Accès au contenu
Pac 2021-2027

Tour d’horizon régional pour une Pac forte à la hauteur des enjeux des territoires

Le deal est clair : «Pour une Pac forte à la hauteur des enjeux de nos territoires »… Le contexte l’est nettement moins, avec une nouvelle commission en cours de formation et une Europe qui n’en finit pas de se chercher, sans s’accorder vraiment sur une politique commune à la hauteur des ambitions affichées. Pour éclairer le chemin, une rencontre a été organisée au Conseil régional avec les élus de Bourgogne Franche-Comté le 14 octobre dernier.
Par Anne-Marie Klein
Tour d’horizon régional pour une Pac forte à la hauteur des enjeux des territoires
Les enjeux de la future politique agricole européenne sont importants. Ils ont fait l’objet d’une présentation détaillée lors d’une rencontre organisée au Conseil régional ce lundi 14 octobre.
Une orientation semble se profiler pour le prochain budget : il faudra faire mieux avec moins. Si les dés ne sont pas tout à fait jetés, on évoque une baisse de 15 % du montant de la Pac dans le projet de budget européen en cours d’élaboration. Autant dire qu’un tel manque à gagner ne pourra pas être compensé par l’État et les collectivités territoriales. Le premier combat est donc budgétaire, pour le maintien de la PAC au niveau actuel. Et cela concerne directement la France, ses régions, ses départements, ses élus et ses agriculteurs… qui vont devoir faire cause commune pour défendre bec et ongles une politique agricole en grave danger de perdition.
C’était tout l’objet de la rencontre organisée au Conseil régional en présence de la Draaf et d’élus européens, entre les conseillers régionaux de Bourgogne Franche-Comté et les acteurs de l’agriculture régionale. Comme l’a rappelé Marie-Guite Dufay en introduisant les débats, «le moment est stratégique, car de l’enveloppe globale Pac découlera l’enveloppe régionale». Et, rappelant qu’il manquait déjà 90 millions d’euros dans la précédente enveloppe régionale, «nous n’avons pas le droit de nous rater» a prévenu la présidente de région BFC.

Des attentes à la hauteur des enjeux
Les enjeux sont importants, ils ont fait l’objet d’une présentation détaillée en dressant un état des lieux de l’agriculture régionale. Et les besoins sont à la hauteur des enjeux : besoin de redressement économique pour des agriculteurs en détresse et une agriculture en crise, besoin de sécurité face à des aléas de plus en plus fréquents et de plus en plus forts, besoin de reconnaissance, pour redonner du sens à un métier vilipendé par certains et pour des agriculteurs en manque de repères.
L’avantage de la région Bourgogne Franche-Comté, c’est qu’elle a pris de l’avance en apprenant à travailler efficacement avec les représentants de l’État décentralisé, avec la volonté d’instaurer une coordination efficace. À la base de cette collaboration, une volonté commune d’afficher détermination, solidarité et coordination dans les actions.
Face à un imbroglio européen souvent déconcertant, Christian Decerle, président de la Chambre régionale d’agriculture, relève la nécessité d’être pragmatique dans l’approche des solutions et de jouer collectif. Cette stratégie mise en place lors de la dernière Pac et à l’occasion de la fusion, a profité à l’agriculture régionale. Une agriculture «vertueuse» mais «fragile», en raison de conditions pédoclimatiques limitantes. Il s’ensuit «une grande variété des systèmes agricoles possédant de réels atouts, mais handicapés par certaines contraintes».

Jouer collectif mais dans un souci d’équité
Dans le grand concert européen où chacun joue «perso» (régions comme productions), il est donc d’autant plus important que «la Bourgogne Franche-Comté parle d’une seule voix», comme le rappelle le sénateur François Patriat, en insistant, «nous ne pourrons agir qu’en étant unis, soudés et offensifs». Car il s’agit bien d’une compétition, plus le gâteau européen diminue, plus les rivalités s’affichent, entre les États et entre les régions. La région Bourgogne Franche-Comté ayant été mal lotie à la dernière distribution, pas question cette fois de se retrouver en mauvaise position.
Un point emporte l’adhésion de tous : la nécessité pour l’Europe de redonner un sens à son agriculture et une cohérence à son action. Les participants à cette rencontre au format inhabituel ont donc fait assaut de propositions, montrant que les contraintes et les difficultés stimulent la créativité et encouragent à avoir les idées claires. Reste à gagner le seul combat qui compte dans un premier temps : la bataille budgétaire. L’issue en est incertaine, mais cela nécessite de mettre toutes ses forces dans la bataille ; ce qui impose de travailler ensemble, sans reculer sur ses ambitions mais en présentant un front uni, y compris entre les régions françaises, pour porter une véritable ambition agricole au plan européen.
Tout en regrettant l’inquiétante dépendance des exploitations aux aides européennes, Christian Decerle a conclu la réunion en insistant sur la nécessité de «remettre le nord sur la boussole» européenne… Un premier grand défi à gagner qui conditionnera tous les autres.