Dévalisé par les « gorets »
Un éleveur du village de Santosse, près de Nolay, déplore la venue quotidienne de nombreux sangliers dans les nourrisseurs de ses ovins. Près de deux tonnes d'aliments ont déjà été perdues en l’espace de deux mois.
Les sangliers, encore et toujours. Gabriel Papillon est habitué à cette problématique depuis son installation, à tel point qu'il avait tiré une croix sur les nourrisseurs de ses ovins, lassé de voir les sangliers venir manger la nourriture à leur place, dans les prés. « Mais face à la canicule, il fallait bien faire quelque chose et les ressortir, car il n'y a plus rien à manger et les bêtes souffrent comme tout le monde. Je ne pouvais pas faire autrement, il fallait soigner », indique le jeune homme qui a fêté son 30e anniversaire il y a quelques jours. Celui-ci n'a pas croisé les doigts bien longtemps pour que les sangliers ne reviennent pas : « ils se sont aussitôt manifestés… Depuis deux mois, j'estime la quantité d'aliments perdue à presque deux tonnes ! Je ne sais pas quoi faire, il y en a partout… J'en ai encore aperçu une trentaine ce matin. Rationner et ne venir qu'avec un seau d'aliment n'est pas une solution : dans ce pré qui est le plus problématique chez moi, j'ai tout de même 70 agneaux. Alors il faut en mettre, de l'aliment… ». L'éleveur de 250 brebis de races Romane et Charollaise est même dans l'obligation de laver ses nourrisseurs assez régulièrement : « ils sentent tellement le goret, à force, que certains agneaux ne vont même plus se nourrir. Je sors donc le Kärcher. Oui, on en est là ! ». Gabriel Papillon n'est pas le seul, dans son secteur, à rencontrer ce genre de problème : « chez mon voisin, qui est éleveur de bovins, les sangliers se nourrissent directement dans sa stabulation, que ce soit l’hiver ou l'été. Une caméra est installée et une soixantaine de sangliers ont déjà été filmés une nuit, ils étaient de toutes les tailles. Les plus petits n'arrivaient pas à accéder au nourrisseur, alors les femelles se sont couchées pour que les marcassins montent sur elles pour aller manger… Ce même voisin avait mis du blé dans un big-bag : ce dernier a été dévoré en l'espace de quelques heures, il n'y avait plus rien ! ».
Que faire ?
L'éleveur ajoute d'autres problèmes rencontrés il y a quelques semaines avec cette même faune sauvage : « les dégâts sur les clôtures sont nombreux et récurrents par chez nous. Ces dégradations nous coûtent à chaque fois du temps et de l'argent ». Face à cette situation, Gabriel Papillon, excédé, a contacté la DDT, la fédération départementale des chasseurs et la société de chasse locale : « la DDT a visiblement fait une demande pour que des louvetiers fassent le déplacement. Aujourd'hui, j'attends. Tant que je n'aurai pas vu de sangliers sur le carreau, je ne serai pas convaincu de la démarche. En ce qui concerne les chasseurs, je ne sais pas si je dois espérer quelque chose, une indemnisation de l’aliment par exemple… Je peux peut-être attendre longtemps, malheureusement. Plus il y a de sangliers, plus ils sont heureux. Pour moi, la chasse est devenue une industrie et carrément de l'élevage, c'est bien dommage ».