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Incendies

Incendies : Quand la solidarité agricole se mobilise

Ils ont quitté leurs habitations pour rejoindre les secours, attelé un déchaumeur ou rempli une tonne à eau. De la Loire à la Creuse en passant par l’Isère, trois agriculteurs racontent leur mobilisation face à des départs de feu qui ont marqué leur territoire, rappelant l’importance croissante du monde agricole dans la lutte contre les incendies.

Par Léa Rochon
Incendies : Quand la solidarité agricole se mobilise
Mairie Perreux
Le 27 juin, un feu de végétation a parcouru huit hectares sur les parcelles du lycée agricole Roanne Chervé Noirétable (Loire). Déchaumeurs, tracteurs et tonnes à eau d’agriculteurs sont rapidement intervenus en soutien aux pompiers.

Le 27 juin, un feu de végétation a ravagé huit hectares de parcelles exploitées par le lycée agricole Roanne Chervé Noirétable, situé à Perreux, dans la Loire. Responsable d’élevage, Cédric Feugère a assisté à toute la scène. « Nous n’étions pas forcément habitués à ce genre d’événement. D’autant plus qu’au même moment, les pompiers étaient déjà fortement mobilisés sur les incendies qui se déroulaient à Saint-Just-la-Pendue », raconte-t-il. L’arrivée de plusieurs tonnes à lisier remplies d’eau et de déchaumeurs a permis de maîtriser le feu, sans qu’aucune maison n’ait été touchée. Depuis cet épisode, les agriculteurs de la commune ont créé un groupe WhatsApp afin d’être immédiatement alertés lorsqu’un départ de feu est signalé. « Nous avons déjà été sollicités à trois reprises depuis, dont une fois après un orage qui avait fait tomber des arbres sur la route », affirme-t-il.

À plus de cent kilomètres, en Isère, Julien Milliat a lui aussi été confronté à un départ de feu. Le 14 juillet, en fin de journée, une moissonneuse-batteuse s’est embrasée sur les hauteurs de Val-de-Virieu, déclenchant un important panache de fumée noire. « Un voisin m’a appelé. Je suis immédiatement parti chercher un déchaumeur pour essayer de contenir le feu », raconte l’éleveur. Heureusement, le vent était faible ce jour-là. Ce qui n’empêche pas l’agriculteur de rester lucide : « Nous ne sommes jamais vraiment préparés à ce genre d’évènement. Même si nous avons un extincteur sur nos machines, encore faut-il avoir le temps de le décrocher ».

Un rôle essentiel

Entre le 10 et le 13 juillet, deux incendies d’une ampleur exceptionnelle ont également frappé le nord-est de la Creuse, à Toulx-Sainte-Croix puis à Évaux-les-Bains, où près de 70 hectares sont partis en fumée. Installé à Gouzon, à quelques kilomètres du premier sinistre, Cyril Pailloux a immédiatement répondu à l’appel des secours. « En ce moment, nous sommes un peu sur le pied de guerre. Ma tonne à lisier d’une capacité de 12 000 litres est toujours pleine d’eau et déjà attelée au tracteur pour pouvoir partir le plus vite possible », confie l’éleveur. Près de quarante agriculteurs ont rejoint les sapeurs-pompiers afin de ravitailler les secours et participer à la lutte contre les flammes. « Je suis parti de chez moi à 19 heures et je ne suis rentré qu’à 5 heures le lendemain matin », détaille-t-il. S’il se dit heureux d’avoir pu apporter son aide, Cyril Pailloux est convaincu que le monde agricole joue un rôle essentiel. « S’il n’y avait pas eu les agriculteurs, le village aurait très certainement brûlé. » L’éleveur estime toutefois que cette mobilisation pourrait être encore mieux organisée. Selon lui, davantage de tonnes à eau devraient être prêtes à intervenir rapidement. « Avec le relief, il m’a fallu tout de même 45 minutes pour rejoindre le secteur de l’incendie ». Il évoque également le coût de ces interventions : de nombreux litres de GNR consommés et un pneu sectionné sur le trajet. Sans esprit de revendication, Cyril Pailloux appelle surtout à renforcer la coordination entre le monde agricole et les services de secours. Une volonté qui se traduit déjà sur le terrain creusois : le 19 juin, une convention a été signée entre le Sdis 23, la Chambre d’agriculture, la préfecture et le conseil départemental afin de mieux organiser les échanges et les interventions en cas d’incendie se manifestant sur le territoire.