Un climat qui mine le moral
Dans l'Yonne, les réunions « moissons » organisées par la FDSEA se poursuivent. Le 27 juillet dernier, Jean-Baptiste Thibaut, céréalier et viticulteur à Quenne accueillait les agriculteurs du secteur pour « témoigner des difficultés rencontrées sur le terrain ».
« Au-delà des prix de vente, ce qui m'inquiète le plus c'est notre niveau de charges actuel. Le sénateur, Laurent Duplomb, l'avait bien souligné à l'assemblée générale de la FDSEA : les charges sont beaucoup plus importantes et nous ne les maîtrisons pas. Les charges et toutes les normes que l'on nous impose, qu'il s'agisse des contraintes environnementales ou administratives, nous empêchent d'être compétitifs par rapport au marché mondial. Le contexte géopolitique n'a rien arrangé à cette situation, bien évidemment », a souligné Franck Pouillot, lundi 27 juillet à Quenne, au cours de la réunion « moisson » organisée par la FDSEA. À ses côtés, Charles Baracco, président du syndicat, prenait la température. Le constat était sans appel… Certains témoignaient de « rendements divisés par deux par rapport à une année habituelle », « d'autres de problèmes de désherbages importants ». « Les champs qui paraissaient à peu près propres à l'automne se sont révélés impactés par la présence de raygrass et de vulpin au printemps », témoignait l'un d'entre eux. Anicet Bretagne, céréalier à Gy-l'Evêque, est revenu sur le phénomène de « faux hiver » connu cette année. Celui-ci a favorisé « une levée en continu des raygrass et vulpins tout au long de l'année. Cet hiver doux n'a pas permis de tuer les adventices, ce qui a créé un risque plus important de saleté sur les parcelles », a-t-il indiqué. Face à ces problèmes de désherbage, les agriculteurs rapportaient des « charges de mécanisation importantes qui handicapent les travaux dans les champs ». Certains pensaient à l'avenir, en misant sur les Cuma. D'autres restaient axés sur la situation « à l'instant T ». « On ne peut pas investir en ce moment, on est dans le dur là. Que l'on soit installé depuis 50 ans, 30 ans ou 10 ans ou 2 ans, de nombreuses exploitations céréalières sont dans le rouge depuis 2 à 3 ans. Ça ne va pas être possible de durer longtemps. Le Caf peut être une bonne solution pour motiver les acteurs agricoles à agir et accompagner les exploitations en difficulté », a indiqué l'un des participants.
« Une faillite silencieuse »
En revenant doucement sur le sujet principal, ils sont restés humbles et ont constaté que « sur des sols superficiels, les rendements et la qualité des cultures ont décroché à un niveau impressionnant. Nous avons réellement senti la différence en discutant entre nous. C'est très inquiétant pour l'avenir ». En se tournant vers les nouveaux installés, certains se souvenaient qu'à l'époque « quand je me suis installé, on acceptait 2 années mauvaises sur 10, aujourd'hui, la tendance s'est inversée ». À cela s'ajoute, « une inflation généralisée des charges » qui les pousse à se questionner : « sous quelles conditions, les jeunes vont s'installer aujourd'hui ? ». Par ailleurs, l'animatrice en productions végétales de la FDSEA, Oana Poisson, est revenue sur l'arrêté contraignant les agriculteurs à stopper leurs travaux l'après-midi. Jean-Baptiste Thibaut, suivi par d'autres céréaliers, a rappelé le « bon sens paysan et la règle des trois 30 : dès que la température dépasse les 30 °C, les 30 % d'hygrométrie et les 30 km/h de vent, nous stoppons nos activités, car cela ne sert à rien, cela peut impacter notre matériel et nous-même. Nous avions déjà commencé à stopper nos travaux, avant même que l'arrêté soit sorti ». À l'inverse, l'arrêté concernant les jachères a été jugé trop tardif au regard de la situation caniculaire vécue ces dernières semaines. « Il faut que les jachères soient récoltées plus tôt pour qu'elles soient encore nutritives ».
Avant de discuter de la Loi d'urgence agricole qui a été votée dernièrement au Sénat et à l'Assemblée Nationale, les céréaliers ont convenu qu'il faut absolument « trouver des projets de diversification, soit en céréales, soit par des projets de retenues d'eau, ou en faisant de l'élevage. Le problème c'est que dans l'Yonne, nous sommes mal desservis pour nous lancer dans des productions originales ».