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Productions animales

Les éleveurs, seuls, face aux marchés

Tensions géopolitiques et relations commerciales tendues entre les différents maillons des filières animales, assombrissent des marchés qui devraient être porteurs pour les éleveurs laitiers et stables pour les producteurs de viande bovine. Rien ne va plus dans un jeu où les éleveurs sont loin d'avoir toutes les cartes en main.

Par D'après Agra

En 2013 les filières animales ont bénéficié d'une certaine embellie sur les cours et les prix, en viande bovine, comme en lait. Mais en 2014, entre une conjoncture géopolitique internationale compliquée et des relations commerciales tendues en France, le ciel se charge au-dessus de la tête des éleveurs et les marchés prennent du plomb dans l'aile. Les cours sont en baisse en lait et en viande bovine. Et les transformateurs semblent vouloir profiter de l'aubaine pour se refaire une santé au détriment des producteurs, sous le regard de la grande distribution, face à laquelle les éleveurs ne pèsent guère. Quant au consommateur, il paie aussi la facture, alors que les prix à la consommation restent élevés.

 

Un contexte qui pousse à la baisse

Les cotations en viande bovine ont commencé leur chute dès septembre 2013, en une année,
le prix moyen pondéré de la viande bovine est passé de 4 euros à 3,73 euros le kilo (semaine 36) selon France
AgriMer, notamment à cause du retour en force des abattages des vaches laitières de réforme dans toute l'Europe. Dans ce contexte baissier, les éleveurs de bovins viande ne supportent plus de voir depuis des mois, les prix se maintenir dans les rayons des supermarchés, ils considèrent que l'aval leur impose des baisses de prix injustifiées. Et ce n'est pas la réunion du 10 septembre qui a permis de clarifier les choses. Interbev a réuni tous les maillons de la filières (éleveurs et principaux abatteurs comme Bigard et Elivia) ainsi que l'ensemble de la grande distribution française.

A la question : «Où sont passés nos 300 euros par animal ?» les éleveurs estiment qu'ils n'ont pas obtenu de réponse. «L'avis de recherche est toujours lancé» ironise Jean-Pierre Fleury, président de la Fédération nationale bovine, tandis que s'étonne son secrétaire général, Pierre Vaugarny :«le non de la grande distribution ne nous a pas surpris, mais les abatteurs...» Car ces derniers ont déçu les éleveurs, Bigard en tête, qui reste rétif à toute contractualisation intégrant les coûts de production. Les éleveurs se sont également plaints des importations de viande bovine en hausse de plus de 6% en mai et de plus de 10% en juin par rapport à 2013 (données de l'Institut de l'élevage). Face à ceux qui campent sur leurs positions, les éleveurs se sentent de plus en plus seuls, craignant que les abatteurs se refassent une santé sur leur dos.

 

L'embargo russe : un catalyseur

Côté lait, tout se passait plutôt bien depuis l'été 2013, avec de bons prix tirés par une forte demande internationale. Mais l'embargo russe sur les produits agro-alimentaires européens a renversé la tendance. 257 000 tonnes de fromages se sont retrouvées bloquées à la frontière, ce qui a servi de catalyseur à un renversement du marché. Les marchés internationaux se sont orientés à la baisse et la France a suivi, la poudre de lait est ainsi passée de 2880 euros la tonne, à 2100 euros en un mois. Le quatrième trimestre sera l'occasion de tester le fonctionnement de la contractualisation entre éleveurs et industriels, mais déjà les producteurs craignent que les transformateurs (qui n'ont pas réussi à répercuté la hausse du prix du lait sur la grande distribution) ne sautent sur l'occasion. L'avenir est difficile à prévoir, la baisse des prix pourrait encourager les achats, mais la FNPL alerte sur le niveau des trésoreries des éleveurs, très tendues après des années difficiles.

Plus préoccupant encore, ce retournement de la conjoncture laitière pourrait inciter les éleveurs laitiers à faire davantage de tri dans leurs troupeaux, prévoit l'Institut de l'élevage, ce qui n'améliorerait pas la situation du marché de la viande. La campagne des broutards démarre donc dans l'inquiétude, alors que la demande italienne est plutôt molle et que les portes du Maghreb restent toujours fermées. Les sorties de broutards s'accélèrent pour répondre au besoin de trésorerie des élevages, en charolais notamment, ce qui amplifie d'autant la baisse des cours.

Difficile de prévoir l'évolution de la situation dans ce contexte atypique où les repères traditionnels sont brouillés.