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Manifestation

Le refus d'une administration désincarnée

À l'appel de la FDSEA 58, une manifestation a eu lieu à Château-Chinon. Un cumul de revendications s'est exprimé, sur la taille des haies, la prédation, les dégâts de gibier ou la PAC… Mais le fond du problème, c'est le sentiment, partagé par les agriculteurs présents, de devoir se confronter à une machine administrative de plus en plus désincarnée.

Par Berty Robert
Le refus d'une administration désincarnée
Les représentants de la FDSEA 58 (Chantal Pelletier, présidente) et des JA BFC (Thomas Lemée) face à Enguerran Robas, sous-préfet de Clamecy, et Laurent Kompf, DDT de la Nièvre.

Les incompréhensions entre l'administration et le monde agricole sont ce qu'on pourrait qualifier de « tarte à la crème » tant le sujet revient souvent sur la table. Pourtant, on est toujours étonné de constater à quel point ces deux mondes paraissent éloignés l'un de l'autre, à quel point l'impression dominante est qu'il faut toujours repartir de zéro, réexpliquer les réalités agricoles à une machine administrative décrite, à tort ou à raison, comme « bunkérisée », difficilement accessible, excessivement punitive ou trop soumise aux décisions européennes. Un nouvel exemple en était donné avec la manifestation organisée le 27 mars à Château-Chinon, à l'initiative des Jeunes Agriculteurs (JA) et de la FDSEA 58. Une quarantaine d'agriculteurs, avec une quinzaine de tracteurs et leurs bennes chargées, venus des cantons de Château-Chinon, Montsauche, Luzy et d'ailleurs dans le département se sont regroupés au pied de Château-Chinon avant de monter en convoi vers la ville. Destination : la sous-préfecture, devant laquelle quelques bennes ont été vidées.

Problème d'approche globale

« Il y a un cumul de sujets de mécontentement, précisait Fabrice Prévotat, président FDSEA du canton de Château-Chinon : la taille des haies, l'irrigation, les drainages, les dégâts de gibier, la PAC, la prédation… Rien que pour la taille des haies, la date limite dans la Nièvre a été fixée au 15 mars alors que dans le département voisin de la Côte-d'Or, sur la zone Auxois-Morvan, elle a été repoussée au 31 mars. Pourquoi on nous a refusé cette dérogation à une période où les agriculteurs ont parfois besoin de refaire des clôtures autour de parcelles ? En fait, plus que ces thèmes, c'est l'approche globale des sujets agricoles par l'administration qui nous pose problème. » Thomas Lemée, président des JA de BFC et agriculteur nivernais abondait dans son sens en pointant l'absurdité de contrôles sur d'éventuels drainages, remontant à 5 ou 6 ans en arrière, ou une action inefficace sur les dégâts de gibier : « en fait, quel que soit le sujet, on ne peut jamais dire à l'administration « merci de nous accompagner », on n'arrive pas à travailler correctement sur le moindre sujet. L'exemple du sujet des cours d'eau dans le Morvan est l'illustration parfaite de ces discussions sans fin qui épuisent tout le monde. Un « bla-bla » infini qui, à la fin, ne change rien ! »

Retours en arrière insupportables

Pour Chantal Pelletier, présidente de la FDSEA 58, « cette sur-administration fait sortir de leurs gonds tous les agriculteurs. Il faut toujours plus de papiers, de démarches et, même quand cela est fait, on n'est pas à l'abri d'être encore tracassés, parce qu'une erreur a pu être commise, et pas forcément par l'agriculteur ! » Illustration d'un tel cas de figure : l'exemple de Cédric Bernier, présent à la manifestation, à qui l'administration veut imposer une nouvelle enquête publique sur une installation d'élevage de volailles, alors que celle-ci fonctionne déjà depuis plus de deux ans et qu'à la base, l'erreur vient de l'État lui-même… Les tracasseries administratives se doublent, aujourd'hui, du sentiment de se heurter à un mur désincarné quand un problème se pose, comme le décrivait Fabrice Prévotat : « Le mécontentement vise l'administration en général, mais plus particulièrement la Direction départementale du territoire (DDT). Il y a 10 ou 15 ans nous avions affaire à des gens qui étaient des « piliers » de la DDT et qui cherchaient à comprendre et à aider les agriculteurs, dans le respect du cadre juridique qui leur était imposé. Aujourd'hui, le sentiment qui prévaut, c'est que la DDT de la Nièvre n'est là que pour embêter et sanctionner les agriculteurs. C'est le cas depuis deux ans, mais on a l'impression que cette tendance s'est accentuée ces derniers mois. » Les manifestants attendent aussi que la Préfète du département, Fabienne Decottignies, vienne se rendre compte des problèmes sur une exploitation. « On attend, précisait Fabrice Prévotat, mais pendant ce temps-là, les sanctions administratives continuent de tomber… »

Quelques avancées

En l'absence de la sous-préfète de Château-Chinon, c'est le sous-préfet de Clamecy, Enguerran Robas, qui a rencontré les manifestants, en compagnie du DDT de la Nièvre, Laurent Kompf. Le sous-préfet de Clamecy a rappelé quelques avancées, telles que l'évolution des conditions de tirs de défense, pour les éleveurs ovins, effectives depuis le 1er avril (voir page 04 de ce même numéro). Sur les haies, le sous-préfet précisait que, malgré l'interdiction de taille à partir du 15 mars, il était possible, pour les agriculteurs, de faire des demandes de dérogation individuelle. Pas sûr que cela soit perçu comme une simplification… Apparemment, en 2026, une soixantaine de demandes de ce type auraient été reçues par l'administration mais le délai de leur traitement poserait problème, aux dires de manifestants présents. Laurent Kompf, de son côté, soulignait que, sur la prédation, deux loups avaient été abattus dans la Nièvre : « ce n'est jamais assez, j'en conviens et un ovin de tué, c'est un ovin de trop, mais c'est pour vous dire que l'administration se donne quand même les moyens d'agir concrètement sur cette question. »