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Élections municipales

« Pour être maire, il faut aimer les gens »

Maire passionné depuis 31 ans et nouvellement président par intérim de l’Association des maires ruraux de France (AMRF), Jean-Paul Carteret porte un regard engagé sur l’état des communes rurales à l’approche des municipales.

Par Propos recueillis par Charlotte Bayon
« Pour être maire, il faut aimer les gens »
AMRF
Jean-Paul Carteret est maire de la commune de Lavoncourt (Haute-Saône) depuis 1995, et président par intérim de l'association des maires ruraux de France.

Comment se portent aujourd’hui les communes rurales ?

Jean-Paul Carteret : « Les communes rurales vivent, mais elles sont fragilisées. Ce qui me préoccupe le plus, c’est le vieillissement de la population. Dans ma commune, pour la première fois depuis 25 ans, nous n’avons enregistré aucune naissance cette année, cela en dit beaucoup. C’est navrant, car sans enfants, sans école, un territoire s’étiole. Par ailleurs, nous subissons depuis des années la métropolisation et la concentration des services dans les villes moyennes. Entre deux centralités, il peut y avoir 80 ou 100 kilomètres. Si l’on veut que des familles s’installent, il faut absolument que le territoire bénéficie de services : école, santé, commerces. L’école reste le levier principal de l’aménagement et de l'attractivité du territoire ».

Fait-on face à une crise de l’engagement pour ces municipales ?

J-P.C. : « Oui, il existe une crise de l’engagement, mais elle dépasse largement la question des municipales. Chez les maires ruraux, cela fait des années que l’on alerte sur ce phénomène. Les gens s’engagent moins dans les associations, moins dans la vie collective en général, j’observe un individualisme marqué, que je compare à la mentalité de trente ans en arrière. Il s’est accentué post-Covid, il y a beaucoup plus de tensions et le maire est souvent en première ligne. Être maire, ce n’est pas un simple titre : il faut aimer les gens. C’est un engagement total, de jour comme de nuit. On peut être appelé à 2 heures du matin pour un drame, passer une journée avec les pompiers lors d’un accident, gérer des tensions de voisinage. Selon moi, il n’existe pas de crise particulière sur les listes des municipales 2026, il y aura des candidats partout, seules quelques communes feront peut-être exception et n’auront pas de candidats cette année. Quoi qu’il en soit, ces exceptions n’ont selon moi rien à voir avec la loi sur la parité qui a été mise en place. Les modalités de scrutin amènent les femmes au pouvoir, et c’est très bien. Dans l’ensemble, en France, il y aura des candidats et des candidates, et très peu de communes où il n’y aura personne ».

Quels sont les principaux défis des maires ruraux ?

J-P.C. : « Selon moi, la préservation des services existants en milieu rural est une priorité absolue. Il faut les maintenir à tout prix, et en développer de nouveaux. On parle de déserts médicaux, mais les médecins nous disent autre chose : « ce n’est pas dans les déserts médicaux qu’on ne veut pas aller, c’est dans les déserts ». Ils ont besoin d’une école pour leurs enfants, de services, d’un cadre de vie structuré. Ils n’ont pas envie de faire trente minutes de route pour aller chercher leur pain. Dans ma commune, nous avons réussi à maintenir un médecin, une pharmacie, des infirmières. Mon combat est de conserver ces services. D’ailleurs, France Services a aidé beaucoup de communes rurales. Certes, ce n’est pas parfait, mais c'est le dispositif le plus apprécié des Français. Mais les candidats doivent être capables de créer de nouveaux projets, de s’engager à part entière. Des questions subsistent et restent prioritaires à l’échelle d’un territoire : les jeunes, la forêt, les personnes âgées, l’insécurité, la préservation du patrimoine… Tous ces sujets restent des préoccupations centrales. Il faut être prêt ».

Quelle place tient l’agriculture dans la politique des maires ruraux ?

J-P.C. : « Il nous paraît évident de soutenir les agriculteurs, qui entretiennent nos territoires, les paysages, les terres, les espaces naturels. Dans l’ensemble, la transition écologique passe par la ruralité. Les éoliennes, le photovoltaïque, les forêts, l’eau, les terres agricoles, tout cela est chez nous. Les agriculteurs entretiennent les paysages et produisent localement. Et qui entretiennent les aménités rurales par leur travail. Si l’on veut garder des territoires vivants, il faut soutenir ces dynamiques et encourager l’engagement collectif. De mon côté, en tant que fils de paysans, je soutiens les agriculteurs car je comprends bon nombre de leurs problématiques. Ils se tournent d’ailleurs souvent vers le maire. Je leur fais comprendre notre solidarité, dans un premier temps, et je les aide avec les moyens dont je dispose. Récemment, j’ai réussi à obtenir un entretien avec la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, notamment sur la question de la dermatose nodulaire. ».

Qu’attendez-vous pour les communes rurales dans les années à venir ?

J-P.C. : « Je souhaite que s’opère une reconnaissance concrète de la part de l’État. La dotation globale de fonctionnement est une dotation de l’État calculée surtout sur le nombre d’habitants des communes. Or nos charges ne diminuent pas avec la baisse démographique : routes, réseaux, espaces naturels restent à entretenir. La notion d’espace devrait être prise en compte, pas seulement le nombre d’habitants ».

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Les élections municipales se tiendront le 15 mars pour le premier tour et le 22 mars pour le second. Tous les électeurs de plus de 18 ans inscrits sur les listes sont appelés à aller déposer le bulletin de leur choix dans les urnes pour désigner leurs représentants municipaux pour 6 ans.