Soutien à l’agriculture : « derrière l’affichage, le compte n’y est pas »
Le 4 septembre dernier, Annie Genevard, ministre de l'Agriculture, de l'Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire a instauré le plan Casi, doté de plus d'un milliard d'euros au niveau national. Dans ce cadre, un fond de réarmement agricole doté de 1,74 million d'euros a été mis en place le 18 septembre dernier dans le département de l'Yonne pour soutenir les exploitations agricoles. Charles Baracco, président de la FDSEA de l'Yonne a souhaité s'exprimer à ce sujet.
« Une fois encore, l’État soigne sa communication. Avec le plan Casi, le citoyen retient un milliard d’euros pour soutenir l’agriculture. Dans l’Yonne, la réalité est beaucoup moins spectaculaire : le fond de réarmement agricole représente 1,74 million d’euros. Au regard des pertes subies, des trésoreries exsangues et du nombre d’exploitations concernées, cette enveloppe est très loin du compte. Depuis le début de la crise, notre réseau a travaillé, documenté les difficultés et proposé des mesures d’urgence comme des réponses structurelles. Après des semaines d’attente, trop peu ont été retenues, si on reprend quelques mesures présentées : la prolongation des 15 centimes jusqu’à fin décembre ne sauvera pas nos trésoreries, les délais de paiement sont démesurément longs, et le GNR a plus que doublé depuis mars 2026. Les prises en charge de cotisations MSA et les dégrèvements de TFNB peuvent être utiles, à condition d’être accessibles et à la hauteur des pertes, ce qui n’est pas le cas pour notre département. Les taux de dégrèvements retenus sont les suivants : 30 % terres arables, 55 % prairies, 50 % vignes et 50 % vergers à la commune (18 communes). Nous déplorons le taux de 30 % pour les terres arables, les cultures de printemps ont plus de 50 % de perte. La prolongation du guichet engrais jusqu’au 31 décembre restera sans effet si les agriculteurs ne peuvent pas réellement en bénéficier. Quant aux avances Pac portées de 70 à 75 %, rappelons qu’à la mi-octobre nous attendons surtout le versement de sommes qui nous sont dues. Les procédures ISN, déjà prévues par la réforme de l’assurance récolte, ne constituent pas des crédits supplémentaires et laisseront encore des exploitants au bord du chemin. Derrière l’affichage, le compte n’y est pas. Nous connaissons la situation des finances publiques et savons que l’État ne peut pas tout compenser. Mais lorsque l’argent manque, il faut du courage politique. La suppression de la redevance pour pollutions diffuses, qui renchérit nos moyens de production, et l’abandon de la taxe sur l’élevage constitueraient des actes forts. Nous attendons aussi un engagement réel des banques : reports d’échéances, prêts de trésorerie accessibles, restructuration des encours et accompagnement individualisé. Les exploitations viables ne doivent pas disparaître faute de liquidités après une année calamiteuse. Chacun doit prendre sa part pour leur permettre de franchir ce cap. Face à l’insuffisance de l’enveloppe départementale, la profession a choisi la responsabilité. Répartir 1,74 million d’euros entre toutes les exploitations aurait représenté environ 500 euros par exploitation : un saupoudrage sans effet réel. Nous avons donc décidé, en accord avec le préfet, de cibler cette aide sur les agriculteurs installés à titre principal après le 1er juillet 2021. Ce choix n’oppose pas les générations et ne signifie pas que les autres souffrent moins. Il vise ceux dont la capacité de résistance est la plus faible : des jeunes ayant récemment investi, qui supportent de lourdes annuités sans avoir eu le temps de constituer des réserves. Nous invitons tous les jeunes concernés à déposer leur demande avant le 4 octobre. Cette aide doit être mobilisée rapidement, mais personne ne doit s’en satisfaire. La profession continue à dénoncer la faiblesse des moyens et à réclamer des mesures à la hauteur de la crise. Nous ne demandons pas l’aumône. Nous demandons de vivre de notre métier, d’investir, de transmettre et de continuer à nourrir ce pays. Derrière chaque exploitation fragilisée, notre souveraineté alimentaire recule. Face à ce constat et aux difficultés, notre force reste notre unité : c’est ensemble, que nous continuerons à porter notre voix, à défendre nos métiers et à préserver l’avenir de notre agriculture ».