Le gisement des ceps et des sarments
Valoriser les ceps et les sarments de vigne, les vignerons y réfléchissent. La Confédération des appellations et vignerons de Bourgogne (CAVB) a fait le point sur la question.
Brûler 50 kg de déchets verts équivaut à émettre autant de particules qu'une voiture récente parcourant 23 000 km ou que le chauffage pendant 3 mois d'une maison équipée d'une chaudière à granulés. Ces données, que l'on doit à l'association Atmo BFC, permettaient de comprendre l'importance de trouver des alternatives au brûlage des sarments de vigne. Elles étaient présentées au siège de la Confédération des appellations et vignerons de Bourgogne (CAVB), à Beaune, le 24 novembre, à l'occasion d'une réunion d'échanges sur le thème de la valorisation des ceps et sarments. La pollution, représentée par ces brûlages, est aussi une vraie menace pour les salariés viticoles qui y sont directement exposés. La question aborde donc des enjeux environnementaux, de santé publique et, plus largement, oblige à réfléchir à la valorisation de cette matière, dans un but vertueux. La Chambre d'agriculture de Côte-d'Or avait déjà consacré une journée technique à ce thème fin 2024 et prévoit d'en organiser une seconde, en février 2026.
Plusieurs voies possibles
Le sujet intéresse, indéniablement. Il ouvre des pistes de travail multiples, comme le souligne Léa Ballorin, conseillère viticulture à la Chambre d'agriculture : « il y a plusieurs voies de valorisation :
– Le broyage et la restitution à la parcelle des sarments, qui permet un stockage de carbone dans le sol et un apport de matière organique élevé. Toutefois cela nécessite d'investir dans un broyeur, à utiliser avec prudence sur des parcelles très caillouteuses. L'intérêt serait peut-être aussi de mutualiser les coûts de broyage par le biais de Cuma. La Chambre d'agriculture de Côte-d'Or a réalisé une fiche avec des essais comparatifs de broyeurs.
– Nous avons aussi le compostage (pour les sarments et les ceps) qui reste toutefois une pratique très technique, difficile à mettre en œuvre à une échelle individuelle. Il faut aussi être vigilant sur la présence, dans les matières compostées, de fils de fer, cailloux ou piquets.
– Pour le chauffage (sarments et ceps), l'intérêt est de disposer d'une ressource facilement disponible et locale, mais qui oblige à investir dans une chaudière adaptée à une matière très ligneuse.
– Enfin, il reste la voie de la transformation de cette matière, en agrafes biodégradables, par exemple, mais le coût est relativement important. »
Le broyage des sarments apparaît comme une révolution culturelle en Bourgogne, seul vignoble où l'on les brûle. En tout cas, la crainte, liée à cette pratique, de faire proliférer des maladies en utilisant la matière organique issue du broyage n'est pas vérifiée.
Expérimentations concrètes
Cet enjeu de la valorisation des sarments et des ceps, il peut être mesuré grâce à des expérimentations concrètes menées sur le terrain. C'est le cas, par exemple, avec l'Organisme de gestion (ODG) de Beaune. Baptiste Guyot, son président, est venu en témoigner. Ils ont fait un premier essai avec une plateforme de collecte de ceps à Beaune. Ils sont parvenus à en collecter 25 t. En 2025, d'autres ODG se sont joints au mouvement, et l'enlèvement est réalisé par la compostière de Rougemont, pour un tarif de 17 euros/t. Le Comité Bourgogne a financé l'opération. Engie les a contactés pour brûler ces ceps en chaudière. « L'objectif, précise Baptiste Guyot, c'est de montrer que si on arrive à ouvrir plusieurs plateformes sur la côte, on peut valoriser sans que ça nous coûte. » Pour l'instant trois plateformes existent, ouvertes depuis mi-octobre et jusqu'en avril 2026.
Projet Valosc
Le projet Valosc (pour Valorisation des sarments et des ceps) est issu d'une demande collective de la filière. Il vise à limiter le gaspillage de matières valorisantes, à améliorer les relations riverains-viticulteurs. Il est financé par l'Ademe et le Comité Bourgogne. Pour l'instant concentré sur la Côte-d'Or il devrait être élargi à la Saône-et-Loire et l'Yonne. Il comporte quatre axes :
– répondre aux idées préconçues de la filière en apportant un appui technique aux viticulteurs sur les modes de valorisation
– Faire un état des lieux du brûlage sur la santé, en s'appuyant sur une étude de la qualité de l'air
– Rechercher des alternatives et développer une filière de valorisation pour les viticulteurs
– Déployer le projet sur le territoire en accompagnant les ODG dans la mise en place de systèmes de valorisation.