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Marchés de blé

Protéine du blé: un enjeu majeur

Une conférence régionale dédiée aux grandes cultures a mis l’accent sur la nécessité de produire des blés de meilleure qualité pour s’assurer les marchés à l’export.
Par Aurélien Genest
Protéine du blé: un enjeu majeur
La France exporte la moitié de ses blés dans le bassin méditerranéen, mais pour combien de temps ? En 2014 et 2016, l’Hexagone a connu des accidents climatiques entrainant ses traditionnels clients à regarder pour la première fois ailleurs. «L’Algérie, le Maroc, la Tunisie, l’Égypte et l’Afrique subsaharienne ont été amenés à s’approvisionner chez un certain nombre de nos concurrents, notamment la Russie et l’Ukraine» fait remarquer Jacques de Loisy, président de la commission «Productions végétales» de la FRSEA Bourgogne Franche-Comté.

Selon lui, la concurrence devient de plus en plus importante : «en quelques années, la Russie, pour ne citer qu’elle, est passée pratiquement de 50 à 100 millions de tonnes de production. Dans le même temps, elle a réalisé de gros efforts en terme de qualité et de logistique».

Partir en reconquête
Un rendez-vous régional organisé par la FRSEA le 24 avril dans les locaux de Dijon Céréales a rassemblé des agriculteurs et des membres des organismes stockeurs coopératifs et privés de la région Bourgogne-Franche-Comté. Une représentante de la Draaf était également présente. Trois intervenants François Gatel (France Export Céréales), Laurent Vittoz (Cérévia) et Luc Pelcé (Arvalis) ont tour à tour présenté les enjeux commerciaux, économiques et techniques.

Cette conférence a été l’occasion de rappeler la double nécessité française de produire du blé en quantité et en qualité. «Il est important que notre pays rassure ses clients du bassin méditerranéen» souligne Jacques de Loisy, «leur population est croissante et leur production est très erratique, structurellement déficitaire par rapport à leurs besoins. Nous devons avoir une reconquête sur la qualité de nos blés : au niveau de la propreté, des taux d’humidité des grains mais aussi et surtout au niveau du taux de protéines». L’enjeu est «national et réglementaire» insiste le responsable régional, qui invite l’administration française et les futurs élus qui siégeront à l’assemblée nationale de bien avoir en tête ces différents enjeux : «les agriculteurs doivent avoir à leur disposition des outils et des moyens de production, notamment au niveau de la fertilisation. Nous devons être en mesure de répondre à la demande de nos clients au grand export, sans oublier nos voisins italiens et la meunerie française. Il est aussi fondamental que la région Bourgogne-Franche-Comté reconquiert un tissu industriel autour des métiers du grain. Il en va de la valorisation de nos productions, donc du revenu des producteurs et de la vitalité du tissu économique régional et des emplois afférents !»

Projet BOP
Administrateur Arvalis-Institut du Végétal, Didier Lenoir a rappelé l’utilité du projet «Blé, objectif protéines» qui délivre un certain nombre de messages techniques à destination des agriculteurs :  «rédigés à partir de la fin de l’hiver par l’ensemble des instituts, des Chambres d’agriculture et des organismes stockeurs, les messages BOP visent à élever le taux de protéines de nos blés en aidant les producteurs dans leurs différentes décisions sur l’azote. La forme, la dose et le moment le plus opportun sont notifiés pour optimiser leur utilisation par la plante».

«Nous ne sommes pas les seuls sur les marchés»

François Gatel, directeur de France Export Céréales, a abordé les critères déterminant les conditions d’accès vers l’export extracommunautaire : «Nous ne sommes pas seuls sur les marchés à l’export, il faut bien le savoir. Nos clients regardent également nos concurrents : à qualité égale, ils vont prendre le moins cher. À prix égal, ils vont prendre la meilleure qualité. Nous devons donc proposer des blés qui répondent à leurs spécifications techniques et attentes qualitatives, le tout en étant compétitifs par rapport à nos concurrents. Nous sommes capables, en France, de produire de la quantité. Nous avons également une bonne logistique. En revanche, nous péchons souvent sur la qualité et là, je pense tout particulièrement à la teneur en protéines. Nous sommes, en moyenne, que très légèrement supérieurs à 11% alors que nos clients demandent plutôt 12% voire 12,5%. Remonter la teneur en protéines du blé français est une nécessité pour l’export. Pour y arriver, il existe des voies de progrès, à la fois techniques et réglementaires».