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Élevage

« La paille, il faut s'y prendre très tôt »

Nous nous sommes rendus dans un important élevage de bovins en Côte-d'Or pour aborder la problématique paille avec les éleveurs concernés.

Par AG
« La paille, il faut s'y prendre très tôt »
Fabien Bernard, devant un bâtiment rempli de 3 000 bottes.

L'hiver dernier, le Gaec Les Perchottes a compté jusqu'à 1 250 bovins de toutes catégories, 80 % en Charolais et le reste en Blonde d'Aquitaine. De passage près de Semur-en-Auxois, nous faisons un détour par le village de Lantilly pour aller rendre visite à Fabien et Arnaud Bernard, deux des trois associés de la structure avec Jean-Luc, leur père. Nous « zigzaguons » entre les 17 bâtiments de la ferme pour trouver Fabien Bernard, 42 ans, responsable du cheptel dépassant les 450 vaches. Celui-ci nous informe que les besoins annuels en paille approchent les 2 000 tonnes : « nous exploitons 200 ha de grandes cultures, cela ne suffit donc pas pour couvrir nos besoins. Nous avons l'habitude de nous approvisionner à l'extérieur, cela a été encore le cas cette année ». À notre plus grande surprise, l'homme de 42 ans n'a rencontré aucun problème dans sa démarche : « nous avions réservé autour du 15 février. Oui, la paille, il faut s'y prendre très tôt, même parfois un an avant ! En allant presser cet été, nous avons déjà passé le message aux céréaliers pour la prochaine campagne. Nous travaillons assez régulièrement avec cinq ou six producteurs dans un rayon de 50 km autour de chez nous mais cela ne change rien : il faut garder le contact avec eux et que les choses soient claires depuis le début. Si nous tardons de trop, le risque, surtout dans une année comme celle-ci, est de voir quelqu'un passer avant nous. C'est comme ça… ».

Pas si mauvais

Notre deuxième grande surprise vient des rendements de paille énoncés par notre interlocuteur : « en orges d'hiver et de printemps, cela a été très décevant, entre 1,2 à 1,8 t/ha. Cela représente parfois trois bottes par hectare. En revanche, en blé, en triticale et en avoine, il y a eu de la paille, même un peu plus que l'an passé, avec des rendements qui ont même atteint 6 t/ha dans certaines parcelles. Non, franchement, dans notre cas, nous n'avons pas rencontré de problèmes cette année. La météo a même été propice pour les travaux et les transports. Nous n'avons jamais arrêté la presse, nous n'avons jamais été contraints de faire des piles de bottes par crainte d'une averse… ». Jamais deux sans trois : l'éleveur nous apprend une troisième chose étonnante : aucun euro ou presque n'a été déboursé pour s’approvisionner en paille.  « Oui enfin, aucun euro réel ! Car cela nous a quand même beaucoup coûté… En fait, nous réalisons des échanges paille-fumier, c'est très pratique. Depuis cette année, il y a même eu des échanges paille-compost ». Arnaud Bernard, rencontré dans son tracteur en train de déchaumer, nous en dit davantage sur ces échanges. « Notre cheptel bovin génère environ 6 000 tonnes de fumier par an. Notre poulailler, lui, donne 225 tonnes. Nous avons donc du volume à échanger, sans perturber nos propres amendements. La paille n'est pas gratuite pour autant car il y a une grosse masse de travail derrière ces échanges, avec notamment beaucoup de temps passé et de carburant consommé. Il faut transporter et emmener le fumier ou le compost en bout de champ. Nous allons nous-mêmes presser la paille avant de la ramener chez nous ».

Des « doses » à revoir ?

Quand la paille se fait rare, les éleveurs « doivent parfois se plier à certaines exigences ». « Nous comprenons parfaitement qu'un producteur céréalier ne peut pas laisser partir sa paille sans rien, cela appauvrirait son champ. Néanmoins, les équilibres entre paille et fumier seraient à notre avis à revoir. Dans notre cas, c'est une tonne de paille contre trois tonnes de fumier ou deux tonnes de compost. Cela nous est déjà arrivé d'épandre nous-mêmes dans le passé : dans ce cas, l'échange était à hauteur d'une tonne de paille contre une tonne de fumier ». Arnaud Bernard évoque plus précisément l'échange paille-compost. « C'est une nouvelle demande de cette année. Il est vrai que le compost présente plusieurs avantages par rapport au fumier. L'azote organique se libère plus lentement pour nourrir les plantes sans excès immédiat. La chaleur du compost détruit également les graines de mauvaises herbes. Le produit est aussi plus homogène et s'étale plus facilement ».

Arnaud Bernard, le frère de Fabien, en train de déchaumer.