Optimiser ses périodes d’agnelage pour vendre au meilleur moment
En travaillant le calendrier de reproduction, les éleveurs peuvent chercher une meilleure valorisation de leurs agneaux, tout en répartissant la charge de travail sur l’année. Mais cette pratique nécessite de bien maîtriser la conduite du troupeau et de prendre en compte les contraintes propres à chaque élevage.
Les nouveaux systèmes ovins icaunais, axés sur le pâturage des luzernes et la valorisation des couverts sont orientés vers la production d’agneaux d’herbe, généralement vendus en été et en début d’automne, période qui n’est pas forcément la plus porteuse pour la vente des agneaux. Pourtant, dans ces systèmes, il est possible d’envisager une seconde période d’agnelage. C’est pourquoi, mercredi 2 septembre, Alysé et la Chambre d’agriculture de l’Yonne proposaient une journée technique Inn'Ovin sur le dessaisonnement des brebis et son intérêt économique sur l’exploitation de l’EARL de Chaumançon en présentant des données chiffrées.
Intérêts de la contre saison
Bien connu dans les systèmes en bergerie, le dessaisonnement en élevage ovin consiste à mettre des brebis à la reproduction en dehors de leur période naturelle d’œstrus (chaleurs). On parle alors de contre saison. Le dessaisonnement est donc une pratique d’élevage qui permet de vendre des agneaux à la fin du quatrième trimestre et jusqu’à Pâques de l’année suivante. Cette période correspond généralement à un marché moins approvisionné, où les cours sont généralement plus élevés (voir illustrations).
Attention : Certaines races sont plus propices au dessaisonnement que d’autres : les brebis Île de France, romanes, berrichonnes du Cher ou charollaises se prêtent bien à cette pratique alors que les races très rustiques sont plutôt des brebis dites saisonnées.
Avoir des agneaux à la vente pour les fêtes de fin d’année
Il faut penser dès la fin de l’hiver, en février, à préparer les béliers à la période de mise en lutte en réalisant un flushing mâle. Pour être à l’optimum de sa forme, le flushing doit durer deux mois, la spermatogenèse s’étalant sur environ 60 jours. La note d’état corporel (NEC) visée est de 3 (sur une échelle de 5). Le bélier ne doit être ni trop maigre – au risque de manquer de libido et de vigueur pour saillir –, ni trop gras, ce qui peut également dégrader sa fertilité. Le flushing alimentaire, correspondant à une suralimentation énergétique de 15 à 20 % de la ration, doit donc commencer deux mois avant le début des luttes. Les béliers sont introduits en avril avec les brebis, à raison d’un bélier pour 15 à 25 brebis. Il est possible de stimuler un peu plus tôt leur activité sexuelle grâce à l’introduction de béliers vasectomisés, afin de bénéficier de « l’effet mâle » et d’avancer le cycle ovarien des brebis. Les béliers seront retirés à la mi-mai et les échographies pourront être réalisées 45 jours après leur retrait. Ainsi, les agnelages devraient se dérouler d’août à octobre, permettant d’avoir des agneaux prêts pour les fêtes de fin d’année. Les animaux plus tardifs ou les agneaux plus chétifs pourront quant à eux être conservés pour une commercialisation à l’occasion des fêtes de Pâques et des fêtes rituelles (quand les dates concordent). Il est important d’adapter l’alimentation des brebis en fin de gestation, notamment au cours des quatre à six dernières semaines, et de réaliser un apport de minéraux environ trois semaines avant l’agnelage. Une ration adaptée aux brebis gestantes favorise un bon poids de naissance et la vitalité des agneaux. Elle contribue également à prévenir la toxémie de gestation et l’hypocalcémie est indispensable pour assurer un bon démarrage de la lactation. Pour produire des agneaux destinés aux fêtes de Pâques ou de l’Aïd quand les dates sont proches, le principe reste le même, mais avec une mise en lutte en mai et un retrait des béliers autour du 15 juillet. L’éleveur peut ainsi décaler ses agnelages et éviter une concentration du travail en fin d’année. (Cf. schéma 2)
Des échanges pour faire évoluer les pratiques
Riche en échanges et en retours d’expérience, cette journée technique du 2 septembre a permis de montrer que le dessaisonnement peut trouver sa place dans différents systèmes ovins, à condition d’être raisonné à l’échelle de l’exploitation. Maîtrise de la reproduction, alimentation, organisation du travail et débouchés commerciaux sont autant d’éléments à prendre en compte avant de se lancer. Pour les éleveurs, l’objectif est finalement simple : produire au bon moment, sans bouleverser l’équilibre de l’exploitation ni complexifier l’organisation du travail, qui n’est pas toujours simple à mettre en place. Toutefois, en ayant des agneaux disponibles aux périodes où le marché est demandeur, il est possible d’aller chercher des niveaux de valorisation intéressants. L’analyse des ventes de l’EARL de Chaumançon, qui accueillait cette journée, en est une bonne illustration.
Vendre quand le marché est demandeur
La consommation de viande ovine est fortement saisonnière, avec plusieurs temps forts au cours de l’année, notamment Pâques, la fin du Ramadan, l’Aïd-el-Kébir, et les fêtes de fin d’année. Cette saisonnalité de la demande se répercute sur le marché et peut se traduire par des évolutions des cotations des agneaux. À l’inverse, les agneaux d’herbe arrivent majoritairement sur le marché en été, au moment où l’offre est importante et où les prix sont généralement moins favorables. Pour les éleveurs, décaler une partie des agnelages permet alors de répartir les sorties d’agneaux sur l’année et de chercher une meilleure valorisation de la production. Le dessaisonnement constitue ainsi un levier pour mieux faire coïncider production et demande, et améliorer le revenu de l’élevage.
Information et contacts : Alysé : Marie Mauchossé mma@alyse-elevage.fr
CA 89 : Marianne Ranque m.ranque@yonne.chambagri.fr