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Chambre d'agriculture

Le chanvre, une filière en plein essor

Le 24 mars dernier, la Chambre d'agriculture a organisé une journée dédiée à la culture du chanvre, à Courlon-sur-Yonne.

Par Charlotte Sauvignac
Chambre d'Agriculture
A l'occasion de la journée dédiée au chanvre, Damien Brayotel, 2nd vice président de la Chambre d'Agriculture a émis quelques mots.

« Dans un contexte de prix bas des céréales, le chanvre peut apporter une solution. La filière est porteuse d'avenir pour notre secteur », déclare Damien Brayotel, 1er vice président à la Chambre d'agriculture de l'Yonne, au sein de la salle des fêtes à Courlon-sur-Yonne, ce mardi matin. À ses côtés, Victor Fleury, ingénieur développement à Terres Inovia, liste les nombreux atouts du chanvre dans une rotation de cultures, comme le fait « que c'est un très bon précédent pour les céréales à paille et notamment le blé tendre ; que les cultures intermédiaires ont un réel intérêt avant la culture de chanvre ». A contrario, « la moutarde a un effet négatif et la production n'est pas conseillée avant la culture de chanvre », appuie-t-il. Tout comme chaque culture, le chanvre détient des exigences culturales précises, « permettant de valoriser les terres profondes. C'est une culture sensible à l'acide, il vaut mieux privilégier les parcelles dont le pH est supérieur à 6 », conseille-t-il, avant de poursuivre, « le chanvre supporte mal les sols engorgés et tassés qui limitent son enracinement et l'expression de son potentiel de rendement. Il s'agit d'une plante qui résiste bien au stress mais elle n'exprimera pas son plein potentiel dans les petites terres ». Avant de laisser la parole à Éric Ducornet, représentant de la filière chanvre à 110 Bourgogne et Anicet Bretagne, 1er vice-président de la Chanvrière de l'Aube, Victor Fleury termine ses propos en abordant les deux techniques de récolte utilisées : celle en mode battu, où « l'objectif est de couper la plante entière pour récolter la graine et la paille » ou en mode non battu, où « le but est de couper la plante entière pour ne récolter que les tiges ». Cette culture permet de valoriser tous les composés à travers une multitude de débouchés : papier, isolation, textile, plasturgie automobile, etc.

Une filière porteuse d’avenir

Sur le département, les producteurs de chanvre font appel à deux coopératives agricoles particulières : la Chanvrière de l'Aube et la coopérative 110 Bourgogne. Représentée par Anicet Bretagne, administrateur de la Chanvrière, cette structure représente 56 % des surfaces du marché français et 20 % des surfaces du marché européen. « En ce qui nous concerne, ce sont des collectifs d'agriculteurs qui se réunissent pour récolter, sous trois étapes, fanage, andainage et pressage. Nous sommes donc dans un système où les agriculteurs font une récolte en deux passages », précise-t-il. En 2027, un nouveau site de la Chanvrière de l'Aube verra le jour à Juniville dans les Ardennes. La seconde coopérative, 110 Bourgogne, travaille en collaboration avec Euro chanvre ainsi qu'avec une ETA qui s'occupe entièrement de la récolte du chanvre. « Nous sommes situés sur cinq départements », souligne Éric Ducornet.

Après une matinée d'informations, les céréaliers se dirigent à Plessys-Saint-Jean pour la seconde partie de la journée au sein de la Cuma Perceneige. Mathieu Cormerois et Emmanuel Moreau, céréaliers et membres de la Cuma cultivent du chanvre depuis 2022. « Nous avons créé une section au sein de la Cuma avec plusieurs céréaliers. Pour ne rien vous cacher, c'était rassurant de se lancer ensemble dans une nouvelle filière car on pouvait s'entraider à plusieurs », témoignent-ils. Parmi les curieux, nous retrouvons Dominique Nezondet, céréalier qui a retiré depuis peu « la betterave de ma tête de rotation, car je commençais à perdre de l'argent. En assistant à cette journée, je voulais me faire une idée sur cette filière, mais pour l'instant j'émets des réserves », conclut-il.

Le chanvre, une solution contre le changement climatique ?

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Sébastien Châtelet, céréalier qui a tenté l'expérience du chanvre au sein de son exploitation.

Céréalier dans l'Yonne, Sébastien Châtelet a intégré un projet européen pour lutter contre le changement climatique il y a près de deux ans. En intégrant le chanvre au sein de ses rotations, il « minimise l'usage d'intrants, d'engrais, n'utilise plus de produits phytosanitaires et économise deux fois moins d'eau que pour du maïs ». C'est grâce aux conseils de Guillaume Frémont, conseiller en productions végétales à la Chambre d'Agriculture de l'Yonne que Sébastien Châtelet s'est lancé dans le chanvre et a « réalisé un diagnostic initial » pour permettre d'implanter la culture au sein de son exploitation. En intégrant ce projet, il a dû investir, « tous les cinq ans » dans des bâtiments de stockage et collabore depuis le début avec la Chanvrière de l'Aube et donc également avec un collectif d'agriculteurs sur le matériel pour la récolte. Malgré un contexte des céréales difficiles, Sébastien Châtelet confie le fait que la Chanvrière de l'Aube « essaie de garantir un prix juste pour le producteur » afin de « garantir une juste rémunération ».