Accès au contenu
Coopération

Toujours debout !

Les caves coopératives viticoles de la région se sont réunies à la cité des climats de Mâcon pour l’assemblée générale de leur fédération. Au menu, la question centrale de la gouvernance des structures coopératives.

Par David Bessenay
Toujours debout !
Bénédicte Bonnet et Benoît Sermier, coprésidents de la FCCBJ, force vive la viticulture bourguignonne et jurassienne avec 19 caves coop, 5 359 ha, 1 380 vignerons coopérateurs et 414 salariés.

La situation économique n’est pas des plus reluisantes mais elle ne semble pas avoir de prise sur la dynamique des coopératives et de leur fédé. « Ici en Bourgogne et Jura, on a mieux résisté que d’autres mais sans être épargnés : pression à la baisse sur les prix, négociants frileux, les surfaces se maintiennent difficilement, une récolte 2025 moyenne avec une forte pression mildiou… Malgré ce contexte, nous nous tenons toujours debout, c’est bien la preuve que notre modèle coopératif a du sens » rappelait le duo de coprésidents de la FCCBJ, Bénédicte Bonnet (cave de Buxy) et Benoît Sermier (fruitière vinicole d’Arbois).

L’année a été riche en formations sur des thématiques aussi diverses que : savoir vendre ses vins, l’anglais viti-vinicole, le management ou la prise de parole en public ; en ateliers, en implication dans les réunions nationales (VCF, Congrès Cuma) ou en voyages d’études, notamment par l’entremise du « groupe jeunes », particulièrement dynamique. « La fédé a continué à soutenir les caves adhérentes avec certes des budgets de plus en plus compliqués à tenir mais avec des sujets essentiels à traiter. Nous n’avons pas fléchi face aux défis à relever. Si on veut faire avancer la FCCBJ, on a besoin de se retrouver plus souvent afin d’écrire l’avenir de la fédération. Prenons le temps de coopérer vers notre réussite. Soyons fiers de nos outils et valeurs, soyons fiers d’être vignerons coopérateurs en Bourgogne Jura » ont poursuivi les coprésidents avec une fierté non feinte.

La gouvernance c’est quoi ?

Cette année, la fédé avait choisi de traiter lors de son assemblée générale le sujet de la gouvernance. Elle avait ainsi invité deux spécialistes de la question, pour qui le monde coopératif n’a aucun secret : Paul Monchecourt (responsable juridique VCF), Julie Ravelojaona (responsable vie coopérative, LCA Ouest).

Le premier a d’abord tenté de définir la gouvernance. D’un point de vue purement juridique, la gouvernance est très réglementaire avec des obligations, des contrôles mais « la qualité de la gouvernance ne se limite pas au respect des règles. La gouvernance participative, c’est d’abord une démarche volontaire. On ne se contente pas de mettre à disposition des documents, on crée des espaces de compréhension. La gouvernance participative est par nature extrastatutaire : des commissions de travail, des réunions techniques, des temps d’échanges, etc. Ces dispositifs transforment les obligations en capacité réelle à décider ensemble. Le droit fixe un cadre, mais la dynamique naît de ce que l’on choisit d’en faire : comment on associe, on écoute, on donne prise aux associés ».

La gouvernance fonctionne sur le principe de la démocratie représentative. L’assemblée générale délègue au CA qui lui-même délègue à la direction la partie opérationnelle. Il y a donc un besoin de transparence et de confiance au sein de cette architecture.

Intégrer les jeunes adhérents coopérateurs

Pour que les nouveaux coopérateurs s’approprient cette culture, il faut qu’ils soient accueillis et mieux, intégrés dès leur arrivée. D’après une étude menée auprès des coopératives, la moitié d’entre elles a une procédure d’accueil formalisée : réunion d’information, visite de la coop, présentation du projet, de l’équipe, entretien individuel, visite de l’exploitation, remise d’un livret, etc. « La moitié des coops donc ne le font pas ! Il y a donc une grosse marge de progression », estime Julie Ravelojaona. Les coopératives mettent en place énormément de services pour soutenir les premières années d’installation (aides financières, faciliter l’accès au foncier, conseil technique, aide administrative, etc.) mais finalement peu pour aider à entrer dans le collectif.

Les coopératives qui tendent la main à leurs jeunes adhérents le font sous différentes formes : parrainage, accès aux commissions facilité (quota de jeunes), création d’un groupe jeune, formations, nomination d’administrateurs stagiaires… autant de voies qui motivent le jeune. « Un adhérent bien intégré, qui comprend mieux le fonctionnement de sa coop, s’engage mieux et fait une meilleure promotion de sa structure », insiste Julie.

Répondre aux nouvelles attentes

Si la taille des structures a tendance à grandir, la proximité doit rester un atout maître dans le fonctionnement. « Le coopérateur a besoin d’un service rapide, d’identifier son interlocuteur ».

Dans le grand Ouest, les coopératives (multifilières) organisent un forum des jeunes tous les deux ans. Il permet de mobiliser les nouveaux coopérateurs et surtout de faire émerger leurs attentes qui ne sont plus forcément celles de leurs aînés. « Ils souhaitent notamment travailler sur la gestion des salariés : recrutement, management, sur l’organisation du travail. En viticulture la demande peut porter sur des vinifications plus personnalisées Et ce forum débouche sur des choses concrètes : des créations de commissions jeunes, le lancement de formations, etc. », explique Julie Ravelojaona.

En tout état de cause, les coopératives peuvent compter sur des coopérateurs attachés à leur modèle (à 80 % selon les sondages), qui trouvent les décisions stratégiques claires (à 70 %), il y aura toujours « une masse silencieuse », la démocratie participative et la gouvernance transparente demandent toujours beaucoup de temps et d’énergie aux administrateurs. « Si on prenait les décisions seuls dans notre coin, ça irait plus vite, mais ce n’est pas le but », concluait un responsable de coop.

img