Réussir, l’expertise nationale, l’ancrage local
Élu le 28 mai président du conseil d’administration de Réussir Participations, la société actionnaire majoritaire du groupe Réussir SA, Brice Guyau(1), agriculteur, gérant de la SARL Infagri’85, président de la FDSEA 85 et secrétaire général adjoint de la FNSEA, succède à Henri Biès-Péré après douze années de présidence. Rencontre.
Quel lien entreteniez-vous jusqu’ici avec le groupe Réussir ?
Brice Guyau : « Quand je suis devenu président de la FDSEA de Vendée il y a quatorze ans, j’ai aussi pris la gérance de la SARL Infagri’85 sans forcément mesurer tout ce qu’il y avait derrière un journal agricole. Je ne connaissais pas encore vraiment le fonctionnement de la presse professionnelle agricole ni l’ampleur du travail réalisé. Très vite, j’ai voulu comprendre comment fonctionnait cet outil de communication, ce qu’attendaient les lecteurs et comment les différents titres travaillaient ensemble. Cela m’a conduit à intégrer le conseil de surveillance de Réussir Participations il y a 10 ans. J’y ai découvert toute la puissance collective construite par les titres départementaux associés au sein du groupe Réussir ».
Qu’est-ce qui vous a marqué dans cette évolution ?
B.G : « La capacité à mutualiser les moyens tout en gardant une proximité avec les territoires. Le groupe a su développer des outils nationaux puissants tout en restant ancré localement. J’ai aussi découvert tous les défis liés à la transformation de l’information : le passage du papier au digital, la rapidité de circulation des contenus, la nécessité d’innover en permanence. Aujourd’hui, on vit un changement de paradigme complet dans les médias. Les habitudes des lecteurs évoluent très vite et il faut réussir à accompagner cette transition sans perdre notre identité. Aujourd’hui, notre logique de réseau est encore plus stratégique. Les outils évoluent très vite, les usages aussi, et aucun titre ne pourrait relever seul les défis technologiques et économiques qui arrivent ».
Comment présenteriez-vous aujourd’hui le groupe Réussir aux lecteurs ?
B.G : « Réussir, c’est le premier groupe de presse agricole français. Il rassemble 55 titres départementaux et spécialisés, plus de 100 journalistes et plusieurs centaines de collaborateurs partout en France. Derrière, il y a aussi une équipe nationale qui produit des contenus techniques de référence avec des magazines comme Réussir Grandes Cultures ou Réussir Bovins Viande. Mais surtout, c’est un groupe qui fête ses 40 ans cette année et qui, depuis quatre décennies, accompagne toutes les transformations de l’agriculture française : les évolutions techniques, économiques, réglementaires ou sociétales. Quand on regarde l’agriculture d’il y a 40 ans et celle d’aujourd’hui, on mesure le chemin parcouru. Prenez une photo, regardez où était l'agriculture il y a 40 ans et aujourd'hui, vous pouvez vous dire que Réussir a touché tous ces sujets-là. Après avoir accompagné toutes ces transitions, il doit maintenant accompagner les suivantes ».
Quels sont les principaux enjeux ?
B.G : « Le premier enjeu, c’est la digitalisation. Les lecteurs ne consomment plus l’information de la même manière selon leur âge, leur production ou leurs usages. Certains veulent du papier, d’autres des vidéos courtes, des alertes sur smartphone ou des contenus techniques très ciblés. Nous développons par exemple des outils comme MyReussir.fr , une plateforme numérique qui permet à chaque département, et donc aux agriculteurs, de disposer d’un site moderne, alimenté à la fois par l’information locale et par les contenus nationaux du groupe. Demain, un agriculteur pourra retrouver plus facilement les contenus qui l’intéressent selon sa production, ses centres d’intérêt ou son territoire. Le local restera indispensable. C’est ce qui fait la valeur de la presse agricole départementale. Un autre défi des prochaines années sera la personnalisation de l’information. Un éleveur laitier, un producteur de volailles ou un viticulteur n’ont pas les mêmes attentes ni les mêmes besoins au quotidien. Nous devons être capables de proposer des contenus toujours plus ciblés et utiles dans la prise de décision. L’IA fait aussi partie des nouveaux outils qui arrivent très vite dans notre environnement. Mais le sujet n’est pas uniquement technologique. Il concerne aussi la façon de produire et de diffuser l’information. Aujourd’hui, il faut être capable d’écrire pour plusieurs supports, plusieurs formats et plusieurs publics. Cela demande une nouvelle organisation du travail et de nouvelles compétences. Mais je reste convaincu que la valeur essentielle restera la fiabilité de l’information. Dans un contexte où beaucoup de contenus circulent sans vérification sur les réseaux sociaux, notre responsabilité est justement de sécuriser les informations que nous diffusons ».
Justement, c’est la force de la presse professionnelle agricole ?
B.G : « Oui, clairement. Quand une information paraît dans la presse agricole, elle est vérifiée, recoupée, contextualisée. Il y a un vrai travail journalistique derrière. Aujourd’hui, tout le monde peut publier une information sur les réseaux sociaux. Mais entre une publication instantanée et une information fiable, il y a une différence majeure. Notre rôle est justement d’apporter cette crédibilité et cette expertise ».
C’est pourquoi la presse agricole reste importante aujourd’hui ?
B.G : « C’est une vraie valeur ajoutée. Les agriculteurs ont besoin d’informations fiables pour prendre des décisions techniques, économiques ou réglementaires. Cette exigence professionnelle restera essentielle demain. C'est un outil. Je prends à défaut tous les lecteurs de ne jamais avoir vu une idée qu'ils ont mise en place dans leur exploitation, qu'ils n'auraient pas vue grâce à la PAD(2), grâce à un magazine Réussir. Un article, un témoignage, a peut-être changé leur vision sur une pratique au quotidien, sur cette information qui a été donnée techniquement, etc. Dans d’autres secteurs, beaucoup aimeraient avoir un outil aussi structuré. Réussir accompagne toutes les agricultures et tous les modèles. C’est une richesse qu’il faut préserver. Faisons-le vivre et évoluer collectivement. Soyons-en fiers ».
Un nouveau conseil d’administration
Collège « Représentants légaux élus professionnels agricoles »
- Pascal Ferey – Saecno (Calvados, Manche, Orne)
- Yannick Fialip – Excepto (Haute-Loire, Puy-de-Dôme)
- Florent Renaudier – FJC Édition (Mayenne)
- Fabrice Moulard – S.A.E.C. (Eure)
Collège « Directeurs de sociétés actionnaires »
- Charlotte Rolle – Excepto (Haute-Loire, Puy-de-Dôme)
- Jean François Beaujean – Inf’Agri 72 (Sarthe)
- François Magnier– L’Action agricole picarde (Somme)
(1) À 51 ans, Brice Guyau est polyculteur-éleveur bio à Thorigny en Vendée (maraîchage, cultures de pommes de terre et élevage bovin viande). Il préside la FDSEA de Vendée et occupe le poste de vice-président de la Chambre d’agriculture de Vendée.
(2) PAD : presse agricole départementale.