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Interbev Bourgogne-Franche-Comté

Les réponses seront «filière» ou ne seront pas

Jean-Pierre Fleury, ancien président d’Interbev Bourgogne, est le nouveau président d’Interbev
Bourgogne Franche-Comté. Il revient pour nous sur cette élection, l’actualité et les dossiers dont Interbev BFC va devoir se saisir dans les mois à venir.
Par Propos recueillis par Morgane Branger, Fdsea 25
Les réponses seront «filière» ou ne seront pas
Un bureau, représentant l’ensemble de la filière, réuni autour de son président, Jean-Pierre Fleury (3e à droite).
- Que pouvez-vous nous dire après cette session extraordinaire qui a vu votre élection à la tête d’Interbev Bourgogne Franche-Comté ?
Jean-Pierre Fleury (J-P. F.) :
«Après cette élection du conseil d’administration et du bureau d’Interbev, ma première pensée va vers les éleveurs, de Bourgogne Franche-Comté. Face aux difficultés que traversent de nombreux éleveurs on se doit, nous élus, de travailler au quotidien pour redresser leurs revenus. Je m’emploierai donc à rassembler le plus possible dans l’intérêt des
producteurs.
Je tiens également à remercier chaleureusement Michel Renevier qui a beaucoup aidé à cette fusion, le remercier pour tout le travail qu’il a effectué pour la filière et lui rappeler que nous aurons encore besoin de lui. Je souhaite aussi mettre en lumière le travail de nos deux collaborateurs, Claude Cornu et Isabelle Tisserand, qui ont tant travaillé pour organiser cette fusion».

- Vous avez réuni lors de votre AG les trente-deux nouveaux administrateurs de l’interprofessions. Que ressort-il de vos discussions ?
«Lors de notre assemblée générale extraordinaire, nous avons entendu énumérer les normes, les coûts exponentiels, la perte de compétitivité, qui sont des problèmes nationaux. Il faudra que ces problèmes soient pris à bras le corps. J’ai entendu le ministre qui veut que l’on verse les aides en temps et en heure.
Mais ça, cela relève de l’opérationnel ! Le rôle du ministère, c’est de mettre en place un plan d’avenir pour l’élevage en France. Ainsi, ce nouveau gouvernement ne pourra pas laisser de côté cette détresse que le ministre précèdent n’a pas pu régler. Il faudra prendre les choses en main, trouver des solutions percutantes et innovantes».

- Quelles solutions faut-il chercher pour y remédier ?
«Au niveau européen, il y a un chantier immense par rapport au droit à la concurrence. On ne peut pas continuer sur ce modèle construit en même temps que l’Europe, un modèle avec une alimentation peu chère uniquement orienté vers le consommateur. Ce modèle a largement été atteint, mais il va falloir se donner de nouveaux horizons. Il va falloir lever le pied sur les accords internationaux et aussi travailler sur de nouvelles relations commerciales, plus apaisées, pour mieux répartir la valeur ajoutée».

- Et au niveau régional, quels sont les leviers d’action ?
«Il faut travailler sur un projet beaucoup plus ambitieux au niveau de la filière. Comme avec le travail prospectif lancé à travers les audits viande bovine, porc, lait et végétal menés par la région Bourgogne Franche-Comté auxquels sont étroitement associés la FRSEA et l’interprofession. J’adresse un message fort à la présidente de Région : il va falloir se retrousser les manches et trouver un projet commun qui va permettre de projeter les producteurs de viande dans l’avenir à travers un certain nombre de valeurs à mettre en avant. Déjà de grands axes se dessinent».

- Quels chantiers ont été mis en avant ?
«On a identifié un premier chantier : il existe une vraie valeur commune entre éleveurs bourguignons et francs-comtois quant à leur modèle de production. Il y a une vraie image commune à défendre, celle d’une production sur de grandes surfaces herbagères et d’une orientation vers la polyculture- élevage. Il faut s’appuyer sur cette image et la porter vers les consommateurs et l’international tout comme la viticulture a su le faire.
En parallèle un autre volet important est celui de l’exportation. Tous les acteurs de la filière disent «banco : il faut y aller». Nous avons en Bourgogne Franche- Comté des acteurs qui peuvent aller chercher les marchés extérieurs. Mais pour reprendre le parallèle avec la viticulture, il nous manque les relations, la taskforce, sur laquelle les acteurs économiques pourraient s’appuyer pour pouvoir accueillir des délégations étrangères, pour leur montrer notre savoir-faire».

- Valoriser l’image de nos productions, y compris à l’international donc, mais qu’en est-il des actions à destination des exploitations même ?
«C’est le troisième point, il est plus complexe. Il va falloir repenser les modèles d’exploitation, et je dis bien les modèles car les producteurs doivent produire pour des marchés et pas pour un unique marché. Tout notre problème est maintenant de savoir comment on oriente les modèles d’exploitation de demain ? Derrière se trouve le sujet très complexe du financement de ces exploitations. On fait face dans notre région à de grandes exploitations dont les exploitants vieillissent. Il faut donc repenser avec les acteurs économiques, le Conseil Régional, les banques, l’état, le modèle de financement, et de transmission des exploitations. Ces nouveaux modèles devront également s’adapter aux territoires locaux. Il faudra développer de plus en plus l’autonomie de nos exploitations, produire plus en phase avec le consommateur et être moins dépendant des achats sur l’exploitation. De même, un autre point est qu’il y a un vrai travail à faire sur les énergies renouvelables et ce sujet est bien un sujet filière, pas uniquement producteur. Demain, un produit viande économe en énergie sera une entrée «marchés» mais aussi «compétitivité des exploitations» en permettant par exemple la réduction des coûts de bâtiment».

- Nous avons donc parlé production, aval et commercialisation, mais du côté de l’amont ?
«Un autre dossier important quant à la filière, dans la relation du producteur au consommateur, c’est l’orientation du profil génétique et de la race charolaise. Jusqu’à présent l’orientation génétique était faite pour faciliter le travail des éleveurs. Avec 80 % des taureaux de monte naturelle utilisés en France venant de l’ancienne Bourgogne et avec une montbéliarde plus grande pourvoyeuse de race à l’échelle nationale, beaucoup de marchés nous font face. Il faut échanger avec l’aval et sa demande face à la nécessité de produire un produit de qualité répondant aux demandes du consommateur d’aujourd’hui et demain».

- Lors de cette assemblée extraordinaire, il a aussi été question de formations que proposera Interbev sur la communication, face à des journalistes, mais aussi face aux réseaux sociaux.
«C’est le dernier sujet d’importance sur lequel nous nous penchons, celui de la communication face aux attaques par rapport aux enjeux du bien-être. Il s’agit d’enjeux sociétaux où il faut absolument pour la filière continuer à communiquer dans une même direction. Ainsi les journées Made In Viande sont un immense succès à travers la France en permettant de relier directement le consommateur et toute la filière. L’élevage est avant tout un métier de passion. Cette passion est en train de s’user, beaucoup d’éleveurs décrochent de ce lien social, se sentent mal-aimés. Il est donc nécessaire pour la filière de retisser ce lien, en travaillant à montrer la qualité de notre produit, la sécurité sanitaire que nous leurs apportons. Il nous faut redonner la fierté aux éleveurs et à tous les acteurs de cette filière. Il y a tout un ensemble de sujets où les réponses seront filière où ne seront pas».

note : Lire également article suivant

Un nouveau bureau pour une nouvelle interprofession

Collège production :
• Jean-Pierre Fleury (FNB - 21) - Président
• Emmanuel Bernard (FNB - 58)
Collège mise en marché :
• Yves Largy (Coop de France - 71)
• Guy Fonteniaud (Coop de France - 71) - Vice-président
Invité : Philippe Auger (ELVEA- 70)
Collège abattage - Commerce de gros :
• Emmanuel Meunier (Culture viande -71)
• Julien Bigand (Coop de France - 70) - Secrétaire
Collège distribution :
• Pascal Moine (CFBCT - 71) - Trésorier
• Rémi Collado (FCD - 89)