Un nouveau président pour Elvéa 71-58
Le Saône-et-Loirien Sylvain Émorine est le nouveau président d’Elvéa 71-58. Dans la continuité de ses prédécesseurs, ce professionnel de Saint-Eugène défend avec conviction l’idée que l’éleveur doit rester maître de la commercialisation de ses animaux.
Sylvain Émorine a succédé à Jean-Michel Morel à la présidence d’Elvéa 71-58. Après 20 ans à ce poste, Jean-Michel Morel avait exprimé son souhait de passer la main et depuis quelque temps, Sylvain Émorine, qui était son vice-président, était pressenti pour prendre la suite. Éleveur de bovins allaitants à Saint-Eugène, près de Montceau-les-Mines, il est âgé de 50 ans et s'est installé en Gaec avec son père en 1997. À la retraite de ce dernier en 2008, il s’est retrouvé seul à la tête de son exploitation avec 145 vêlages. En 2020, un important problème de santé l'a contraint à se faire remplacer durant presque un an. À l’époque, il envisageait d’organiser sa fin de carrière en réduisant son activité. Mais le trentenaire qui avait assuré son remplacement lui a demandé s’il pourrait s’associer. L’idée a fait son chemin et en 2023, un Gaec était à nouveau créé associant Sylvain Émorine à Clément Lento. Leur exploitation couvre aujourd’hui 275 hectares pour près de 200 vêlages. La quasi-totalité de la production de l’élevage est commercialisée maigre. Cela s’explique par « la qualité des sols (granitiques et séchants) de la ferme qui imposerait de devoir tout acheter pour engraisser des animaux », confie Sylvain. Autrefois vendus au sevrage, les broutards sont aujourd’hui alourdis à 400 kg.
Liberté de vendre à des négociants
Dans ce secteur traditionnellement naisseur, « nous avons la chance d’être beaucoup démarchés par des acheteurs. Autrefois, les emboucheurs venaient se servir chez nous », confie Sylvain. La famille Émorine a gardé cette habitude de commercialiser ses animaux auprès de négociants en bestiaux. Très attaché à cette liberté, le Gaec a adhéré à Elvéa. Peu de temps après, le président de l’époque, Gilles Muckensturm, sollicitait Sylvain pour entrer au conseil d’administration de l’association. Le jeune éleveur faisait également son entrée à la section bovine de la FDSEA. Dans la foulée, Sylvain s’est engagé au Crédit Agricole et il préside aujourd’hui la caisse locale de Toulon-sur-Arroux. « J’aurais préféré rester un homme de l’ombre », avoue l’agriculteur dont les responsabilités lui sont arrivées sans qu’il ne les ait vraiment souhaitées. Mais « plutôt que d’être en colère tout seul dans son canapé, je préfère être acteur », justifie-t-il. Depuis bientôt un an, il est secrétaire adjoint à la Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire. Le nouveau président d'Elvéa 71-58 a hérité « d’une association qui fonctionne bien. Elle compte aujourd’hui 461 adhérents et continue de progresser grâce aux filières et aux services qu’elle propose. Elle est très appréciée par ses adhérents », se félicite le nouveau président qui rend hommage au travail des quatre techniciens d’Elvéa 71-58. « Ils sont les premiers interlocuteurs de nos adhérents aussi bien pour la Pac que pour la gestion du troupeau avec notre logiciel Oribase ». Sylvain Emorine apprécie aussi que l’association soit aujourd’hui mieux perçue au sein des organisations agricoles. « On a longtemps été vus comme des parias. Aujourd’hui, on nous reparle… ».
La finalité du métier
Les adhérents d’Elvéa ont en commun cet attachement à commercialiser leurs animaux eux-mêmes auprès d’opérateurs privés. « Le commerce est une activité compliquée, mais c’est la finalité de notre métier », revendique Sylvain Émorine. « Se lever les nuits pour faire naître des veaux, les élever, les faire grandir, grossir ; être durant un an à leur côté et au moment de les valoriser, ne pas s’en préoccuper ? C’est de l’inconséquence ! », affirme le président d’Elvéa qui estime « qu’on ne peut pas accorder une confiance aveugle » à un intermédiaire pour cette étape cruciale de l’élevage. Pour cet éleveur, l’argument du manque de temps n’est pas recevable : « il faut être acteur de la vente de ses animaux. On ne peut pas être en colère contre les cours si on n’est pas acteur de la construction des prix ». Le nouveau président d’Elvéa 71-58 a de solides convictions quant à la défense du travail des éleveurs et s’il refuse de déléguer la commercialisation du fruit de ce travail, il n’en reste pas moins très attaché à une forme d’organisation collective. Elvéa est une Organisation de producteurs (OP) reconnue. Sans s’immiscer dans la transaction, l’association donne accès à des filières ainsi qu’à des dispositifs d’aides semblables à ce dont bénéficient les adhérents d’autres formes d’OP. La force d’Elvéa, ce sont les acheteurs privés et leur diversité. « Les négociants, dès lors qu’ils paient nos animaux, n’ont d’autre choix que de faire tout leur possible pour les valoriser au mieux dans tout un tas de marchés de niche qui génèrent des plus-values aux éleveurs. L’expérience montre qu’on peut faire confiance à leur professionnalisme », rend hommage Sylvain Émorine. Des acheteurs qui ont toujours été très impliqués dans la vie de l’association et ce malgré une loi qui a contraint à les exclure du conseil d’administration, se souvient le président. Le talent de son prédécesseur avait alors permis de garder les négociants impliqués malgré tout et aujourd’hui, Sylvain Emorine entend redynamiser l’entente entre éleveurs et acheteurs au sein d’Elvéa. Une tâche qu’il faut accomplir maintenant que le commerce des animaux se porte mieux et avant la prochaine crise, confie le président. « Avec des broutards à plus de 6 € le kilo vif alors qu’ils étaient à seulement 10 F (1,50 euro) au moment de la vache folle, on rattrape 40 ans d’un coup ! », observe l’éleveur. « Tant que ça augmente encore, tout le monde gagne, mais si la tendance ralentit, cela va devenir compliqué pour les commerçants », fait remarquer Sylvain Émorine.
Maintenir l'IGP Charolais de Bourgogne
L’autre urgence pour Elvéa est de maintenir l’IGP Charolais de Bourgogne. L’association est très attachée à cette filière de qualité depuis ses débuts et aujourd’hui, elle en est le plus ardent défenseur. « Nous sommes les seuls à faire progresser le nombre d’animaux en Charolais de Bourgogne grâce au travail des chevillards de l’abattoir d’Autun (André et Raze et Clavières Viandes). On dirait que cette filière n’intéresse pas les autres OP car elle est gérée par l’aval. Elle leur complique la vie et ils lui préfèrent une marque », confie Sylvain Émorine. Le président d’Elvéa regrette aussi que la flambée du prix des animaux ait affaibli la filière broutards d’excellence mise en place par les associations. En échange d’une plus-value, il s’agissait de fournir des broutards vaccinés, déparasités prêts pour les ateliers d’engraissement. Cette filière était pertinente alors que l’on cherche à limiter les traitements antibiotiques. « Il n’est pas question que ce travail de préparation soit bradé », défend le président d’Elvéa qui reste persuadé que la loi Égalim répond à un besoin de stabilité qui profite à tout le monde : pour installer des jeunes, négocier avec les banques et même pour les négociants.