Accès au contenu
Diversité des prairies

Un levier de résilience face aux aléas climatiques

La résilience d’une prairie aux sécheresses et aux excès d’eau et autres stress climatiques tient en partie à sa diversité spécifique et génétique : c’est ce que démontrent les résultats d’essais conduits sur ce thème au cours des dernières années par les instituts de recherche.

Par AC
Un levier de résilience face aux aléas climatiques
Des études récentes à l’Inrae de Lusignan montrent que la diversité variétale améliore la résilience des prairies en renforçant la stabilité de la production et de la composition floristique.

La diversité d’espèces et de génotypes dans les mélanges prairiaux n’est pas une mode : c’est une stratégie agronomique qui modifie concrètement la façon dont une prairie produit et “tient” dans le temps face aux épisodes climatiques extrêmes. Les retranscriptions d’essais et les retours d’expérience présentés au Sommet 2025 montrent que, bien conçues, les associations offrent à la fois une productivité satisfaisante et une meilleure stabilité au fil des années.

Les travaux de synthèse et les grandes expériences de biodiversité en prairie confirment un principe simple mais robuste : l’augmentation du nombre d’espèces (et, quand c’est possible, de variétés au sein d’une espèce) élève la productivité moyenne tout en réduisant la variabilité annuelle. Autrement dit, une prairie diverse produit au global autant — voire plus — qu’une monoculture tout en souffrant moins lors d’une année sèche ou d’un épisode pluvieux inhabituel. Ces effets tiennent à des mécanismes complémentaires : certaines espèces occupent diffé­rentes niches hydriques et temporelles, la présence de légumineuses améliore l’azote disponible, et l’asynchronie des cycles de croissance lisse les chutes de rendement.

Jouer la carte de la complémentarité fonctionnelle

Sur l’impact des sécheresses en particulier, des essais récents montrent que des mélanges bien pensés — comportant graminées de port et profondeur de racines différentes, plus une ou deux légumineuses — conservent une production exploitable alors que des monocultures plongent. Des expériences contrôlées indiquent même que, dans certaines conditions, une prairie à quatre espèces peut soutenir des rendements en sécheresse équivalents à une graminée en plein arrosage normal. Cette “assurance production” tient davantage à la complémentarité fonctionnelle des espèces qu’au seul nombre d’espèces.

Pour la pratique, deux implications directes émergent des publications et des essais : d’une part, il ne suffit pas d’augmenter la diversité au hasard ; il faut choisir des espèces et des variétés complémentaires (profils racinaires, période de production, tolérance à l’humidité ou à la sécheresse). D’autre part, une diversité trop poussée sans logique agronomique peut compliquer la gestion technique (récolte, valeur alimentaire, régénération). Les résultats de terrain insistent donc sur la nécessité d’une ingénierie de mélange : objectifs d’élevage, calendrier de récolte, stockage, et compatibilité variétale doivent guider le choix.

Autre point utile pour les exploitations : la diversité augmente aussi d’autres services attendus en élevage et en paysage — qualité fourragère plus régulière, meilleure résilience du système sol-plante, et bénéfices pour la faune auxiliaire. Ces gains ne sont pas toujours monétaires à court terme, mais ils réduisent les risques techniques et peuvent limiter certains besoins d’intrants dans la durée. Les études européennes récentes confirment que la diversification des prairies participe à la résilience des systèmes d’élevage face au changement climatique.

Tester des mélanges sur sa ferme

Concrètement, comment procéder sur la ferme ? Commencer par définir l’objectif (herbe d’été, système hiver-été, ensilage, pâture). Choisir ensuite un mélange où chaque espèce a un rôle bien défini : graminées de port bas pour la consommation précoce, graminées profondes pour la régulation hydrique, légumineuses pour l’apport d’azote, plantes compagnes (chicorée, plantain) la tonicité et la saisonnalité sont visées. Procéder ensuite à des essais à petite échelle, en documentant la régularité des coupes et la valeur alimentaire, afin d’ajuster la composition et la densité semée. La qualité de l’implantation — date, technique de semis, travail du lit, fertilisation de démarrage — reste déterminante : une diversité mal implantée ne s’exprime pas.

En somme, la diversité bien pensée est un outil pragmatique pour réduire la variabilité des récoltes et sécuriser l’alimentation des troupeaux face aux aléas. Elle n’élimine pas le risque climatique, mais elle diminue sa gravité pour la production. Pour un éleveur, c’est une piste d’investissement modéré — semences adaptées et essais — qui paie par une meilleure tenue de la prairie et moins de stress les années difficiles.