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Prévention

Santé auditive en agriculture, attention aux risques du quotidien

Entre le moteur du tracteur, les cris d'animaux ou encore la tronçonneuse, l’audition des agriculteurs est mise à rude épreuve au quotidien. Des gestes simples peuvent éviter des dommages irréversibles et préserver ce sens essentiel à la sécurité et à la vie sociale.

Par Mélodie Comte
Santé auditive en agriculture, attention aux risques du quotidien
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Les pertes auditives liées au travail apparaissent souvent après 50 ans, mais peuvent débuter dès 45 ans selon le niveau et la durée d’exposition cumulée.

En agriculture, l’exposition aux bruits intenses est une réalité quotidienne. Tracteurs, tronçonneuses et autres machines dépassent souvent les 80 décibels (dB), seuil à partir duquel les cellules internes de l’oreille peuvent être endommagées de manière irréversible. À titre de comparaison, la parole humaine s’élève à 50 dB. Au-delà de 120 décibels (seuil de douleur) une seule exposition peut suffire à provoquer une atteinte auditive. À partir de 140 décibels, une surdité brutale, parfois irréversible, peut survenir. « L'appareil auditif est l'un des rares organes à ne pas se régénérer après une blessure » précise Carole Jeanton, médecin du travail et chef du service santé sécurité au travail de la MSA Auvergne. Protéger ses oreilles au quotidien est le seul moyen de réduire les risques.

Les pertes auditives apparaissent dès 45 ans

S'exposer aux bruits du tracteur ou de tout autre engin agricole peut altérer l'audition mais c'est avant tout contre l'effet cumulatif que met en garde le Dr Jeanton. Même fractionnée, chaque exposition non protégée s’ajoute aux précédentes, accélérant la dégradation. « Le seuil de 80 dB est évalué sur une journée de 8 heures de travail. Les pertes auditives liées au travail apparaissent souvent après 50 ans, mais peuvent débuter dès 45 ans selon le niveau et la durée d’exposition cumulée». Une exposition brutale a bien évidemment un impact à tout âge. Il existe des causes génétiques de surdité, mais l’exposition au bruit peut en favoriser l’expression. « Les fréquences les plus atteintes que l'on observe dans la perte d'audition sont celles de 4 000 Hz, qui appartiennent aux fréquences de la parole humaine ». Pour la personne concernée, cela se traduit par des difficultés à comprendre une conversation, surtout en présence de bruit ambiant comme dans les restaurants ou lors des réunions. Certaines musiques ou sons deviennent même inaudibles. Or, l’audition est un sens précieux. « L'audition est un sens d’alerte face au danger. Moins bien entendre peut accroître le risque d’accident ».

Agir pour préserver l'audition

La prévention collective progresse, notamment avec l’amélioration de l’isolation des cabines de tracteurs, désormais courante. La protection individuelle reste toutefois indispensable. « Le casque est efficace mais plus contraignant, plus encombrant. Les bouchons moulés sur mesure, adaptés aux intensités émises, constituent la protection la plus performante à ce jour, malgré un coût plus élevé. » Le principal écueil de ces matériels de prévention reste l’oubli. Ne pas se protéger « juste cette fois » contribue à l’effet cumulatif des expositions au cours d'une journée. Ces équipements de protection individuelle (EPI) sont à la charge de l’employeur, mais aussi de l’agriculteur pour lui-même. « Dans un contexte où l’on travaille longtemps et souvent seul, préserver son audition, c’est préserver sa sécurité, son efficacité et sa vie sociale », insiste Carole Jeanton.

Ne pas attendre pour consulter

Dès les premiers signes de baisse auditive (difficulté à suivre une conversation, sensation d’oreille bouchée ou sifflements), il est crucial de consulter sans tarder. « Une perte d’audition peut aussi résulter d’autres pathologies que l’exposition professionnelle pour lesquelles il existe des traitements ». Une perte bilatérale d’au moins 35 décibels peut être reconnue comme maladie professionnelle, permettant ainsi de bénéficier d’aides pour l’appareillage auditif, voire d’une compensation financière en cas de handicap sévère. Agir rapidement, c’est donc se donner les moyens de limiter les conséquences et d’accéder aux dispositifs d’accompagnement existants.

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Les équipements de protection individuelle (EPI) sont à la charge de l’employeur, mais aussi de l’agriculteur pour lui-même. Protéger ses oreilles au quotidien est le seul moyen de réduire les risques.
Enquête

Les oreilles des enfants en surchauffe !

Un baromètre réalisé en mars 2023 avec l’Ifop a révélé une réalité préoccupante : 6 millions d’enfants de moins de 10 ans ont consulté un ORL, et 44 % d’entre eux ont été diagnostiqués avec une perte auditive.

Les oreilles des enfants en surchauffe !
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6 millions d’enfants de moins de 10 ans ont consulté un ORL

Ce chiffre souligne l’urgence d’agir pour la protection de la santé auditive des enfants et des jeunes. L'oreille encore en maturation est fragile et toute atteinte auditive à cet âge est irréversible. Elle peut même affecter durablement l'apprentissage de la parole et scolaire, ainsi que la qualité de vie. Les mécanismes de l’oreille ont des limites. L’exposition prolongée à des sons puissants, combinée à une durée d’écoute accrue, augmente les risques de troubles auditifs : acouphènes, surdités, mais aussi fatigue et difficultés de concentration.

Stress acoustique

Écouteurs vissés aux oreilles, musiques de gaming, vidéos en boucle sur tablette… Les jeunes sont de plus en plus connectés, et de plus en plus tôt. Les bruits ambiants (rue, classe, cantine, tracteurs, tronçonneuse…) s’ajoutent à l’écoute nomade et multimédia, réduisant les temps de récupération. Résultat ? Un stress acoustique quasi continu, qui perturbe la transmission des informations au cerveau et altère la compréhension de la parole.

Une enquête réalisée à l’occasion de la Journée nationale de l’audition révèle que 56 % des 15 ans et plus souffrent de maux de tête, 64 % se disent plus nerveux, et 83 % éprouvent une fatigue persistante.

Face à l’urgence, les spécialistes recommandent des mesures concrètes : réduire le volume à 60 % du maximum et limiter l’écoute à 60 minutes par jour, une règle simple mais efficace pour protéger les oreilles. Ils insistent aussi sur l’importance d’instaurer des pauses auditives, ces moments sans écouteurs essentiels pour permettre aux mécanismes de l’oreille de récupérer. Autre levier : le dialogue. Plutôt que de diaboliser les écrans, les parents sont invités à échanger avec leurs enfants sur leurs habitudes, en fixant ensemble des limites claires. Si les enfants vont régulièrement à la ferme, munissez-vous d'un casque antibruit adapté à leur taille pour protéger leurs oreilles sensibles des bruits intenses.

Enfin, consulter un ORL dès l’apparition de signes inquiétants - fatigue persistante, acouphènes ou difficultés scolaires - permet d’agir avant que les dégâts ne deviennent irréversibles.