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Jean-Pierre Fleury, président de la Fédération Nationale Bovine

«Les conseilleurs ne sont pas les payeurs»

2015 restera une année où les producteurs de viande bovine se seront faits entendre.
Par Ma signature
«Les conseilleurs ne sont pas les payeurs»
La FNB a été la première au printemps à se faire l’écho de la profonde souffrance économique et sociale des éleveurs français. Un mal profond qui ronge depuis plusieurs années le moral, et une impression poignante d’être en dehors des codes de la société d’aujourd’hui.
Trop c’est trop ! Nous n’acceptons pas les discours culpabilisateurs adressés constamment aux éleveurs, au motif qu’ils ne seraient «pas bons» dans la gestion de leur exploitation, «pas assez productifs», «pas assez compétitifs», «pas assez dans le marché et pas assez organisés»… bref que tout serait de notre faute !
Rétablissons quelques vérités :
- la productivité des éleveurs est en hausse régulière de 2% par an, et la coûteuse mise aux normes des exploitations est réalisée sans aucun transfert dans le prix producteur,
- les charges globales des exploitations ont bondi de 58% en moins de 15 ans, alors que les prix producteurs sont les mêmes qu’il y a 30 ans,
- la grande distribution, en trente ans d’histoire, n’a pour étendard que le concept du prix bas,
- les outils industriels d’abattage-transformation sont obsédés par la saturation de leurs outils, dans une situation de surcapacité d’abattage chronique résultant d’une restructuration non faite, et sans stratégie de valeur, ce qui tire irrévocablement par le bas le produit viande.
Devant cette situation, la feuille de route filière bovine établie le 17 juin est en conséquence, et plus que jamais, la seule voie de sortie.
Il faut à ce titre souligner le remarquable travail conduit par l’Interprofession dans l’objectif d’une profonde remise à plat, intégrant la viande issue du troupeau laitier avec la rénovation du socle de base qualitatif des viandes, et la redéfinition d’un cœur de gamme pour repositionner le troupeau allaitant, mais également incluant le travail de fond vers la RHD, et la création de la plate-forme export pour l’international.
Tout cela, la FNB l’a porté, et reste convaincue de la justesse de ces évolutions. La FNB affiche également une volonté forte, celle d’avancer sur de nouvelles relations commerciales qui respectent chacun des acteurs, construites sur une segmentation puissante nécessaire à notre troupeau allaitant, adossées à une contractualisation rénovée qui n’a d’intérêt que dans le cadre de stratégies de différenciation du produit par la grande distribution, au contact des consommateurs.
Mais le «numéro 1» de l’abattage français en a semble-t-il décidé autrement, et entend mettre tout le monde «au pas» : blocage de l’interprofession,  pied de nez au gouvernement, assignation des éleveurs au Tribunal ….
S’y ajoute une désinformation orchestrée, maniant une «armée aux ordres» de petits soldats noyautés et absorbés depuis longtemps, allant dans les cours de ferme acheter et «conseiller».
Vous connaissez l’histoire qu’ils racontent en permanence aux éleveurs : «tes animaux ne sont pas adaptés, il faut faire du croisement, il y a trop d’importation, la consommation est en baisse et c’est de ta faute car le prix de ta viande est trop haut., tu travailles mal, il faut que tu produises encore plus…».
Quant à son petit jeu de se poser en victime, il est tout simplement insupportable ! Il va falloir qu’il choisisse entre le collectif et «la jouer perso».
Pour l’instant, sa logique c’est un pied dedans pour bloquer, un pied dehors et faire ce qui lui plaît ! En tant que leader européen, c’est indigne et c’est porter atteinte au collectif.
Fort heureusement, la justice de notre pays a stoppé net ce «numéro 1», en déclarant irrecevable sa tentative de mise au pas des producteurs de viande !
Un revers indiscutable qui lui rappelle que la liberté d’action syndicale demeure un droit fondamental.
En conséquence, les actions syndicales continuent  !
Et nous réaffirmerons lors de notre prochaine Assemblée générale l’enjeu majeur de la feuille de route du 17 juin, et l’urgence à la décliner de façon opérationnelle. Les distributeurs doivent montrer l’exemple, dans l’intérêt général de notre filière viande.