Qualité de l'air et cultures : un point sur les essais
Depuis plusieurs mois, la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or mène, en partenariat avec d'autres Chambres de la Région, et dans le cadre d'un appel à projets de l'Ademe, des essais visant à évaluer les meilleures solutions permettant de réduire les émissions d'ammoniac.
PartN'air est un projet mené par la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or, mis en place dans le cadre d'un appel à projets national de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe). Il est réalisé en partenariat avec l'association Atmo Bourgogne-Franche-Comté (BFC) et d'autres Chambres d'agriculture de la Région (Haute-Saône, Jura, Yonne et Bourgogne-Franche-Comté). Ce projet s'étale sur une durée de 2 ans et demi, et il mobilise aussi le Réseau pathologies respiratoires agricoles national (Repran). L'objectif est de travailler sur la qualité de l'air en lien avec l'agriculture et notamment sur les réductions d'émission d'ammoniac. Différentes approches sont prises en compte : économiques, agronomiques, sanitaires, mais aussi les co-bénéfices associés telles que la réduction des odeurs, la quantité des effluents à épandre… À la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or, Valentin Muscat est impliqué dans ces travaux. Il nous fait un point : « Au sein de la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or, nous nous sommes plus particulièrement chargés de la réalisation d'essais au champ pour mesurer le taux de volatilisation qui pouvait exister dans l'air (notamment pertes d'azote après épandage d'engrais) ». Le but de tout ce travail, c'est de parvenir à mettre en place des outils de communication permettant de faire passer des messages sur cette thématique à l'occasion d'évènements auxquels peuvent participer des agriculteurs, en présentant les résultats obtenus sur les essais. Ces essais, ils ont été menés sur une parcelle expérimentale de la Chambre d'agriculture, située à Ouges, au sud de Dijon. « Les leviers d'action que nous présentons, précise Valentin Muscat, ne correspondent pas à une parcelle précise. Il s'agit, de manière générale, d'informer sur ce qui existe, sur ce qui peut se faire. »
Résultats divers
Quels sont les résultats obtenus ? La parcelle expérimentale, implantée en blé, a reçu des apports de matière organique (digestat), et d'autres sous forme d'azote minéral. Une mesure des volatilisations après certains de ces apports a été réalisée grâce à des badges posés sur place, afin de mesurer le taux d'ammoniac volatilisé et ainsi disposer d'un véritable suivi sur ces déperditions. Ces essais se sont effectués selon plusieurs phases, avec apport de digestat à partir de septembre 2024, puis en février 2025. Ensuite, en mars, avril et mai 2025, les apports minéraux ont eu lieu (solution azotée, urée et ammonitrate). « Sur une partie de la parcelle, précise Valentin Muscat, nous avions du digestat qui restait en surface, une autre avec du digestat enfoui et une troisième avec du digestat en surface associé à du biochar. Sur les apports minéraux, une partie n'avait que l'apport minéral, une autre avait l'apport minéral et le biochar et une troisième avec apport minéral après épandage précédent de digestat et biochar. »
Les volatilisations ont été mesurées par Atmo BFC et l'analyse des badges a été confiée à Inrae Transfert.
Ce qui en ressort :
– Avec le digestat : variabilité dans la volatilisation, d'une période à l'autre. La météo a pu jouer. On a pu passer selon les périodes, de 3 % à 12 % de volatilisation. Néanmoins, le fait d'enfouir le digestat permet de réduire la variabilité.
– Avec biochar, il y a eu un effet plus ou moins important selon la période.
– Avec les apports minéraux : là aussi, le biochar permet de réduire la volatilisation d'ammoniac ou d'urée, mais il y avait déjà des taux de volatilisation assez faibles (- de 3 % quel que soit le produit apporté). L'économie avec le biochar n'est donc pas si importante et le problème du biochar, c'est son coût (près de 1 000 euros/t).
Ne pas perdre de temps pour enfouir
Les apports d'azote minéral présentent au final la meilleure marge brute, parce qu'ils coûtent moins cher que la matière organique. Sur les apports de digestat, le fait de laisser en surface ou d'enfouir, et même si l'enfouissement entraîne des coûts supplémentaires en raison du passage de herse, il y a quand même, au final, une meilleure marge brute, parce qu'on obtient un meilleur rendement qui compense les frais supplémentaires.
Quel est le meilleur compromis ?
Pour l'organique, et malgré la nécessité de passer au moins la herse une fois pour enfouir les apports, c'est une solution gagnant-gagnant pour la qualité de l'air et pour l'agriculteur. L'azote qui n'est pas perdu va entièrement à la culture. Néanmoins, il ne faut pas trop traîner pour enfouir, car la volatilisation la plus importante se produit vraiment juste après l'épandage. L'idéal serait d'enfouir dans les 6 à 10 heures qui suivent l'épandage. Les volatilisations peuvent représenter des montants pas négligeables à l'ha, si on attend trop longtemps.
Des fiches sont à découvrir en suivant ce lien : https://www.atmo-bfc.org/projet-partenair