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Lait

Les producteurs en appellent à la médiation de l'€™à‰tat

Lait En préambule à la journée de mobilisation nationale engagée par la Fédération nationale des producteurs de lait et la FNSEA, une délégation régionale de producteurs laitiers des quatre départements de Bourgogne, a été à la rencontre du préfet de Bourgogne et du DRAAF le 18 mai à Dijon. Les éleveurs ont exprimé leur désespérance et transmis leurs revendications, face à une baisse du prix du lait orchestrée de façon unilatérale par l'€™industrie laitière.

Par AMK
Le dernière «provocation» des entreprises laitières de transformation a mis la FNSEA et la FNPL en ordre de marche. Pour les exploitants laitiers, la paie d'€™avril entérine LA baisse de trop. Il faut remonter à 1997 pour connaître un prix aussi bas au plan national. Dans l'€™Ouest, comme dans l'€™Est, les producteurs se sont mobilisés pour interpeller, une fois de plus, les services de l'€™à‰tat et les représentants politiques sur la situation de désespérance de toute une profession face au «mur du silence» que leur imposent les industriels, au diktat d'€™un prix du lait toujours plus bas et au risque aggravé de déprise laitière dans des régions déjà fragilisées.
Les négociations régionales se sont heurtées à ce mur du silence, les exploitants en panne, dans une interprofession condamnée à jouer les utilités, se retrouvent seuls face à des entreprises qui font et défont les prix au jour le jour. Cette réalité là, les représentants des éleveurs laitiers sont venus des quatre départements de Bourgogne la faire partager au préfet de la Région et au DRAAF, qui assistaient à l'€™assemblée générale de la FDSEA de Côte d'€™Or.
Nadine Darlot (89), présidente de la section lait régionale, Nathalie Mairet (21) administratrice FNPL, André Bordet, président de la section lait Nièvre, Régis Durey, président de la section lait Saône-et-Loire, Jean-Bertrand éleveur laitier, vice-président de la FDSEA 21 et Christophe Bredelet, président de la section lait de Côte-d'€™Or, ont symboliquement remis au préfet de région les clés de leur exploitation et leurs outils de travail. Non sans accompagner l'€™ensemble d'€™un «panier» contenant quatre produits laitiers de consommation courante, achetés dans une grande surface. Un panier facturé 10,27€, mais pour lequel la «paie» du producteur n'€™aura pas dépassé 1,68€.

[INTER]Le point de non-retour bientôt atteint[inter]
Dans la réunion qui a suivi, la répartition de la marge et le mauvais sort fait aux deux bouts de la chaîne (producteur et consommateur) a fait l'€™objet de tous les débats.
Une fois de plus, il a fallu expliquer un système qualifié «d'€™aberrant» où les producteurs livrent leur lait sans savoir à quel prix leur travail sera rémunéré. Une fois encore, les producteurs ont tiré la sonnette d'€™alarme face à une déprise laitière que la baisse des prix et des rémunérations ne peut qu'€™accélérer jusqu'€™au point de non retour. Force a été de constater l'€™inefficacité du fameux «observatoire des prix et des marges» porteur de tant d'€™espoirs, qui se sont brisés sur la logique économique et financière des entreprises et l'€™opacité entretenue d'€™un système plus soucieux de préserver les «marges» des actionnaires, que d'€™assurer une rémunération décente aux producteurs. C'€™est tout cela et chiffres à l'€™appui, que les responsables professionnels et les producteurs sont venus expliquer aux représentants de l'€™à‰tat. Un à‰tat auquel ils demandent de prendre ses responsabilités, de tenir les engagements du président de la République (qui avait promis l'€™intervention de l'€™à‰tat) et d'€™arrêter de tenir un double langage, alors même que la DGCCRF décourage toute tentative de construction équitable du prix du lait.

[INTER]Où va l'€™argent ?[inter]
Au terme des discussions, la conclusion s'€™est imposée : tout reste à construire et cela ne se fera pas en un jour. Mais la situation actuelle se dégrade rapidement et des solutions transitoires vont devoir être mises en place. Avec en premier lieu, le déblocage de la situation entre transformateurs et producteurs. Les producteurs en ont appelé à la médiation de l'€™à‰tat et ses représentants semblent en avoir compris l'€™urgence. La déprise laitière s'€™accélère et décourage toute tentative d'€™installation dans un contexte de prix volatiles et baissiers. François Sauvadet, député de Côte d'€™Or, a posé la question qui était sur toutes les lèvres «Où va l'€™argent?», les producteurs aimeraient bien le savoir puisque leurs poches sont vides, mais il n'€™est pas sûr que le pouvoir politique ait vraiment les moyens -ou la volonté- de pousser l'€™enquête...


[G][INTER]Des points de vue difficiles à concilier[inter][g]
Le dialogue s'€™annonce difficile à renouer entre producteurs et transformateurs.
Les producteurs revendiquent un prix moyen français annuel, assurant une meilleure visibilité et plus de stabilité aux structures laitières, tandis que la Fédération nationale des industriels laitiers revendique un retour au prix payé en 2006, soit 270€/1 000 litres en moyenne. Ce qui entérine une baisse moyenne de 70€/1 000 litres par mois.
Les producteurs jugent cette proposition inacceptable car ils sont soumis à des charges autrement plus importantes qu'€™en 2006. Autre point discuté : la baisse relative des cours de la poudre (20%) et du beurre (6%) concerne à peine 30% des débouchés du lait français, tandis que les produits de grande consommation écoulés en France, représentent 50% du marché et accusent une hausse des prix de 6 à 10% selon les marques.
A partir de la paie d'€™avril, les producteurs évaluent l'€™impact de la baisse pour une ferme moyenne en Bourgogne entre 2 520€ et 3 135€. Baisse qui s'€™ajoute à la baisse estimée à 4 500€, sur le premier trimestre 2009 par rapport à 2008.