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Conférence régionale agricole

Mobilisation générale face au changement climatique

Sécheresses, canicules et autres aléas climatiques se multiplient, laissant peu de répit aux exploitants agricoles. La conférence agricole régionale BFC qui s’est tenue le 13 juin dernier à Dijon a fait de l’évolution climatique son thème central. Il devient de plus en plus évident que pour répondre à la brutalité des changements actuels et à venir, il ne suffit pas de s’adapter à la marge, mais il faut bel et bien opérer les remises à plat qui s’imposent. L’ampleur du défi est telle que la réflexion sur les stratégies et les moyens doit concerner tous les acteurs des filières, tous les décideurs, les consommateurs et chaque citoyen.
Par Anne-Marie Klein
Mobilisation générale face au changement climatique
( Crédit photo : Région/V. Arbelet ) Plus de 200 personnes ont assisté à cette conférence régionale dont le thème et les présentations ont suscité de nombreuses réactions. L’observatoire prospectif de l’agriculture de Bourgogne Franche-Comté a été présent
La bonne nouvelle, c’est que des actions concrètes d’adaptation des exploitations au changement climatique et d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre, existent déjà dans le domaine agricole. Nouveaux itinéraires techniques, écoconception des bâtiments, sélection variétale, évolution des pratiques, etc. sont au centre des travaux de nombre de GIEE qui témoignent que l’on peut allier performance économique, nouvelles contraintes de production et résultat économique. « On peut faire différemment et mieux, en gagnant sa vie ». Mais encore faut-il que tout le monde soit convaincu de la nécessité de s’armer solidement pour mener à bien cette adaptation, alors que le changement climatique et ses effets sont générateurs d’angoisse. Le changement climatique devient une réalité pour une majorité de citoyens et d’agriculteurs qui sont aux premières loges pour en constater les effets. Tout le monde cependant n’est pas encore tout à fait convaincu de la gravité de la situation alors qu’il y a urgence à réagir et à agir.
Le bilan 2018, au travers de la présentation de l’Opab Bourgogne Franche-Comté, d’une année agricole perturbée était justement là pour le rappeler et enfoncer le clou dans l’esprit des plus sceptiques. « Il faut que nous communiquions à plusieurs voix pour emmener collectivement et mobiliser les agriculteurs sur cette nécessité de s’adapter au changement climatique. Les bilans des années parlent d’eux-mêmes, mais quels que soient les traumatismes d’aujourd’hui, il faut les dépasser pour s’attaquer à un tel chantier. Un chantier d’une grande complexité qui dépasse la seule sphère agricole » insiste, dans ses réflexions, le président de la Chambre régionale d’agriculture Christian Decerle. Il est évident pour lui « que l’agriculteur seul sur sa ferme ne peut pas y répondre, mais qu’il faut une organisation plus collégiale et plus transversale pour débroussailler ce chemin complexe » de l’adaptation.

Une approche multidisciplinaire et multi-communautés
Bien sûr, aucun agriculteur ne reste les bras ballants à contempler les effets parfois dévastateurs de l’évolution climatique. Mais les efforts portent le plus souvent sur des adaptations « réactives », à la marge, explique Nathalie Breda, codirectrice à l’Inra du programme « Adaptation de l’agriculture et de la forêt au changement climatique ». Pour la chercheuse, « la thématique doit s’envisager dans une perspective de moyen et long terme » tout comme « l’approche doit être multidisciplinaire et multi-communautés, en associant les compétences pour élargir la réflexion ».

Anticiper un futur que l’on ne connaît pas
Comment peut-on identifier les effets avérés du changement climatique dans le domaine agricole ? Le réchauffement s’exprime depuis plusieurs années par l’augmentation des événements extrêmes (chauds et froids), une plus grande variabilité saisonnière et intra-annuelle. Les événements extrêmes ont toujours existé, mais leur répétition pose question. Depuis dix ans, on constate une stagnation, voire une diminution, des rendements sur certaines cultures. Si les maladies fongiques sont en recul lors des épisodes caniculaires, les effets du changement climatique sont plutôt perturbants pour l’ensemble des productions, élevage y compris et de nouveaux ravageurs ou maladies font leur apparition. La question de l’eau va aussi se poser avec de plus en plus d’acuité avec l’augmentation des températures et l’accélération de l’évaporation. La question de la préservation des sols et du maintien de leur fertilité se pose déjà.
Nathalie Breda pense donc qu’il faut, sans attendre, « anticiper les chemins d’adaptation de la ferme au territoire et au-delà, en considérant les scénarios climat existants ». Tous les acteurs économiques et politiques sont concernés, de la ferme à l’assiette. Un exemple : les cahiers des charges de certaines AOP seront certainement appelés à évoluer en fonction des évolutions du contexte de production et des nouvelles contraintes climatiques. Il n’est pas facile « de se mettre en situation de réflexion prospective pour imaginer un futur que l’on ne connaît pas » ni de « construire un chemin et des trajectoires d’adaptation dans l’incertitude » Il va pourtant falloir s’y atteler sans attendre. Raison de plus pour que la charge n’en incombe pas au seul agriculteur et qu’on l’accompagne dans l’élaboration de stratégies d’adaptation en lui offrant des pistes. Les communautés scientifiques ont pris la mesure du problème climatique et du défi, les forestiers sont en pleine réflexion prospective sur l’adaptation, mais les communautés agricoles n’ont pas toutes encore pris la pleine mesure de l’urgence, constate Nathalie Breda. Il est temps maintenant de favoriser les expérimentations participatives, développer les expérimentations virtuelles afin de limiter les risques, mobiliser largement autour de ces thématiques tous les acteurs publics et privés en fonction des leviers d’adaptation identifiés… Tout cela fait partie d’un accompagnement éclairé qui confirme la nécessité exprimée par Christian Decerle de « parler et de réfléchir à plusieurs voix pour faire adhérer et finalement enthousiasmer » et « mieux rebondir » face à un défi planétaire jamais égalé.

Atténuation, adaptation… Même combat

Techniciens et scientifiques se rejoignent pour affirmer que l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre et l’adaptation au changement climatique doivent s’effectuer dans le même pas de temps. L’agriculture étant à la fois la solution et le problème. L’avenir climatique post 2050 dépend des quantités de CO2 émises aujourd’hui, c’est ce que sous-tend la notion d’urgence climatique. L’absolue nécessité c’est aussi de concilier le court terme (adaptation réactive, nécessaire mais pas suffisante) et le moyen et long terme. Il faut se préparer à ce que les différentes stratégies d’adaptation obligent à revoir l’ensemble de l’organisation des systèmes : itinéraires techniques et pratiques culturales, organisation du travail et des chantiers, matériels, diversification des assolements, abandon de certaines cultures, introduction de nouvelles espèces, meilleure gestion des fourrages… « Gérer c’est prévoir », mais entre le dire et le faire, beaucoup de chemin reste à parcourir et le temps presse. Céline Bûche, chargée de mission Changement climatique à la Chambre régionale d’agriculture, identifie d’ores et déjà quelques orientations simples qui peuvent préparer le terrain à l’adaptation : faire un bilan fourrager, privilégier l’approvisionnement local (coproduits, alternative paille, complémentarité entre les filières animales et végétales), dans les bâtiments faire la chasse au gaspillage (lisser les consommations, récupérer, recycler l’eau, privilégier les équipements économes en énergie, végétaliser…). S’adapter au changement climatique, se projeter dans l’avenir, c’est bien l’affaire de tous et cela nécessite aussi de prendre en compte dans son bilan carbone la part du transport, des pratiques et du type de commercialisation.