Retour à la case départ
Vingt-cinq nouvelles communes de Côte-d'Or ont intégré la zone réglementée de surveillance DNC. Les communes déjà concernées repartent de zéro ou presque : les mouvements d'animaux sont toujours interdits, à nouveau pour 45 jours.
Beaucoup d'acteurs pensaient la situation maîtrisée. Visiblement, elle ne l'est pas encore tout à fait, suite au foyer DNC déclaré dans le Doubs le 29 novembre, sur la commune de Pouilley-Français. La zone réglementée de surveillance s'élargit de 25 communes en Côte-d'Or comme l'indique Gilles Rabu, technicien au GDS21 : « Ladite zone concerne désormais un total de 129 communes dans notre département. Pour celles qui étaient déjà concernées, c'est un peu un retour à la case départ : il faut de nouveau attendre 45 jours pour pouvoir déplacer ses animaux ». Ces exploitations conservent toutefois le bénéfice de la vaccination : « si cette dernière a été réalisée sur au moins 75 % des animaux et ce, depuis plus de 28 jours, les animaux peuvent bouger un peu plus facilement, dans le cadre des dérogations de la DDPP ». Gilles Rabu rappelle qu'un certain nombre d'éleveurs ont pu avec dérogation, fort heureusement, rentrer leurs bêtes ces dernières semaines si un ou plusieurs vêlages étaient imminents, si un ou plusieurs animaux étaient malades ou accidentés, si la parcelle en question était en zone inondable et s'il n'y avait plus rien à boire ni à manger dans la prairie concernée.
La galère
Pour les éleveurs ayant leur siège social en zone blanche et leurs animaux dans une parcelle en zone réglementée, c'est la « galère », selon Gilles Rabu : « un très gros travail terrain a toutefois été réalisé. Il a fallu trouver des bâtiments en zone réglementée pour placer les animaux concernés. Cela s'est fait dans bon nombre de situations grâce à l'implication de tous. Certains cas n'ont toutefois pas été réglés, j'ai notamment en tête trois exploitations qui n'ont toujours pas pu faire quoique ce soit depuis le début de cette histoire sans fin… C'est forcément très difficile pour ces gens-là ». La réunion du 4 décembre à Mirebeau a permis d'échanger avec des éleveurs des 25 nouvelles communes entrées en zone réglementée. Depuis le 29 novembre au soir, leurs animaux sont donc confinés. « Ce rendez-vous a permis de relayer pas mal d'informations sur le sujet et de répondre à un certain nombre de questions de la part des éleveurs. Tous les bovins du secteur vont devoir être vaccinés le plus rapidement possible. Tout est en train de se mettre en place », poursuit Gilles Rabu, informant que pour les 104 premières communes du dispositif, à la date du 28 novembre, 81 % des animaux étaient vaccinés (soit environ 15 000 bovins). « Cela représente 92,5 % des élevages, c'est une donnée satisfaisante, ça avance bien », conclut le technicien.
Les 25 nouvelles communes
Arceau, Arc-sur-Tille, Beaumont-sur-Vingeanne, Beire-le-Châtel, Belleneuve, Bèze, Bézouotte, Blagny-sur-Vingeanne, Bourberain, Bressey-sur-Tille, Champagne-sur-Vingeanne, Dampierre-et-Flée, Fontaine-Française, Fontenelle, Magny-Saint-Médard, Mirebeau-sur-Bèze, Montigny-Mornay, Villeneuve-sur-Vingeanne, Noiron-sur-Bèze, Oisilly, Pouilly-sur-Vingeanne, Saint-Seine-sur-Vingeanne, Savolles, Tanay, Viévigne.
Témoignage
Vincent Gardey a participé à la réunion de Mirebeau-sur-Bèze. Cet éleveur de Beaumont-sur-Vingeanne a tout d'abord regretté que les vaccins ne soient pas disponibles bien plus tôt : « Dans mon cas, j'aurais vacciné en amont, je n'aurais pas été le seul et un certain nombre de troupeaux auraient déjà été protégés. Je considère que nos hauts dirigeants ont fait une erreur stratégique en ne donnant pas suite à l'appel d'offres qu'ils avaient eu pour laisser les éleveurs vacciner eux-mêmes avant cette crise. L'Espagne a procédé ainsi, pas nous, c'est bien dommage ». Vincent Gardey en appelle aussi à la responsabilité de chacun : « il y a beaucoup trop de transferts d'animaux à la limite des règles… Il faut arrêter ça, car tout le monde se retrouve pénalisé. Il n'y a pas que la DNC : la FCO et la MHE, elles aussi, se propagent avec les insectes. Des troupeaux se croisent dans tous les sens et la gestion sanitaire devient extrêmement compliquée. Il faut retrouver du bon sens, de la cohésion, que tout le monde respecte les règles et mette de l'hygiène dans chacune de ses actions ». L'EARL Gardey n'a pas attendu l'extension du périmètre de la zone réglementée pour se protéger : « depuis deux mois, nous avons fait le choix de ne plus accueillir le moindre camion à la ferme. Nous chargeons à l'extérieur de celle-ci, loin de toute autre exploitation, avec des désinfections et désinsectisations systématiques de la bétaillère ». Une nouvelle mesure est prise depuis peu, indique le jeune éleveur : « en plus du pédiluve qui reste et restera plus que jamais d'actualité, chaque intervenant extérieur qui viendra désormais sur l'exploitation devra mettre des bottes et une cotte de travail que nous lui fournirons. Les inséminateurs sont d'ores et déjà au courant. Nous ne sommes jamais trop prudents ». Vincent Gardey pense également à l'après DNC : « une fois cette crise derrière nous, des décisions plus drastiques devront sans doute se prendre. Devant cette répétition de maladies, pour dormir un peu plus tranquille, il faudra sans doute encore aller plus loin : pourquoi pas construire un nouveau bâtiment pour arrêter le pâturage et être sûr de conserver nos animaux performants ? Ce n’est pas sans doute la demande du consommateur mais pour le bien de la santé de mes bovins, c’est la solution la plus appropriée à ces maladies ».
« Très compliqué »
Nous avons contacté le Gaec Henriot, l'une des exploitations côte-d'oriennes n'ayant toujours pas trouvé de solution pour l'ensemble de ses animaux en pâtures. Laurence Henriot ne cache pas son agacement devant une telle situation : « C'est à devenir fou ! Villebichot, notre village, est en zone indemne, mais 43 de nos bovins sont dans trois prés en zone réglementée : 7 broutardes sont aujourd’hui hébergées par un collègue, 20 génisses de 2 ans destinées à la reproduction et inséminées habituellement à cette période ont été rapprochées dans un pré sur la commune de Saint-Nicolas-lès-Cîteaux mis à disposition par un autre collègue, et les 16 autres animaux restent dans notre pré difficilement accessible en raison de la météo et inondable. Deux vaches s’apprêtent à vêler. Concernant une éventuelle dérogation, personne ne veut rien entendre. Des animaux en zone réglementée ne peuvent pas venir en zone blanche, nous ne sommes pourtant qu'à 3 km… Les génisses ne pourront pas être inséminées, le nouveau calendrier prévoit un retour possible le 17 janvier. Les 43 animaux ont été vaccinés le 28 octobre. Mais nous avons l’interdiction de vacciner le reste de notre troupeau ! C’est kafkaïen ! Nous leur apportons du foin mais en ce qui concerne l'eau, il y a des pompes à nez et quand il gèlera, elles ne pourront plus boire. Je ne sais pas comment nous allons faire ». Laurence Henriot poursuit : « la DDPP reste sourde à mes appels et se retranche derrière l’application stricte de la réglementation. La DNC est une nouvelle maladie grave mais la gestion sanitaire qui est menée actuellement semble oublier que c’est une maladie contagieuse et vectorielle. Les abattages totaux ne permettent pas d’empêcher la diffusion de la maladie, le retour du printemps est à craindre pour les animaux qui ne sont pas immunisés. L’État risque d’être débordé par la multiplication des cas. Nous devrions profiter de la période hivernale pour vacciner massivement et ne réserver l’abattage qu’aux cas positifs ! Ensuite, la gestion violente et brutale du cas de DNC de l’EARL Lhomme dont l’élevage était pourtant vacciné, me fait craindre le pire pour l’avenir. En effet, les risques de dissimulation de cas vont se multiplier car la conséquence de tout perdre est trop grave pour l’éleveur ! De plus, retenir l’argument que vacciner à grande échelle est impossible car cela bloquerait les exportations ne tient plus, à partir du 8 décembre des bovins pourront être exportés vers l’Italie… Enfin, la tenue du prochain CNOPSAV (Comité d'experts apicole rattaché au Conseil national d'orientation de la politique sanitaire animale et végétale) et la question de la vaccination massive en France annoncée par la ministre me redonne un peu d’espoir dans une ouverture possible ».