Donner des perspectives
La section bovine de la FDSEA 58, a tenu sa soirée élevage jeudi 17 septembre à la MJC de Châtillon-en-Bazois afin de répondre à la problématique « Face au climat extrême, quelles solutions pour maintenir l’élevage ? »
La soirée élevage de la section bovine de la FDSEA 58 a débuté par un point sur la conjoncture bovine présenté par Hélène Fuchey, chargée de mission à la FNB. Les chiffres présentés sont particulièrement préoccupants, avec une nette baisse des cotations bovines, allant de -0,68 € à -1,64 € selon les catégories, depuis mars. On observe une légère augmentation ces dernières semaines. Pour la Ferme France, cela représente une perte d’un million six cent mille euros par jour.
Cette diminution des cours, organisée par l’aval de la filière prétextée par la baisse de la consommation, est pourtant à relativiser. Hélène Fuchey souligne ainsi que : « -1,8 % de consommation depuis début 2026, la consommation est loin de s’effondrer ». À cela s’ajoute une décapitalisation flagrante, avec 1,3 million de bovins en moins depuis 10 ans et un manque de 70 000 broutards à l’export cette année malgré une légère hausse des exports cet été. Autre constat : « non, les charges ne sont pas à la baisse », rappelle-t-elle, alors que les prix payés aux éleveurs reculent brutalement depuis plusieurs semaines. Une situation particulièrement préoccupante pour les éleveurs, à laquelle s’ajoutent cette année les conséquences de la sécheresse et les surcoûts engagés pour pallier le manque de fourrage.
Des solutions à envisager
Charles Duvignaud et Amaury Fichot, conseillers à la Chambre d’agriculture de la Nièvre, ont ensuite présenté différentes pistes pour maintenir la production fourragère malgré des conditions climatiques de plus en plus difficiles.
Pour commencer, Charles Duvignaud a dressé le bilan climatique de l’année. « En plus du manque d’eau, nous avons surtout eu plus de chaleur… En moyenne, il manque 126 mm d’eau et nous avons eu 33 jours à des températures au-dessus de 25 degrés de plus que l’année précédente. À des températures supérieures à 25 degrés, la plupart des prairies ne sont pas en capacité de produire de l’herbe ». Face à ces conditions, plusieurs leviers d’adaptation peuvent être mobilisés. Trois axes fondamentaux ont notamment été mis en avant. Le premier consiste à maximiser la productivité des prairies permanentes, en s’appuyant sur une bonne connaissance de ses sols, une fertilisation adaptée et une gestion optimisée du pâturage, avec notamment un déprimage réalisé au plus tard en février. Historiquement deprimage avril maintenant c’est février. Le deuxième repose sur l’intégration de cultures fourragères dans l’assolement. Plusieurs espèces peuvent être envisagées selon les exploitations : luzerne, méteil, ray-grass italien ou hybride, sorgho ou maïs fourrager. Enfin, le troisième levier consiste à rediriger une partie de la paille vers l’alimentation. Cette stratégie nécessite alors de trouver des alternatives à la litière ou d’adapter les bâtiments afin de préserver les stocks de paille. Amaury Fichot a ensuite ouvert les échanges sur une ressource devenue particulièrement stratégique : l’eau.
Dans la Nièvre, l’irrigation représente 1,5 % de la SAU départementale. Avant d’envisager un projet d’irrigation, plusieurs prérequis administratifs doivent être réunis, auxquels s’ajoute la question de l’investissement financier. Amaury Fichot insiste ainsi sur le poids économique d’un tel investissement. « L’irrigation a un coût important, selon l’équipement choisi. À l’achat, il peut y avoir des aides, mais chaque année, ce sont des dépenses supplémentaires à réaliser : la maintenance, le coût de l’eau, de l’électricité et le temps de travail, de l’ordre d’une à deux heures par hectare par an ». Concernant le maïs, l’irrigation peut apporter une plus-value en tonnage de matière sèche. Mais le choix du sol reste déterminant : une parcelle peu adaptée ne permettra pas d’obtenir de bons résultats, même avec un apport d’eau. La réflexion doit donc être menée au cas par cas. En dehors du maïs, l’irrigation des surfaces fourragères est plus importante chaque année, les réflexions sont à mener sur les possibilités d’irriguer sur son exploitation de la luzerne, du méteil ou du sorgho pour sécuriser son stock fourrager.
Savoir être réactif
Pour clôturer la soirée, Dominique Fayel, éleveur dans l’Aveyron et élu FNB, est venu partager son expérience et les pratiques mises en place dans son département. L’Aveyron présente une grande diversité de typologies climatiques. Les systèmes sont principalement herbagers, avec des élevages ovins et bovins, tandis que les cultures céréalières restent peu présentes. La production de maïs diminue, mais demeure implantée sur les meilleures terres du département afin d’optimiser son potentiel de production. Habitués aux années sèches, les agriculteurs aveyronnais ont progressivement adapté leurs pratiques pour mieux sécuriser leur production fourragère. Dominique Fayel conseille alors de « récolter au plus tôt, en avril, pour limiter les dégâts de l’été car c’est souvent tout ou rien. Le déprimage devient alors plus difficile », mais également « d’avoir plusieurs espèces fourragères pour sécuriser un maximum son stock pour remédier aux étés toujours plus compliqués ». Une similitude avec la Nièvre apparaît également sur le plan structurel : les reprises d’exploitation se poursuivent, avec des hectares supplémentaires, mais sans maintien du nombre de vaches. Les éleveurs cherchent avant tout à sécuriser l’alimentation de leurs animaux existants, rendant aujourd’hui difficile toute augmentation du cheptel. À l’issue de la soirée, Romaric Gobillot, président de la section bovine de la FDSEA 58, a rappelé l’urgence d’anticiper : « La situation climatique des départements plus au Sud est celle que nous connaîtrons demain. Il faut savoir s’adapter dès maintenant et être opportuniste pour sécuriser son fourrage. Il n’y a pas de solution miracle. La Chambre d’agriculture de la Nièvre est à votre disposition pour vous aider à envisager différentes possibilités selon votre exploitation ». Le président de la section bovine a également pointé une difficulté supplémentaire pour les éleveurs nivernais cette année : « Nous n’aurons pas accès au dispositif ISN car le satellite AIRBUS mesurant la pousse de l’herbe est inefficace et que, malgré nos demandes, l’État n’a pas fait d’enquête de terrain pour mesurer concrètement les pertes sur nos exploitations ».