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Climat et technique

La canicule relance le vieux débat du labour

Face à la sécheresse certains agriculteurs s’interrogent : le non-labour a-t-il montré ses limites ? Les travaux conduits ces dernières années par Arvalis, l’Inrae et le Cirad invitent à nuancer cette idée. S’ils ne font pas du semis direct une solution miracle, ils montrent que les systèmes de conservation des sols peuvent améliorer la résilience face aux épisodes de sécheresse… à condition de ne pas réduire la réflexion au seul abandon de la charrue.

Par Alexandre Coronel
La canicule relance le vieux débat du labour
Un soja implanté avec la technique du strip-till, un travail du sol localisé sur le rang du semis.

Les années de forte sécheresse ravivent parfois les critiques à l’égard des techniques culturales simplifiées et du semis direct. Dans certaines parcelles, des cultures ont effectivement souffert d’un enracinement limité ou d’un tassement superficiel. Implantée très tardivement derrière un méteil ou une culture à vocation énergétique qui a profité à plein de la réserve hydrique du sol, une culture de printemps est forcément défavorisée en l’absence de nouvelles précipitations significatives. Les chercheurs rappellent toutefois qu’il serait abusif d’en conclure que le labour constitue systématiquement la meilleure réponse au manque d’eau. Dès 2011, une synthèse scientifique publiée dans les Cahiers Agricultures soulignait que l’arrêt du labour modifie profondément la structure du sol.

Regarder l'évolution sur le long terme

Durant les premières années, la porosité peut même diminuer avant que l’activité biologique, les racines et les vers de terre ne reconstruisent progressivement une nouvelle architecture du profil. Les auteurs insistaient déjà sur le fait que les résultats dépendent fortement du type de sol, du climat, du système de culture et de l’ancienneté de la pratique. Autrement dit : comparer un labour maîtrisé à un simple arrêt du labour ne suffit pas. L’agriculture de conservation repose sur trois piliers indissociables : réduction du travail du sol, couverture permanente et diversification des rotations. Plusieurs travaux du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) montrent d’ailleurs que le non-labour pratiqué isolément produit souvent des résultats limités, alors que son association avec les couverts végétaux et les résidus de culture améliore nettement le fonctionnement du sol.

Des sols qui stockent mieux l'eau

Le projet Bassin Adour Garonne d'évaluation des pratiques agroécologiques (Bag’Ages), conduit entre 2016 et 2021 sous la coordination de l’Inrae avec la participation d’Arvalis, apporte des éléments particulièrement intéressants dans le contexte actuel. Les chercheurs ont comparé des parcelles conduites depuis plus de dix ans en agriculture de conservation à des parcelles labourées. Leurs mesures montrent que les sols en agriculture de conservation disposent généralement d’un réservoir utile légèrement supérieur, d’une meilleure stabilité structurale et surtout d’une circulation de l’eau plus efficace. L’infiltration est plus rapide et plus régulière au cours de l’année grâce à une porosité entretenue par les racines et l’activité biologique. Les observations réalisées par Arvalis indiquent également des enracinements souvent plus profonds et plus denses, permettant aux cultures d’explorer un volume de sol plus important lorsque l’eau devient limitante. Dans les essais étudiés, les gains de réserve utile restent modestes – quelques millimètres à quelques dizaines de millimètres selon les sols – mais ils peuvent faire la différence lors d’un épisode sec prolongé. Cette tendance est confirmée à plus grande échelle par une méta-analyse internationale conduite par AgroParisTech et l’Inrae. En compilant plusieurs milliers de résultats expérimentaux, les chercheurs concluent que les systèmes d’agriculture de conservation ont davantage de chances d’améliorer les rendements dans les régions soumises à des stress hydriques importants, notamment dans les scénarios climatiques futurs. Au fond, la sécheresse ne tranche donc pas le débat entre labour et non-labour. Elle rappelle plutôt qu’un sol résilient se construit sur le long terme. Le labour reste un outil agronomique pertinent dans certaines situations. Mais les travaux scientifiques convergent sur un point : la capacité d’un sol à infiltrer, stocker et restituer l’eau dépend avant tout de sa structure, de sa couverture et de son activité biologique. Des critères qui dépassent largement la seule question de la profondeur du coup de charrue.