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Filière méthanisation

Le biogaz à la ferme a du plomb dans l’aile

Une étude, portant sur la méthanisation agricole et menée auprès de 54 sites sur les 122 en fonctionnement en France a été révélée le 26 novembre. Près de 65 % des installations déclarent une rentabilité inférieure au prévisionnel, principalement en raison de dysfonctionnements dans les procédés, dans la cogénération et des difficultés d’approvisionnement en intrants.
Par Ma signature
La filière biogaz issue du secteur agricole continue sa croisade, à l’épreuve des nombreuses embûches et de sa singulière complexité. Considérée par beaucoup comme une filière d’avenir, celle-ci peine néanmoins à afficher des résultats encourageants. L’objectif des 1 000 méthaniseurs à l’horizon 2020 fixé par le gouvernement dans le plan énergie méthanisation autonomie azote (EMAA, lancé en mars 2013), semble, à ce titre, encore loin. Ainsi, l’enquête mandatée par les acteurs de la filière auprès du cabinet E-Cube n’est guère reluisante. Plus des deux tiers des sites auditionnés déclarent une rentabilité en deçà de leurs calculs.

A travers cette étude, la filière a souhaité comprendre les points de blocage qui perdurent. «C’est une filière jeune (5 ans d’âge, ndlr)» insiste Antoine Jacob, président du club biogaz. Mais comment arriver à convaincre les éleveurs de s’engager dans la démarche ? «L’agriculture par la quantité d’intrants qu’elle apporte est une solution» souligne Olivier
Dauger, Administrateur et responsable Énergie-climat à la FNSEA, soulignant que cette voie permet de «se diversifier et de valoriser économiquement» en rappelant néanmoins le besoin d’une vision réglementaire concernant les tarifs mais aussi sur les types d’intrants autorisés.

Cultures intermédiaires et dédiées
Le flou persiste concernant le devenir des cultures intermédiaires à valorisation énergétique (Cive) et de leurs autorisations d’utilisation inscrites dans la loi de Transition énergétique pour la croissance verte 2015. «Il n’y a pas de limitation d’utilisation dans la loi, mais l’arrêté tarifaire en cours de notification avec l’Europe fixe un taux de mélange entre cultures énergétiques et les Cive de l’ordre de 10 à 15 %» précise Antoine Jacob. Cette proportion limiterait ainsi l’apport de ces Cive. «La loi sépare les Cive des cultures dédiées et maintenant cet arrêté réintègre une proportion des Cive, cela ne respecterait pas la loi» dénonce Olivier Dauger, poursuivant «cela enlèverait de la souplesse pourtant nécessaire de par la pression en disponibilité d’intrants».

France et Allemagne : opposition de modèles ?
A l’inverse de l’Allemagne qui a opté pour une méthanisation basée sur une même typologie d’intrants (essentiellement du maïs), la France a choisi de diversifier son approvisionnement à partir de sous-produits (tel que le lisier d’élevage) et de déchets. «Les Allemands ont d’ailleurs arrêté cette politique pour éviter d’accentuer la compétition avec les cultures à vocation alimentaire» rappelle Jean-Louis Bal, président du syndicat des énergies renouvelables (SER). «En Allemagne, ce sont près de 900 000 hectares de maïs ensilage qui sont dédiés à la méthanisation» précise Antoine Jacob. «Le biogaz est complexe car il est à un carrefour de plusieurs politiques qu’elles soient environnementales, énergétiques, sociétales» prévient Philippe Touchais, responsable du climat, énergies et biomasse au sein des chambres d’Agricultures. Formidable outil territorial pouvant générer de fortes créations de richesse
à l’échelle locale en termes d’emploi, d’énergie, d’environnement, la filière biogaz peut se targuer d’être porteuse de nombreuses promesses.

Pour l’heure, près de 90 %
produit (chiffres 2013) provient de l’assainissement (stations d’épuration), de la méthanisation industrielle et des enfouissements techniques de déchets non dangereux. Cependant, la part du secteur agricole se veut grandissante. «La dynamique aujourd’hui se situe dans le monde agricole» affirme Frédéric Terrisse, responsable approvisionnement et valorisation méthane chez Engie (anciennement GDF-Suez) poursuivant «si la filière agricole continue de se développer dans un horizon durable, elle deviendra prédominante».