Bioéthanol, une réponse crédible à la flambée des prix du pétrole
Le détroit d'Ormuz quasiment fermé depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, fait grimper les cours pétroliers qui franchissent des sommets historiques. Le bioéthanol pourrait être une solution notamment pour assurer la souveraineté énergétique de la France.
Depuis 2006, le Superéthanol-E85 est le carburant du pouvoir d'achat, de l’environnement et aujourd’hui, il occupe une place de choix face aux produits pétroliers. En particulier depuis l’explosion des cours depuis la guerre en Iran. Son prix, moins de 1 euro, séduit de plus en plus d’automobilistes.
Orienter plus de betteraves vers les raffineries
Le Superéthanol-E85 contient entre 60 % et 85 % de bioéthanol qui est produit à partir de matières premières d’origine végétale (betteraves sucrières, blé, maïs), le complément étant de l’essence sans plomb. Cette composition explique en partie pourquoi son prix varie moins par rapport au marché pétrolier mondial. Il bénéficie aussi d’une fiscalité avantageuse. Sa TICPE (Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques) est beaucoup plus basse que celle des carburants fossiles.
La France, premier pays européen producteur de bioéthanol E85, a la ressource nécessaire pour en produire davantage notamment avec les betteraves (environ 12 à 15 %). Avec la conjoncture actuelle au niveau du sucre, les planteurs doivent baisser les surfaces. Or, les betteraves pourraient servir à augmenter la production de biocarburant.
Même si la consommation annuelle d’E85 atteint pratiquement 900 millions de litres en 2025, il serait peut-être opportun d’ouvrir les robinets. Car la France importe plus qu’elle n’exporte depuis 2022 (pétrole : 99 % et l’éthanol 30 %). La production pourrait croître pour faire partie du panel des énergies renouvelables produites dans l’Hexagone. En mars 2026, 4 032 stations-services distribuent le Superéthanol-E85 sur pratiquement 10 800 dans le pays.
Qu’attend donc l’État pour aller plus loin et promouvoir le bioéthanol ? Sachant que les États-Unis et le Brésil produisent à eux seuls, les trois quarts du bioéthanol mondial et que l'Europe représente 6 à 7 % de la production (7500 stations équipées en SP95-E10 en France). La France pourrait accroître encore sa capacité qui est passée de 16,5 millions d’hectolitres en 2024 à 19 Mhl en 2025 soit + 15 % (E5, E10 et E85). En France, l'utilisation du bioéthanol a permis d’éviter en 2024, l’équivalent des émissions annuelles de 1 400 000 voitures, soit près de 2,7 millions de tonnes de CO2.
Une voiture adaptée
Selon la Collective du Bioéthanol, le prix moyen pondéré de l’E85 publié par la DGEC chaque semaine était de 0,75€/l vendredi 27 février 2026 et de 0,78€/l vendredi 20 mars 2026. En 2025 avec un prix à la pompe de 0,73€/l en moyenne soit près d’1€ de moins que le SP95-E10 (1,69€/l), les automobilistes convertis au bioéthanol ont réalisé 705 € d’économies par an pour 13 000 km parcourus par rapport au SP95-E10, et 1085 € pour 20 000 km (en prenant en compte l’hypothèse haute de surconsommation de 25%(1). On comprend pourquoi aujourd’hui de nombreux automobilistes se tournent vers le bioéthanol.
Pour rappel, pour rouler au Superéthanol-E85, il est nécessaire de disposer d’un véhicule flex-E85 d’origine neuf ou d’occasion, ou de faire installer un boîtier de conversion E85 homologué par l’État sur sa voiture essence (la grande majorité des modèles essences mis en circulation depuis 2001 sont compatibles). D’ailleurs, depuis la flambée des cours du pétrole, les garagistes croulent sous les demandes.
Dans le contexte actuel, le biocarburant est une alternative à la dépendance de la France pour le pétrole. Au-delà de la souveraineté énergétique, l’éthanol est favorable pour l’environnement, le pouvoir d’achat et l’utilisation de cultures alimentaires pour la fabrication de biocarburants renforce le secteur agroalimentaire européen. Il génère des coproduits riches en protéines, renforce les filières de l’amidon, du sucre et des huiles et permet de valoriser des déchets et résidus. En période de crise, le biocarburant représente une réserve stratégique précieuse.
En chiffres
Avec 3 kg de céréales, on obtient 1,2 litre de bioéthanol, + 1 kg d’alimentation animale et + 1 kg de CO2 biosourcé.
1 tonne de betteraves fournit 100 litres de bioéthanol, + 80 kg de CO2 biosourcé, + 50 kg de pulpes, et + 790 litres d’eau récupérée pour l’irrigation.
Le bioéthanol roule depuis vingt ans
Le Superéthanol E85 fête ses 20 ans en 2026. Face à l’urgence climatique et aux échéances réglementaires européennes, le Superéthanol-E85 100 % renouvelable sera une alternative crédible à l’essence fossile annonce la Collective du Bioéthanol. Une étude(2) récente réalisée par l’IFP Énergies nouvelles (Ifpen) confirme son fort potentiel de réduction des émissions de gaz à effet de serre, tout en garantissant des performances conformes aux normes de pollution les plus exigeantes.
Les annonces de la Commission européenne de décembre 2025 confirment que le moteur thermique conservera une place après 2035, notamment à travers les motorisations hybrides et hybrides rechargeables compatibles avec les carburants renouvelables. Si le véhicule 100 % électrique progresse, il soulève encore des questions liées aux infrastructures, à la production d’électricité et à son empreinte environnementale globale. Dans ce contexte, les carburants liquides renouvelables s’imposent comme une solution complémentaire, immédiatement mobilisable. Contenant jusqu’à 85 % de bioéthanol permet de réduire significativement les émissions de gaz à effet de serre tout en offrant une solution accessible et économique pour accompagner la transition des mobilités.
Pour les automobilistes et les flottes
La filière française du bioéthanol rappelle l’importance d’intégrer les biocarburants durables dans le panel des solutions de décarbonation. Une étude de l’Ifpen publiée en 2022 montre ainsi que les véhicules hybrides rechargeables fonctionnant au Superéthanol-E85 100 % renouvelable affichent des performances environnementales comparables à celles des véhicules 100 % électriques, notamment pour les berlines. Cette solution permet aux automobilistes et aux entreprises de réduire rapidement leur empreinte carbone, sans changement radical d’usage ni renouvellement complet du parc automobile.
L’E85 100 % renouvelable : pour aujourd’hui et pour demain
Déjà déployé en Californie, sous forme de mélange éthanol / bio-essence où il représente près d’un tiers des volumes d’E85 distribués, le Superéthanol-E85 100 % renouvelable pourrait être introduit en France d’ici 2035 avec la même composition pour commencer. Pour atteindre l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050, la filière du bioéthanol souligne la nécessité d’offrir aux usagers une diversité de solutions technologiques efficaces, complémentaires et accessibles. Le Superéthanol-E85 100 % renouvelable s’inscrit pleinement dans cette trajectoire.
(2) étude Ifpen disponible sur bioéthanolcarburant.com
(1) Avec une consommation de 7l /100km au SP95-E10 – détails sur www.bioethanolcarburant.com