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Actions syndicales viande bovine

Le groupe Bigard, premier visé, premier bloqué !

Pour ménager leurs profits, industriels et grande distribution fixent d'€™abord leur marge et décrètent ensuite du prix payé à la production ! Les coûts de production et le revenu des éleveurs c'€™est leur variable d'€™ajustement. Pendant ce temps, l'€™à‰tat regarde ailleurs... Pour dénoncer cette situation, les éleveurs de bovins bloquent depuis dimanche soir les abattoirs du groupe Bigard.
Par Serge Berra
Le groupe Bigard, premier visé, premier bloqué !
Autour de Jean-Pierre Fleury, secrétaire général de la FNB, Yves Bonnot, président de la FDSEA de Saône-et-Loire, Gilles Brenon de la FDSEA de l'Ain et Adrien Bourlez des JA de l'Ain.
Dimanche 7 novembre, 20 heures, les accès de dix sites d'€™abattage et de transformation de viande bovine du groupe Bigard sont bloqués. Le plan élaboré par la FNSEA, les JA et la FNB (Fédération nationale bovine) vise surtout Bigard qui contrôle 70% des vaches de réforme et 75% des steaks hachés en France. Cette position acquise avec le rachat de la Socopa «lui donne des droits, mais lui impose aussi des devoirs», indique Jean-Pierre Fleury (Côte d'€™Or), le secrétaire général de la FNB venu soutenir les éleveurs de l'€™Ain, du Jura, de la Nièvre et de la Saône-et-Loire installés devant l'€™abattoir Bigard de Cuiseaux en Saône-et-Loire. Des devoirs que ne veut pas reconnaître le patron du groupe. Jean-Pierre Fleury estime la responsabilité de Jean-Paul Bigard totale dans la situation faite aux éleveurs : «il refuse de participer aux discussions de l'€™interprofession bovine où il y représente le Sniv (Syndicat national des industries de la viande). Cette politique de la chaise vide bloque le fonctionnement de l'€™interprofession dont les décisions ne peuvent être prises qu'€™à l'€™unanimité de ses collèges».

Bigard verrouille le marché
C'€™est une attitude irresponsable et le secrétaire général de la FNB estime que le numéro un de la viande bovine [I]«pense ne devoir discuter qu'€™avec lui-même». [i] Les éleveurs reprochent au groupe Bigard et à son patron de «verrouiller le marché à son seul profit en maintenant artificiellement basses les cotations pour ne pas payer aux éleveurs les animaux au prix du marché», dénonce Yves Bonnot, le président de la FDSEA de Saône-et-Loire présent avec ses troupeaux devant l'€™abattoir de Cuiseaux. L'€™éleveur du Charolais rappelle que tous les indicateurs du marché de la viande sont au vert : «une consommation qui progresse, un déficit de production de viande bovine en Europe et des importations stables d'€™environ 5% de la consommation». Avec de tels indicateurs, si les mécanismes du marché fonctionnaient normalement, les cours de la viande remonteraient. Pourtant, les prix restent à leur niveau de 1997 pendant que le coût des matières premières provoque une augmentation de l'€™alimentation animale de 35% ! «Nous avons besoin de 60 centimes du kilo pour simplement couvrir nos coûts de production, estime Yves Bonnot, sans quoi, c'€™est la moitié des éleveurs du grand bassin allaitant qui disparaîtra». Un responsable de la FDSEA de la Nièvre confirme l'€™abandon par les éleveurs de l'€™engraissement qui «coûte de l'€™argent a l'€™éleveur». C'€™est un drame économique et social car le maigre part, en Italie et, avec lui, des emplois et la plus value que devrait en tirer les éleveurs ! Bigard n'€™est pas le seul responsable de cette situation, «des groupements de producteurs ne respectent pas plus l'€™intérêt des éleveurs», dénonce Yves Bonnot. «Mais Bigard pèse en France d'€™un tel poids qu'€™il est notre première cible avant que d'€™autres ne soient également dans notre viseur... », menace Jean-Pierre Fleury.

[INTER]L'€™à‰tat regarde ailleurs...[inter]
Dimanche soir, à Cuiseaux, comme à Villefranche-d'€™Allier où des éleveurs de la Loire sont venus prêter main-forte à leurs collègues d'€™Auvergne, la tente dressée, le feu entretenu et le barbecue alimenté laissaient présager un long blocus. «Pour nous, il ne s'€™agit pas de mobiliser toutes nos troupes pour une seule nuit. Nous sommes organisés pour tenir le temps qu'€™il faudra et imposer la négociation à Bigard. Pas un kilo de viande ne doit sortir de l'€™abattoir. L'€™objectif, c'€™est d'€™assécher les linéaires de la grande distribution qui se partage avec les industriels la marge des éleveurs», insiste Yves Bonnot. Une position partagée par Gilles Brenon, l'€™un des responsables de la FDSEA de l'€™Ain, producteur de porcs, et qui voit, dans la situation imposée aux éleveurs de viande bovine beaucoup de similitudes avec celle que vivent les producteurs de porcs. Jean-Pierre Fleury s'€™inquiète du système qui semble de mettre en place : [I]«les cotations sont décrétées par les industriels et, pendant ce temps, l'€™à‰tat regarde ailleurs !»[i].