Région en déficit, opportunités à saisir...
Avec une consommation en hausse et un déficit structurel de production, la filière avicole offre des perspectives de développement en Bourgogne Franche-Comté. Des projets émergent, notamment en volailles de chair et en œufs, avec des débouchés attrayants.
Avec 31,7 kg consommés par habitant et par an, la volaille est devenue la première viande consommée en France, en progression de 15 % en vingt ans. Mais derrière cette dynamique, la production nationale est en repli : « Alors que la France était exportatrice nette de volaille en 1995, plus d’un poulet de chair sur deux est importé actuellement, principalement pour l’industrie agroalimentaire et la restauration hors domicile – qui ne respecte pas l’obligation d’affichage de l’origine des produits », rappelle Samuel Jannerot, chargé de mission viandes blanches à la Chambre régionale d’agriculture de Bourgogne-Franche-Comté (BFC). Dans ce contexte, les opportunités de développement sont bien réelles, avec un indice synthétique de l'Institut technique des filières avicoles (Itavi) (charges opérationnelles) économiquement favorable, et un marché porteur. « Tous les opérateurs de la volaille de chair sont preneurs de nouveaux projets ou de développement de l’existant », insiste-t-il. Une tendance qui se vérifie aussi en filière ponte, où l’autonomie française recule, bien que « dans une moindre mesure ».
Une dynamique encore timide en région
En BFC, la production de volailles reste limitée, avec seulement 640 ateliers de plus de 200 têtes, la plupart situés dans les départements bourguignons (l’Yonne en tête, suivie par la Saône-et-Loire et la Côte-d’Or). La faible densité à l’est de la Saône s’explique en partie par l’histoire des filières et la localisation des outils d’abattage. La dynamique est toutefois enclenchée. « On est sur un palier, avec 70 projets en cours d’émergence », souligne le technicien avicole de la Chambre régionale d'agriculture. Début 2025, à peine une trentaine de projets étaient recensés. À l’horizon 2035, la filière nationale estime à 2 200 le nombre de nouveaux poulaillers à construire, dont près de 500 en label rouge. La déclinaison régionale prévoit 277 bâtiments supplémentaires, dont 170 en volailles de chair et 57 en poules pondeuses. « Ce sont des projets à environ 1 million d’euros », précise Samuel Jannerot. Sur le plan économique, les références régionales indiquent un équilibre possible. « Avec un poulailler de 1 800 m² : on peut tirer un SMIC », avance le technicien, tout en relativisant : « 800 000 euros d’investissement pour tirer un SMIC, ça ne fait pas rêver… mais ce n’est pas un temps plein. Bien qu’il s’agisse d’un métier pointu et exigeant, avec une astreinte quotidienne et de la vigilance, ça laisse de la place pour d’autres activités. Ça peut venir conforter économiquement une exploitation de polyculture-élevage qui emploie plusieurs unités de main-d’œuvre. » La production avicole présente en effet un intérêt en diversification, notamment dans les exploitations céréalières, en viande bovine ou laitière. « Le déclin de l’élevage bovin est partiellement compensé par l’essor de la poule pondeuse », observe la filière. Les débouchés, eux, ne manquent pas. « Compte tenu du déficit structurel, il n’y a pas de problème de commercialisation », assurent les opérateurs, même si la concurrence des importations reste une réalité.
Points de vigilance à anticiper
Ces projets nécessitent une préparation rigoureuse. Acceptabilité locale, contraintes réglementaires, biosécurité ou encore choix des partenaires (notamment quand on opte pour une formule intégrée, en filière longue) sont autant d’étapes clés. « En phase de réflexion initiale, il faut rencontrer d’autres éleveurs et comparer les contrats », recommande le conseiller. La gestion sanitaire est également jugée « primordiale », dans un contexte de risques accrus (influenza aviaire, salmonelles). Enfin, la réussite passe aussi par l’accompagnement technique et financier, avec des aides possibles via le Plan stratégique national (PSN), aides pouvant atteindre 30 % et davantage selon des critères bien précis (jeune installé, filière sous signe de qualité…) Dans un contexte porteur, la filière avicole apparaît comme une piste crédible pour diversifier l’agriculture régionale et contribuer au renforcement de la souveraineté alimentaire nationale… à condition de structurer durablement les projets. « Nous sommes prêts à accompagner les porteurs de projets qui le souhaitent, en leur proposant des formations adaptées, et en jouant la carte de la mutualisation au niveau régional, afin de leur permettre de visiter des élevages en activité, de rencontrer d’autres acteurs tels que des intégrateurs et des organisations d’éleveurs », conclut Michaël Muhlematter, le président de la Chambre d'agriculture de la Haute-Saône, qui organisait une réunion sur ce thème le 9 avril.