La facture électronique, contrainte ou opportunité ?
À partir du 1er septembre, toutes les entreprises assujetties à la TVA devront être en capacité de recevoir des factures électroniques. Il va falloir maîtriser un nouvel outil dans un contexte où les contraintes ne manquent pas, mais il faut aussi prendre en compte les opportunités en matière de stratégie économique dont il est porteur.
La facturation en France va connaître une véritable révolution à la fin de l'été : à partir du 1er septembre, toutes les entreprises assujetties à la TVA devront être en capacité de recevoir des factures électroniques. Et à partir de septembre 2027, les TPE, PME et microentreprises devront à leur tour émettre leurs factures sous ce format. « Dans l'écosystème agricole, explique Philippe Seguin, directeur général d'Isagri, entreprise spécialisée dans les logiciels à destination de l'agriculture, où la gestion administrative représente déjà un défi quotidien, la facture électronique ouvre autant de questions que d’opportunités, parce que la filière agricole se caractérise par la diversité de ses acteurs, la multiplicité des flux et des spécificités métier fortes. » Il ne s'agit pas simplement de remplacer des factures papier par des formats numériques mais aussi de sécuriser des données, éviter les saisies multiples et automatiser les traitements. La réforme prévoit la dématérialisation des échanges de factures entre entreprises françaises assujetties à la TVA, mais aussi la transmission à l’administration fiscale des données liées aux opérations non couvertes par la facture électronique (BtoC, export, certaines opérations internationales, etc.).
Les missions des plateformes
Les documents devront circuler via des plateformes habilitées et intégrer des données structurées permettant un traitement automatisé. Ces plateformes agréées auront pour mission :
- d’émettre et transmettre les factures ;
- de réceptionner les documents ;
- d’assurer les contrôles ;
- de transmettre les données nécessaires à l’administration fiscale ;
- de garantir la traçabilité des échanges.
À ce jour, 130 plateformes sont immatriculées auprès de la Direction générale des finances publiques (DGFIP). Le secteur agricole français, c'est aujourd'hui, selon l'Insee, plus de 350 000 exploitations qui ont généré en 2024 un volume d'activité de près de 90 millions d'euros. Comme le souligne Cécile Neveux, responsable marketing marché au sein d'Isagri, « la diversité des activités agricoles rend le sujet de la facturation électronique particulièrement stratégique pour les exploitants. Une exploitation peut vendre des céréales à une coopérative, du vin à un professionnel restaurateur, de la viande à des particuliers en circuit court, exporter, utiliser une caisse, recevoir des factures d’aliments, d’énergie, de matériel de fournisseurs français ou internationaux… Sur un marché marqué par la volatilité des prix, des charges, disposer d'une information plus immédiate devient un véritable enjeu pour piloter en temps réel. » Un lien peut aussi être fait avec les usages de l'intelligence artificielle (IA) : « la facture électronique, poursuit Cécile Neveux, va générer des milliards de lignes de données structurées. Demain, l'IA ne répondra plus seulement à la question « Combien ai-je vendu ? » mais à celles-ci : « Quelles charges vont dégrader ma marge dans 4 mois ? », « Quel fournisseur augmente ses prix plus vite que les autres ? », « Quel client devient risqué ? ». La réforme crée l'infrastructure de données qui manquait à l'IA des petites entreprises. »
Enjeu de transformation
Parmi bien d'autres aspects, la facturation électronique va donc aussi être un enjeu de transformation pour le monde agricole, qui n'est pas homogène. Entre une exploitation familiale, une structure d’élevage, une entreprise de travaux agricoles ou une entreprise du paysage, les organisations, les volumes de facturation et les outils utilisés diffèrent fortement. Avoir affaire à un système beaucoup mieux structuré pourra être un atout pour une profession qui s'interroge beaucoup. Comme souvent face à ce type d'évolution, l'important sera de se l'approprier en ayant une vision élargie et en tentant de voir comment son entreprise agricole pourra en tirer le meilleur parti.