Accès au contenu
Technologie

Le drone, nouvel allié des éleveurs

Utilisé depuis plusieurs années dans les cultures, le drone tente de se frayer un nouveau chemin au sein de l’élevage : c’est l’objectif du projet Icaerus, mené par l’Institut de l’élevage (Idele), qui étudie de nouvelles solutions aux problématiques des éleveurs sur la station d’expérimentation Ferm’Inov, en Saône-et-Loire.

Par Charlotte Bayon
Le drone, nouvel allié des éleveurs
Idele
« Le drone agit comme une super paire de jumelles »

Lancé il y a environ trois ans et demi, le projet Icaerus a vu le jour sur la station d’expérimentation Ferm’Inov, en Saône-et-Loire. « Icaerus est un projet européen, sur l’intérêt des drones en zone agricole et rurale. L’idée, c’est de voir le drone comme un outil, pour différents types d’agriculture, et notamment en élevage », explique Adrien Lebreton, ingénieur à l’Institut de l’élevage, en charge du numérique et des nouvelles technologies. « L’objectif de ce projet est de faciliter la vie des éleveurs », assure-t-il.

Une paire de jumelles pour les éleveurs

« Il y a trois ans et demi, avant le lancement du projet, tout le monde pouvait facilement acheter des drones, mais nous avions encore du mal à savoir comment les utiliser afin de les optimiser, pour qu’ils soient vraiment utiles en élevage », raconte l’ingénieur. C’est ainsi que débute le projet sur la station Ferm’Inov, qui regroupe plusieurs types d’élevage : « Nous avons de l’élevage bovin allaitant, herbager de plaine, mais aussi un système plutôt pastoral, afin de déterminer les intérêts et les limites du drone dans ces différentes surfaces ». L’ingénieur explique donc avoir conçu un guide d’utilisation du drone, contenant les techniques d’utilisation, les contraintes réglementaires, les risques ou encore les bonnes pratiques. « Puis nous avons développé des essais ». Finalement, « le drone agit comme une super paire de jumelles », résume Adrien Lebreton. « Depuis les airs, la machine permet à l’éleveur de voir ses animaux d'un peu plus loin, sans forcément marcher ou prendre le pick-up et rouler dans les prairies », explique-t-il. Le projet n’a cependant pas vocation à remplacer la surveillance de l’éleveur, mais plutôt à compléter son observation. « L’idée, c’est plutôt de se dire : est-ce que certaines visites de certains animaux peuvent être substituables ? Finalement, on les regarde de plus loin, comme avec des jumelles. S’il y a une raison de se déplacer, l’éleveur se déplacera. Mais cela permet de sauver un peu de temps, en évitant d’y aller systématiquement en présentiel ».

Gagner du temps de travail

Concrètement, les équipes ont comparé le temps de travail avec et sans drone, notamment au printemps et à l’automne. Dans certaines configurations, l’utilisation du drone permet de réduire le temps consacré aux tournées jusqu’à 40 %. « Ce n’est pas magique, ni applicable tous les jours, mais sur une exploitation avec plusieurs lots et des déplacements contraignants, le gain de temps est réel », souligne l’ingénieur. Sur une saison de pâturage, le drone pourrait ainsi être utilisé de manière régulière, mais ciblée, sur une partie des journées seulement. D’après l’ingénieur, en intégrant une valorisation économique du temps de travail, l’investissement, de l’ordre de 2 000 à 2 500 euros pour un drone équipé d’un zoom adapté, peut être amorti en moins d’un an et demi.

Différents usages selon les systèmes

Les essais menés dans d’autres régions montrent toutefois que l’intérêt du drone varie fortement selon les systèmes. En élevage pastoral ovin, notamment avec un seul lot et la présence de chiens de protection, l’outil est moins pertinent en routine. « Dans ces cas-là, l’éleveur voit déjà beaucoup de choses sur le terrain », observe Adrien Lebreton. C’est justement au sein de ces systèmes que le projet Icaerus explore des usages plus avancés, intégrant de l’intelligence artificielle : les équipes travaillent ainsi sur un outil de comptage automatique des moutons à partir de vidéos de drone, « par exemple lors des passages en couloir, lorsqu’ils passent d’une parcelle à l’autre, comme s’ils traversaient une ligne virtuelle. Nous filmons les animaux et entraînons l’IA à reconnaître et compter tous les animaux qui passent cette ligne », explique-t-il. L’objectif étant de savoir rapidement si tous les animaux sont rentrés, notamment dans un contexte de forte pression prédatrice. Encore au stade de la recherche, ces solutions ne sont pas destinées à être commercialisées directement par l’Institut de l’élevage. Fidèle à une logique de science ouverte, l’Idele met ses modèles à disposition, afin que des acteurs économiques s’en emparent pour les transformer en outils opérationnels.

Idele
Adrien Lebreton, ingénieur à l’Institut de l’élevage, en charge du numérique et des nouvelles technologies.

Pour voir de loin

Pour voir de loin
Idele
Un œil dans le ciel qui vole à quelques centaines de mètres.

D’après une enquête réalisée par Idele en 2023 auprès de 2032 éleveurs toutes filières de ruminants confondues, 8 % d’entre eux sont équipés d’un drone et 19 % envisagent de l’être à court ou moyen terme. Cette technologie récente est le plus souvent utilisée comme « un œil dans le ciel ». Elle apporte de nouvelles perspectives pour surveiller les brebis au pâturage et même les compter. Le niveau de l’abreuvoir et l’état des clôtures peuvent même être évalués. Plus rarement, le drone est utilisé pour déplacer ou rassembler les animaux. L’apprentissage du pilotage est simple et rapide.

Toutefois, les conditions de son utilisation sont assez complexes avec de nombreuses restrictions. En effet, la réglementation est stricte afin de limiter les risques pour la circulation aérienne et les personnes. Pour la connaître, un guide est disponible sur idele.fr : « les drones en élevage herbager : opportunités, risques et bonnes pratiques ». Plusieurs gammes de tarifs de drone sont disponibles. Les moins onéreux sont autour de 800 €, le milieu de gamme vers 1 500 € et enfin, le haut de gamme de 2000 à 5 000 €, voire beaucoup plus.

 

Source : Équipe technique ovine de Bourgogne-Franche-Comté et Laurence Sagot (Institut de l'Élevage/CIIRPO)