Nous avons été sollicités par des entreprises avec l'appui de l'Ademe. La Déshy'21 a répondu à des appels à projet, nous sommes dans l'attente de réponses que j'espère favorables pour aller de l'avant. Si l'on veut continuer à faire de la luzerne dans ces conditions difficiles, il nous faut absolument faire quelque chose à côté ».