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Colza

Les raisons de la baisse de production dans l’Yonne

Alors que le colza est l’une des plus grosses productions au sol dans l’Yonne depuis de nombreuses années, avec 66 000 hectares cultivés, la production cette année est bien en dessous des données habituelles avec près de 60 % de surface cultivée en moins par rapport à l’année dernière.
Par Christopher Levé
Les raisons de la baisse  de production dans l’Yonne
Selon Gilles Robillard, les mauvaises conditions climatiques liées à la présence d’insectes sont responsables de la baisse de la production de colza dans l’Yonne.
« Dans l’Yonne, on approche les 60 % de surface cultivée en moins par rapport à l’année dernière », assure Michaël Geloen, ingénieur développement Bourgogne Franche-Comté à Terres Inovia.
Depuis plusieurs dizaines d’années, le colza représente l’une des plus grosses productions de culture au sol, avec 66 000 hectares cultivés, soit près de 25 % de la production totale dans le département. Mais cette année, le colza est loin d’être au beau fixe avec une production en forte baisse.
Alors, comment expliquer cela ? « Le premier élément déclencheur a été l’été 2018 qui a été chaud et sec », répond Gilles Robillard, agriculteur à Méré et secrétaire général de la FDSEA de l’Yonne. « Il y a eu une réticence dans les semis où les agriculteurs attendaient la pluie qui n’est pas ou très peu venue. Il y a eu des parcelles qui n’ont pas levé, d’autres qui ont germé mais où le germe s’est retrouvé sans eau, donc les parcelles ont été détruites. Tout cela explique pourquoi il y a eu moins d’emblavements au départ ».

Des dégâts liés aux grosses altises
Autre fléau et pas des moindres : la présence de grosses altises, extrêmement néfastes pour le colza. « C’est un insecte qui vient piquer et pondre dans les tiges de colzas. Les colzas qui ont réussi à lever n’étaient pas assez développés en automne. Et comme derrière on a eu un hiver assez doux, cela a permis aux larves de se développer », explique Gilles Robillard.
« Puis, le mois de février a été plutôt chaud, ce qui a mis les autres insectes en ordre de bataille. Et au printemps, qui était plutôt froid, il y a eu de grosses attaques de méligèthes, un insecte qui vient théoriquement au début de la floraison et qui n’est pas souvent préjudiciable pour le colza », continue Gilles Robillard. « Mais avec le printemps froid qu’il y a eu, la floraison a traîné ce qui fait que les méligèthes se sont retrouvés à aller sur les boutons floraux qui commençaient à vouloir percer, alors il y a eu des dégâts. Certaines parcelles n’ont pas eu du tout de floraison et donc pas de graines ».
Si les parcelles sont traitées contre les grosses altises, la répétition d’insecticides a entraîné des résistances de la part de ces derniers. « En parallèle, on a eu des produits de traitement qui ont été arrêtés, que l’on n’a plus le droit d’utiliser. Ce qui fait que l’on n’arrive plus à détruire ces insectes. Et c’est notre plus gros problème », affirme Gilles Robillard.
En résumé, la baisse de la production de colza dans l’Yonne est due à une accumulation de facteurs, essentiellement liés aux conditions climatiques. Mais une mauvaise année n’en fait pas forcément une autre et la production de colza pourrait se relancer si la météo décidait de se montrer un peu plus clémente.

Des préconisations pour relancer la production

Pour tenter de relancer la production de colza dans l’Yonne, Terres Inovia fait des préconisations aux agriculteurs. « La clé, dans un contexte d’insectes, c’est d’avoir des colzas qui puissent avoir une croissance continue sur l’automne », confie Michaël Geloen. « Pour arriver à ça, il faut plusieurs leviers : le premier, c’est de bien soigner l’implantation du colza, notamment son enracinement en permettant d’avoir un colza qui puisse s’enraciner profondément dans le sol et valoriser les ressources en eau et en éléments minéraux. Le deuxième, c’est de pouvoir avoir des variétés qui pousser très vite à l’automne. Le troisième, c’est d’associer le colza avec des plantes compagnes, notamment des légumineuses, qui auront pour effets d’améliorer l’enracinement du colza, de jouer le rôle de leurre sur les insectes et d’avoir une amélioration sur la nutrition des plantes », détaille-t-il. « On se rend compte que les colzas, avec des plantes compagnes, ont des teneurs en azote plus importantes que les colzas seuls ». Quant à l’effet leurre ? Soit les plantes compagnes attirent les insectes sur elles et laissent les colzas tranquilles, soit elles ont un effet répulsif. De quoi permettre au colza de retrouver de sa superbe dans l’Yonne ?