Méthanisation et alimentation animale : pas de concurrence
Dans un contexte de sécheresse et de craintes sur les disponibilités fourragères pour l’hiver prochain, la question revient dans les discussions agricoles et sur les réseaux sociaux : les méthaniseurs vont-ils « capter » du maïs qui pourrait nourrir les troupeaux ? En BFC, où plusieurs unités de méthanisation sont adossées à des exploitations d’élevage, la réalité apparaît plus nuancée.
« Les méthaniseurs implantés dans le département fonctionnent à 70 à 80 % avec des effluents d’élevage », rappelle Julien Party, conseiller énergie à la Chambre d’agriculture de Haute-Saône. Fumiers, lisiers et autres sous-produits agricoles constituent ainsi la base de l’alimentation des digesteurs. La part des matières végétales représente généralement les 20 à 30 % restants. Contrairement à une idée parfois répandue, ces apports ne sont pas constitués principalement de maïs ensilage. Ils incluent surtout des Cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive), ainsi que des résidus de cultures ou encore certains coproduits agroalimentaires. Cette réalité s’explique aussi par l’histoire du développement de la méthanisation. La plupart des unités ont été créées par des exploitations laitières déjà fortement utilisatrices de maïs ensilage dans l’alimentation de leurs troupeaux. Politiquement, la France a fait le choix de prioriser la méthanisation de matières qui sont des déchets. En Bourgogne-Franche-Comté (BFC), la quantité de Cive est limitée à 30 % pour que le projet soit soutenu par l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) et la Région.
Une réglementation très encadrée
La France dispose ainsi d’un cadre réglementaire particulièrement strict. Les cultures principales destinées à l’alimentation humaine ou animale, dont le maïs fait partie, ne peuvent représenter plus de 15 % du tonnage brut total entrant dans un méthaniseur. Cette limite est inscrite dans le Code de l’environnement. Les exploitants doivent justifier précisément l’origine et les volumes de tous les intrants utilisés, via la plate-forme numérique CarbuRe, où sont déclarées toutes les données de fonctionnement des installations. Les tonnages sont suivis à travers des dispositifs de traçabilité et des contrôles administratifs réguliers. En cas de dépassement des seuils autorisés, les conséquences économiques peuvent être lourdes. « Le risque est de perdre les conditions avantageuses de valorisation de l’énergie produite et de basculer vers des mécanismes de rémunération beaucoup moins favorables », résume Julien Party. Une perspective suffisamment dissuasive pour limiter les dérives.
Les Cive, complément plutôt que concurrence
Pour sécuriser l’approvisionnement de leurs installations, les méthaniseurs privilégient les Cive. Implantées entre deux cultures principales, ces productions valorisent des périodes où les sols resteraient autrement peu productifs. Elles ne sont pas comptabilisées dans le plafond de 15 % applicable aux cultures principales. Dans le contexte actuel de déficit fourrager, les exploitants de méthaniseurs n’ont d’ailleurs aucun intérêt à détourner massivement du maïs ensilage vers leurs digesteurs. « Un maïs ensilé précocement en situation de stress hydrique, avec des épis non fécondés et pas d’amidon n’est pas plus intéressant pour nourrir un méthaniseur que le troupeau ! » rappelle Julien Party. L’activité des méthaniseurs repose sur un fonctionnement continu et sur une sécurisation de long terme des approvisionnements. Or produire du maïs destiné à la méthanisation implique les mêmes charges de semences, de fertilisation et de mécanisation qu’un maïs fourrage. Au final, les tensions actuelles sur les stocks fourragers résultent avant tout des conséquences des sécheresses répétées sur les rendements. Si la méthanisation mobilise effectivement une part de biomasse végétale, les chiffres montrent qu’elle reste largement fondée sur la valorisation des effluents d’élevage et des cultures intermédiaires. Le débat mérite donc d’être posé sur des données objectives plutôt que sur l’idée d’une concurrence directe et généralisée entre méthaniseurs et élevages.