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Dans le Jura

Un séchage en grange de nouvelle génération

Grâce à la chaleur récupérée sous sa toiture solaire, le nouveau bâtiment du Gaec de Villers-Pommard, près de Dole, permet de sécher le foin, mais aussi les céréales, en quelques jours. Une solution technique encore peu répandue qui combine optimisation de la production d’énergie et conservation du fourrage dans les meilleures conditions possibles.

Par Sébastien Closa
Un séchage en grange de nouvelle génération
Trois gros ventilateurs aspirent l’air chaud sous les panneaux solaires.

À Tourmont, commune située au nord de Dole, le Gaec de Villers-Pommard a mis en service au printemps 2025 un bâtiment de séchage du fourrage équipé d’une toiture photovoltaïque. Conçu pour sécuriser l’autonomie fourragère et la qualité du foin, cet outil permet de sécher jusqu’à 450 tonnes de fourrage indépendamment des conditions météorologiques. Les deux associés du Gaec, Anthony Gras et Rémi Pheulpin, accompagnés des entreprises ayant participé au chantier, ont présenté cette installation innovante, l’une des premières du type en France, lors d’une journée portes ouvertes qui a réuni environ 150 visiteurs. Exploitants d’un troupeau de 95 vaches laitières produisant du lait AOP livré à la coopérative de La Ferté, l’exploitation a fait de l’autonomie fourragère un axe central de son système. La qualité du fourrage produit et ses conditions de conservation sont donc des enjeux primordiaux. Auparavant, le Gaec utilisait un système de ventilation couplé à une chaufferie hautement énergivore pour sécher le foin récolté. C’est désormais l’inverse : grâce à ses panneaux solaires et à la captation d’air chaud en dessous, ce nouveau bâtiment produit plus d’électricité qu'il n’en consomme. 

De l'air à 50° gratuitement

D’une surface au sol de 1 500 m², il permet de stocker et de sécher jusqu’à 450 tonnes de foin ou de regain. Sa particularité réside dans la conception de sa toiture. Les 1 500 m² de panneaux photovoltaïques sont installés sur une structure surélevée et laissent circuler un volume d’air sous leur surface. Exposés au soleil et de couleur sombre, ils chauffent fortement, portant l’air présent dans cet espace à près de 50 °C. C’est cet air chaud qui est utilisé pour sécher le fourrage. Trois ventilateurs l’acheminent par des conduites jusqu’au niveau du sol, sous les tas de fourrage. Il passe ensuite à travers le foin, provoquant son séchage progressif dans les cellules de stockage. 

Ce principe permet non seulement d’exploiter une chaleur gratuite mais aussi de refroidir les panneaux photovoltaïques, ce qui améliore leur rendement électrique. Chaque ventilateur peut sécher l’équivalent d’environ huit hectares de foin, soit une capacité totale de 24 hectares. Selon les conditions, deux à quatre jours suffisent pour atteindre un niveau de séchage satisfaisant. Le système est piloté par des sondes mesurant la température et l’hygrométrie de l’air entrant, afin d’optimiser le séchage tout en limitant la consommation d’énergie. Une autre sonde surveille la température des panneaux photovoltaïques : au-delà de 45 °C, la ventilation se déclenche à faible régime pour les refroidir, même si le fourrage est déjà sec. Le bâtiment dispose par ailleurs d’une griffe de manutention commandée depuis une cabine hermétiquement fermée, climatisée et protégée de la poussière, facilitant le travail quotidien. « Les sondes permettent l’automatisation, un séchage optimal pour garantir la qualité du fourrage tout en augmentant la production d’électricité, » explique Michel Tranchant, l’importateur savoyard des ventilateurs, du système de pilotage et de la griffe. Environ la moitié de la production est autoconsommée par l’exploitation, l’électricité excédentaire est revendue à EDF et injectée sur le réseau. 

Séchage à plat des céréales

Le bâtiment a été conçu pour un second usage : le séchage des céréales. Une gaine amovible permet de dériver l’air chaud jusqu’à une cellule ventilée à plat. « Le séchage des céréales est un vrai complément. Cette année, il nous a permis de valoriser du soja et du maïs sans. » Pour les éleveurs, les bénéfices sont multiples : « Nous sommes satisfaits de l’installation qui nous permet de maîtriser les coûts énergétiques. Nous avons moins de contraintes et dépendons moins des aléas climatiques. Le fourrage est aussi de meilleure qualité, nous n’avons pas décelé une seule trace de moisi cette année. » L’ensemble, construction et équipements, représente un investissement conséquent d’environ 900 000 euros. « Mettre en place un tel système était impossible sur un bâtiment existant, poursuivent les deux associés, c’est pourquoi nous sommes partis sur la réalisation d’un bâtiment neuf. C’est un investissement important, mais il s’inscrit dans la durée. On sécurise l’alimentation du troupeau et les charges énergétiques. »

 

Un séchage en grange de nouvelle génération