Le machinisme dans le creux de la vague
Le Sedima, syndicat des concessionnaires de matériel agricole, dresse un bilan inquiétant de l'activité du secteur sur le premier semestre 2026.
Le syndicat des concessionnaires de matériels agricoles et d’espaces verts (Sedima) a présenté, en juillet à Paris, son enquête semestrielle (1) sur la conjoncture de l’agroéquipement. Sylvie Domenech, secrétaire générale adjointe du Sedima, a donné à voir un « marché tendu » avec des prises de commandes en valeur qui fléchissent de 9 % pour le matériel neuf et de 4 à 5 % pour le matériel d’occasion au 1er semestre 2026 (en comparaison du 1er semestre 2025). Aucune reprise du marché n’est attendue d’ici à la fin de l’année dans la mesure où « le moral des clients est plutôt morose ou tout du moins attentiste avec, cependant, une nuance pour la polyculture-élevage qui se porte mieux ». Plus précisément, les commandes de tracteurs standards (neufs ou d’occasion) diminuent moins que celles de tracteurs pour vignes ou vergers, d’automoteurs ou de matériels d’accompagnement tractés ou portés. À l’inverse, les concessionnaires sont 63 % à indiquer une hausse des commandes d’équipements d’élevage. Ceci explique que la demande adressée par le secteur de la polyculture-élevage diminue globalement moins que celle émanant des grandes cultures, où les commandes de matériels neufs ont reculé dans 90 % des concessions au 1er semestre (- 80 % en viticulture, - 52 % en arboriculture, - 36 % en polyculture-élevage). Les ventes de pièces détachées (- 3 à - 4 % en valeur au 1er semestre 2026) et les prestations en atelier de réparation (+ 1 %) n’offrent « pas de relais de croissance » aux concessions qui affichent des « effectifs salariés globalement stables en dépit du contexte économique tendu ».
Des moissonneuses moins entretenues
Interrogés sur les principaux freins actuels à la demande d’agroéquipements, les concessionnaires évoquent principalement la conjoncture économique des marchés clients (davantage encore qu’en 2025) et les prix des matériels (un sujet moins sensible qu’en 2025, en dépit d’un climat global qui reste « inflationniste », pour l’acier notamment). Ils estiment à 79 % que le moral de leurs clients est mauvais à très mauvais parmi les producteurs de grandes cultures (72 % en viticulture, 30 % en arboriculture, 7 % en polyculture-élevage). En synthèse, Sylvie Domenech décrit une situation « très difficile » en grandes cultures – un responsable du Sedima constate d’ailleurs un relâchement sur l’entretien des moissonneuses-batteuses durant l’hiver dernier – et un secteur viticole « en crise », avec des nuances selon les régions. La remontée des taux d’intérêt d’emprunt ne contribue pas à détendre l’atmosphère. Les responsables de concessions constatent ainsi un accroissement des refus de financement par les banques. Du coup, les stocks de matériels en concession « demeurent à un niveau élevé, notamment pour l’occasion ». L’obligation d’un circuit de freinage à double ligne, hydraulique ou pneumatique, pour toutes les remorques neuves, depuis le 1er janvier 2025, complique un peu plus encore la situation. Les tracteurs produits avant 2018 n’en étaient pas forcément équipés, ce qui crée une incompatibilité d’usage avec le matériel tracté. « La tentation existe alors de modifier les systèmes voire de démonter les freins de la remorque pour atteler quand même, ce qui a pu conduire et conduira encore à des accidents », alerte Alexandre Mortier, le précédent président du Sedima. Ce dossier continue à être travaillé avec les constructeurs et les ministères de l’Agriculture et de l’Intérieur « mais une solution technique générale ne semble pas encore faire consensus », laisse-t-il entendre. Pour leur part, les concessionnaires demandent à pouvoir rééquiper les tracteurs anciens d’un freinage à double ligne pneumatique.
(1) Enquête réalisée entre le 8 et le 29 juin auprès des adhérents du Sedima (qui en revendique plus de 1 600) avec un taux de réponse de 35 %.