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Moisson 2019

Oh les beaux jours !

Pour tout agriculteur le temps des moissons c’est aussi le temps de l’effervescence, où l’espoir se teinte parfois d’inquiétude. Ces moissons 2019 débutent par un fort temps de canicule qui a précipité quelque peu, dans les zones de plaine notamment, la récolte des orges. Cette moisson commence pas mal, mais les effets de la canicule pourraient impacter les rendements à venir. Dans l’expectative, les agriculteurs savent que la récolte s’évalue dans la benne. En attendant les prochaines récoltes, un petit coup de pluie serait tout à fait bienvenu en ces temps de sécheresse persistante, pour booster certaines cultures qui commencent «à tirer la langue»...
Par Aurélien Genest, Théophile Mercier, Christopher Levé
Oh les beaux jours !
Les premiers rendements s’élevaient à 65q/ha.
21 : Une moisson bien lancée
La récolte d’orge d’hiver a débuté il y a une dizaine de jours dans la plaine dijonnaise. Rencontre avec un agriculteur de Rouvres-en-Plaine.

Il a fait partie des tout premiers à moissonner dans son secteur. Exploitant à Rouvres-en-Plaine, Pascal Forey a débuté la fauche de ses 145 ha de grandes cultures le 26 juin.

Quarante-trois hectares d’orges d’hiver dans les variétés Salamandre et Orbit étaient à récolter sur l’exploitation individuelle.

Malgré une qualité «moyenne» pour Salamandre, le producteur de 58 ans voyait d’un bon œil les premières bennes déversées au silo de Dijon Céréales de Bretenière : «Les premiers champs ne sont jamais les meilleurs, je me contente de ce premier tonnage à 65q/ha. Les critères qualitatifs ne semblent pas être très bons pour le moment. Un autre problème vient de grains indésirables de blé. La sécheresse à l’automne avait empêché la germination de ces grains, qui se retrouvent aujourd’hui dans la benne. Les brasseurs n’en veulent pas plus de 2%, je serai certainement très limite sur ce critère».

Inquiétudes pour la suite
Le mercure affichait 39°C au milieu du champ de Pascal Forey, à l’entrée de Rouvres. Cette température inquiétait l’agriculteur, guettant à l’horizon une partie de ces 50 ha de blé en variété Absalon : «des quintaux sont en train de partir, c’est certain, d’autant que ce temps est annoncé durant plusieurs jours. Dans certains endroits, le blé commence déjà à blanchir, les cultures présentaient pourtant assez bien jusqu’à aujourd’hui».

Le blé sera la deuxième culture récoltée par le Côte-d’orien cette année, qui n’a exceptionnellement pas cultivé de colza, faute à la sécheresse de 2018 : «j’en avais semé sur 52 ha mais rien n’a malheuresuement levé. J’ai remplacé cette même surface par trois autres cultures : des moutardes de printemps sur 18 hectares qui ne donneront certainement pas grand chose. Il a fait très chaud d’un coup, la floraison n’a pas duré. Je ne pense même pas atteindre les 10q/ha, c’est dire. J’ai également opté pour du tournesol oléique sur 14 ha. Malgré le chaud, il tient plutôt bien pour le moment. La troisième et dernière culture est du soja, cela faisait très longtemps que je n’en avais pas fait. En ce moment, il a vraiment besoin d’eau».

58 : Silo d’Arzembouy : le calme avant la tempête
Les moissons sont sur le point de débuter dans la Nièvre. L’occasion de s’intéresser au travail des organismes stockeurs. Exemple au silo d’Arzembouy exploité par le groupe Soufflet.

On a peine à le croire en arrivant sur le site, mais les moissons sont sur le point de démarrer. Mais il ne faut pas se fier à cette trompeuse tranquillité car les équipes du silo d’Arzembouy sont d’ores et déjà passée en «dispositif moisson» depuis le 15 juin et vont le rester jusqu’au 31 juillet. Ce site comprend quatre salariés permanents pour la branche Soufflet Agriculture et 6 chauffeurs pour la partie transport. A ce décompte, s’ajoutent quatre magasiniers. En période de moisson, le site fait appel à 60 saisonniers qui sont recrutés dès le mois de février. «Que ce soit pour des saisonniers ou de manière pérenne, nous avons toutes les peines du monde à attirer de nouvelles personnes. Pourtant les salariés ont de bonnes conditions, ils sont payés en 13 mois et bénéficient de primes d’intéressement et d’heures supplémentaires. Simplement, il faut accepter d’être flexible» nous dit Jacky Mirat, le responsable exploitation zone sud pour le groupe Soufflet.
En 2018, la récolte des moissons a été qualifié de «classique» sur le site d’Arzembouy. «Le fait nouveau c’est l’apparition de manière significative du sorgho dans la rotation des cultures. Sur trois ans, nous avons doublé les surfaces» précise à son tour Frédéric Meunier, l’adjoint au chef du site. «Le maïs a été également impacté par la sécheresse. Il est arrivé à 17 % d’humidité ce qui ne s’est jamais vu une moyenne sur la campagne 2018 autour de 20,11% d’humidité. D’habitude, nous avons un maïs autour des 25 à 26 % d’humidité. Il a fallu le passer au séchoir pour le conserver» indique Jacky Mirat. Au final, la campagne 2018 s’est clôturée avec un volume variant entre 80 à 110 000 tonnes pour une capacité totale sur le site de 29 000 tonnes.

Une campagne 2019 qui s’annonce très courte
Sur la zone de chalandise du secteur qui va de Arzembouy jusqu’à Cercy-la-Tour la prévision pour la récolte de Colza n’est pas bonne. «Nous prévoyons environ 15% de moins. 45% du prévisionnel de nos clients qui a été emblavé à soit été détruit ou n’a tout simplement pas levé» estime Jacky Mirat. Pour lui, l’épisode de canicule que nous venons de connaître la semaine dernière va également impacter les redemandants notamment sur les semis de printemps due à la haute température. «Je m’attends à une moisson en trois semaines toutes cultures confondus. Les poids de printemps rattrape les poids d’hiver» précise à son tour Frédéric Meunier, l’adjoint du site. «Heureusement que nous avons obtenu encore cette année la dérogation du temps de travail. Sans cette autorisation, la collecte  serait compliquée en période de moisson» estime Jacky Mirat. La moisson une fois terminée sera expédiée dans les malteries du groupe, chez des clients pour l’alimentation animale et pour les brasseries à Nogent-sur-Seine.

89 : Après la canicule, quel impact sur les récoltes ?
Dans l’Yonne, les moissons ont commencé fin de semaine dernière, dans certaines zones du département. Et avec les fortes chaleurs de ces dernières semaines, Loic Guyard, élu à la Chambre d’agriculture, craint un impact négatif sur la récolte.

«Les moissons ont commencé vendredi dernier dans le centre du département, dans la vallée de l’Yonne, ainsi que sur les plateaux du Tonnerrois, sur les orges de brasserie. Et elles se sont intensifiées cette semaine», indique Loic Guyard, élu à la Chambre d’agriculture en charge des grandes cultures.
Chaque année, la période des moissons est très attendue par les agriculteurs. Et une question se pose toujours : est-ce que la récolte sera bonne ? La réponse est toujours liée au même facteur : la météo. «Les semaines de fortes chaleurs que l’on vient de passer vont avoir un impact sur les grandes cultures. Pour les orges, les conséquences devraient être minimes car elles étaient arrivées en fin de cycle», confie Loic Guyard. «En revanche, sur d’autres cultures comme le blé qui n’était pas arrivé à sa fin de cycle, ça sera plus compliqué».
Un fait que confirme également Fabrice Polette, agriculteur à Arces. «Les fortes chaleurs sont mauvaises pour les cultures, même si les récoltes d’orge devraient être bonne. Après, pour le blé, on verra». Car, «sur certaines zones, on a déjà vu des ronces se dessiner il y a une quinzaine de jours dans les champs. Il y a aussi une problématique de désherbage avec la présence d’adventices de façon irrégulière mais parfois conséquente qui pénalise le rendement», poursuit Loic Guyard.

L’impératif de voir la pluie arriver
Quant aux autres cultures ? «Pour les orges de printemps ou les pois de printemps, qui ont été semé en février, on aura des rendements moyens voire médiocres dans certaines parcelles. Et pour les cultures de printemps, comme les tournesols, l’impact sera mesuré plutôt en septembre, comme les maïs. Mais là, on voit qu’ils souffrent, les maïs tirent la langue». Il continue. «Les tournesols, qui arrivent à des stades critiques comme le bourgeonnement voire la floraison dans certains endroits, ont vraiment besoin d’un peu de fraîcheur et d’humidité», assure l’élu à la Chambre d’agriculture.
Alors, quelles seraient ces conséquences si la pluie ne venait pas ? «Il y aurait une perte en quantité de culture. La plante va s’arrêter de pousser, les tournesols auront des petites têtes et ça ne va pas forcément féconder les grains. Et sur les maïs, on perd vraiment en développement. On n’en est pas encore à la fleur mais on sait qu’une plante, lorsqu’elle a un stresse important comme ça, va peiner à se développer comme il faut et à être en capacité de bien fleurir», répond Loic Guyard. «Mais rien n’est joué. S’il y a de la pluie régulièrement ou de façon conséquente dans deux semaines qui arrivent, ça peut sauver les plantes».
Loic Guyard pense que la qualité et la quantité des récoltes va beaucoup varier suivant les secteurs, dans le département. «Il y a eu une pluviométrie saccadée. Dans certaines zones voire des micro-zones, il y a eu de l’eau de façon correcte à travers des orages, mais dans d’autres zones, il n’y a rien eu. Je pense qu’il y aura de grosses différences entre les parcelles», conclut-il.