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Aménagements fonciers

Le suivi des dossiers, c'est lui

Nous avons rencontré Micha Jovovic, conseiller foncier à la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or.

Par AG
Le suivi des dossiers, c'est lui
« Le premier remembrement jamais réalisé en France a eu lieu du côté de Bretenière en 1707, à Rouvres-en-Plaine plus exactement », nous informe le technicien.

En poste depuis 1990, Micha Jovovic fait partie des salariés les plus fidèles de la Chambre d'agriculture. Et pourtant, lors de sa candidature il y a presque 36 ans, celui-ci ne savait pas situer Dijon sur une carte ! « C'est bel et bien vrai, mais ne le répétez pas... En fait, j'ai beaucoup bougé avant d'arriver dans la région. Je suis né à Belgrade, dans l'ex-Yougoslavie, désormais Serbie. Je suis arrivé en France à 17 ans, en 1981, pour suivre mes études post-bac, en agronomie », retrace l'actuel habitant de Marsannay-la-Côte. Les aménagements fonciers, Micha Jovovic commence à les connaître sur le bout des doigts : « c'est ma mission principale depuis que je suis arrivé. Celle-ci ne devrait pas changer d'ici mon départ en retraite dans cinq ans, car nous avons une très belle dynamique en ce moment (voir plus loin). Dans le même temps, j'ai fait et je continue à réaliser de la cartographie sur différents thèmes : diagnostics agricoles, études lors de grands ouvrages linéaires... Durant une période, j'étais le seul à la Chambre à avoir le logiciel adapté, mais celui-ci s'est désormais largement démocratisé ».

Des gains intéressants

Micha Jovovic rappelle les principaux avantages agricoles d'un aménagement foncier : « l'exploitant réduit drastiquement ses trajets, grâce à des regroupements parcellaires plus près de sa ferme. Les formes de ces mêmes parcelles sont modifiées, et rendues plus facilement cultivables. Une baisse de 10 % d'intrants peut être obtenue, car il y a moins de recouvrements. En élevage, le nombre de voisins est limité, les possibilités de contaminations sont moindres en cas de maladies. Les trajets avec des animaux, de l'eau ou de la nourriture sont moins nombreux. Du carburant, du temps et de l'argent sont économisés ! ». Pour être précis dans les termes, idéalement, on ne dit plus remembrement ni aménagement foncier, comme le fait remarquer notre interlocuteur : « ce sont des Aménagements fonciers agricoles, forestiers et environnementaux. Le mot forestier était déjà là. Le dernier, "environnementaux", a fait son apparition car certaines opérations sont en lien avec l’environnement, en particulier la protection de captages ou de zones humides. Mais bon, si vous dites remembrement ou aménagement, on se comprend ! »

Neuf opérations lancées

Micha Jovovic a déjà travaillé sur de très nombreux dossiers côte-d'oriens. Combien ? « Je ne sais pas précisément, plusieurs dizaines. En plus du suivi des aménagements, il y a aussi une autre mission : l'animation d'échanges amiables. Là, il y en a eu une trentaine, je pense ». Le conseiller de la Chambre peut être appelé sur deux types d'aménagements : « il y a les aménagements volontaires, demandés par des exploitants. Il a aussi les aménagements réparateurs quand d'importants ouvrages sont réalisés, tels que l'A39, l'A31 ou encore la ligne grande vitesse passant par Genlis ». Le technicien illustre la belle dynamique actuelle, évoquée plus haut dans cet article : « le Département a enclenché ces derniers mois six nouvelles opérations d'aménagement foncier, concernant neuf communes. Ce qui, en comptant les trois opérations en cours, nous place dans une période éminemment dynamique en la matière... Une information importante à relever : depuis 1950, 540 communes de Côte-d'Or ont été aménagées, certaines jusqu'à trois fois de suite ! C'est un score honorable, sachant que nous comptons environ 700 communes ». Le soutien sans faille du Conseil départemental est à souligner : « les aménagements fonciers ont toujours été soutenus, il faut le noter. Ce n'est pas le cas partout en France, surtout pour les aménagements volontaires ».

Beaucoup de temps

Malgré tous les avantages des aménagements fonciers, certains freins persistent. Micha Jovovic le reconnaît volontiers : « l'ancien président de la Chambre d'agriculture Dominique Chambrette avait dit, un jour, que le principal frein, en la matière, était les exploitants eux-mêmes. Il faut effectivement une très bonne entente préalable pour lancer et avancer dans ces projets. Et il faut être très motivés et patients pour ce genre d'opérations : elles ne se font pas d'un claquement de doigts... Cela prend beaucoup de temps. En moyenne, je dirais qu'il faut sept ans entre le tout début des réflexions dans les conseils municipaux et l'accomplissement des travaux. L'aménagement le plus rapide que j'ai connu a duré 3 ans, le plus long, 20 ans, mais ces deux cas restent exceptionnels dans les deux sens ! ». Une autre réticence peut être observée : « les aménagements fonciers ont, peut-être encore, une mauvaise image chez certaines personnes. Il y a très longtemps, il leur avait été reproché de tout arracher sur leur passage ou bien de ne profiter qu'à de grands propriétaires. Mais ce n'est pas la réalité actuelle ». Le conseiller termine cette rencontre en invitant les agriculteurs à maintenir leurs associations foncières, créées pour gérer les travaux connexes aux aménagements : « le nombre d'AF est malheureusement en diminution, à cause de contraintes administratives et d'un manque de renouvellement des bureaux. Cela est dommageable, car leur importance n'est plus à démontrer, surtout pour entretenir le patrimoine agricole dans les communes». 

 

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Depuis 1950, 540 communes de Côte-d'Or ont été aménagées, certaines jusqu'à trois fois de suite.