Accès au contenu
Cinéma

S'insérer dans le marché français

Pour l'avant-première du film « La Guerre des Prix » réalisé par Anthony Deschaux à Toucy, Henry Ragon, éleveur laitier et Patrice Plouvier, ancien salarié de la grande distribution ont réalisé une critique cinématographique. Retour sur cette soirée pleine d'échanges.

Par Charlotte Sauvignac
Cinéma
Ce vendredi 24 avril, deux éleveurs laitiers ont fait des retours d'expérience sur la marque "C qui le patron ?", à l'occasion de la sortie du film "La Guerre des Prix".

En saluant les visiteurs, ce vendredi 24 avril au cinéma d'art et d'essai de Toucy, Henry Ragon, éleveur laitier et représentant de la marque « C qui le patron ? », explique la nécessité « d'encourager les éleveurs à aller au-devant des consommateurs. Aujourd'hui, le travail ne peut pas s'arrêter au tank à lait. En entrant dans cette structure, j'ai réussi à me réapproprier mon travail et à retrouver du sens à mon métier », témoigne-t-il. En entrant dans la salle, ce sont une cinquantaine de personnes qui accueillent Henry Ragon, accompagné par Olivier Legrand, également engagé dans la démarche, et Patrice Plouvier, retraité de la grande distribution. Si les deux parties ont été invitées, c'est parce que le film « La Guerre des Prix » réalisé par Anthony Deschaux, met en scène l'histoire d'Audrey Dumont, salariée au sein d'un supermarché de village, sœur et fille d'éleveurs laitiers. Son frère a repris l'exploitation familiale et a créé « une marque » dédiée à la transformation de lait en yaourts appelée « Les petits fermiers ». Grâce à une promotion, Audrey accède à la « centrale », l'endroit « où se décident les négociations en fonction des produits ». En intégrant cette sphère-là, elle prône « la valorisation des produits locaux dans les rayons des grandes surfaces », mais est confrontée « à une mentalité professionnelle différente de ce qu'elle connaît ». Boucher dans les années quatre-vingt-dix au sein d'une petite structure, Patrice Plouvier confie « le fait que cette situation commençait à capoter. La grande distribution est arrivée, permettant aux consommateurs de tout retrouver au même endroit. On a senti que cela faisait clairement concurrence à nos petites structures ». Avec la création des « promotions » au sein des supermarchés, « cela a directement attiré les consommateurs, ce qui a fait qu'ils ont changé leurs habitudes de consommation, nous avons donc dû suivre », confesse-t-il. Rapidement, à cause du contexte « sanitaire de la vache folle », l'ancien salarié de la grande distribution se sent rapidement loin de ses engagements et avoue « avoir eu honte de vendre de la viande étrangère à bas prix et en grande quantité ». Il faut également prendre en compte « le panier de la ménagère qui ne doit pas dépasser un certain montant. Aujourd'hui, de nombreuses familles regardent d'abord les prix avant de prendre connaissance du produit ». Le plus gros problème reste « le nombre d'intermédiaires par lequel on doit passer pour commercialiser des produits », conclut-il. Pour autant, il se réjouit de « retrouver des petits commerces au centre des villages. »

« Ce qui fait la différence, c'est que les consommateurs sont acteurs »

Après le visionnage d'une heure et demie, Henry Ragon et Olivier Legrand sont invités à monter sur scène pour commenter le film. Pour eux, « cette histoire nous parle car nous sommes passés par là, sauf que pour nous tout s'est bien déroulé. On s'occupe d'une organisation de producteurs et on livre notre lait à un industriel privé. Cependant, nous avons créé cette organisation pour répartir le rapport de force. Nous avons de la chance : nous sommes présents à la table des négociations, car c'est une convention tripartite. Et à ce jour, nous travaillons avec toutes les enseignes », indique Olivier Legrand. La marque « C qui le patron », conçue par des consommateurs en collaboration avec des éleveurs laitiers souhaite avant tout rémunérer « au prix le plus juste le producteur, en augmentant de quelques centimes le produit, en contrepartie de la création d'un cahier des charges qui respecte la volonté des consommateurs ». À son tour Henry Ragon explique aux spectateurs que « nous distribuons notre lait uniquement en France, donc nous ne subissons pas les fluctuations du marché mondial. Pour les prix, on se base sur les prix donnés par l'interprofession laitière, le CNIEL, ce qui nous permet de couvrir nos charges et de faire tourner nos exploitations ». En intégrant cette organisation, cela « nous permet d'avoir une vision sur le long terme et de pouvoir vivre de notre métier ».