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Ration alimentaire des bovins allaitants

Le bilan fourrager: pilier de l'€™alimentation hivernale

Que la saison ait été bonne ou mauvaise, l'€™objectif d'€™une bonne alimentation hivernale c'€™est d'€™apporter tous les éléments dont un animal a besoin, en quantité comme en qualité. Pour calculer la ration la mieux adaptée aux besoins des animaux et au contexte de l'€™exploitation, la clé de voûte du système d'€™alimentation reste le bilan fourrager.
Par Anne-Marie Klein
Le bilan fourrager: pilier de l'€™alimentation hivernale
Pour calculer une ration il faut tenir compte des stocks, mais pas seulement...
Le calcul de la ration hivernale sera peut-être un peu moins compliqué cet hiver, car en beaucoup d'€™endroits les éleveurs ont eu l'€™opportunité de reconstituer des stocks de fourrages, en foin notamment car, pour le maÏs, les résultats ne sont pas à la hauteur des besoins dans beaucoup de zones d'€™élevage. Toutefois, l'€™approche d'€™une bonne ration hivernale ne s'€™évalue pas seulement à l'€™aune des tonnes engrangées et des volumes disponibles. En début d'€™hiver, un bilan fourrager précis, exprimé en kg de matière sèche est indispensable pour confronter les besoins diversifiés de tous les animaux aux stocks disponibles.
De la qualité de l'€™alimentation hivernale vont découler plusieurs bénéfices :
- Une meilleure résistance des veaux à la naissance grâce à un colostrum de qualité
- Une bonne lactation des vaches-allaitantes
- Des vaches en bon état à la mise à l'€™herbe, ce qui joue sur la fécondité du troupeau
- Une bonne croissance des broutards et des génisses de renouvellement
[INTER]Un calcul «à façon» pour une ration diversifiée[inter]
Dans un premier temps l'€™estimation des besoins du troupeau s'€™établit à partir du nombre d'€™animaux par catégorie, de leurs besoins journaliers et de la durée d'€™hivernage. La consommation varie en fonction de l'€™âge, du niveau et de la nature de la production et de la qualité des fourrages.
Pour établir un bilan fourrager et adapter l'€™alimentation aux besoins de chaque animal, plusieurs facteurs entrent en ligne de compte :
- Les vaches qui allaitent leur veau ont besoin d'€™une complémentation azotée (tourteau de soja, bouchons de luzerne, foin de légumineuse...) et souvent également d'€™un complément énergétique (céréales concassées, aplaties ou laminées). Pour favoriser de bonnes conditions de vêlage, le bon état d'€™une vache peut s'€™évaluer entre 2,5 et 3 car trop d'€™état nuit au vêlage. Ce qui compte c'€™est de préparer un colostrum de qualité optimale, riche en anti-corps, qui augmente la capacité de résistance des veaux et prévient le parasitisme.
- C'€™est la bonne nourriture qui fait le bon lait... Les protéines augmentent la quantité de lait produite et les matières grasses comme les matières protéiques de l'€™alimentation déterminent la composition du lait et donc la qualité de la viande du veau qui tète et sa santé.
- Il est beaucoup plus économique de complémenter les vaches afin de stimuler la lactation que d'€™apporter du lait reconstitué aux veaux eux-mêmes (différentiel estimé : de 0 à 3).
- L'€™alimentation des génisses est déterminante pour leur future carrière de reproductrices, car elle favorise une croissance soutenue jusqu'€™à la mise en reproduction. Les génisses ne doivent pas être traitées en «parent pauvre» ou comme la variable d'€™ajustement des stocks hivernaux. Comme pour les vaches qui allaitent, elles méritent les meilleurs fourrages. Mais, à l'€™opposé il ne faut pas qu'€™elles soient trop grasses avant la mise à la reproduction, il faut viser le juste milieu et l'€™état de forme optimal. Du sevrage à la première mise bas, la croissance des génisses est stratégique car elle influence directement leurs performances de reproductrices.
- Pour toutes les catégories d'€™animaux, un programme alimentaire bien construit prévient les complications sanitaires, les parasites et maintien un bon état corporel.
Spécialiste du bilan fourrager, technicien-conseil alimentation animale chez Dijon Céréales pour la zone Auxois Sud-Morvan, Jean-Luc Belorgey insiste sur la nécessité de dépasser le simple calcul des stocks, il aborde le bilan fourrager à partir d'€™une approche globale de l'€™exploitation. [I]«Un bilan fourrager est forcément adapté au contexte spécifique de chaque exploitation. Pour calculer la ration, il faut tenir compte des stocks de foin et de paille, évaluer les besoins et les moduler en fonction des effectifs, des catégories d'€™animaux et des évolutions du cheptel au cours de l'€™hiver... mais il faut également tenir compte de la configuration des bâtiments et des objectifs techniques et économiques de l'€™exploitation afin de trouver la solution la mieux adaptée»[i].

Autre conseil du spécialiste, pendant l'€™hiver il vaut mieux éviter de trop varier les rations, ce qui modifie la composition du lait et peut provoquer des diarrhées chez les veaux, quand la transition alimentaire des mères est trop rapide. La clé de voûte du système du système alimentaire reste [I]«la digestibilité de la ration»[i] et l'€™attention portée à la teneur en matière sèche globale.
Enfin, le technicien insiste sur la nécessité de respecter un bon équilibre entre l'€™apport énergétique et l'€™apport protéique, car «ce sont les protéines qui permettent de valoriser l'€™énergie de la ration et souvent, chez les génisses en particulier, le taux protéique peut être considéré comme limite».
Depuis 2003, année sécheresse exemplaire, l'€™évidence du bilan fourrager s'€™est imposée pour évaluer les manques, les prévenir d'€™une année sur l'€™autre et ménager des stocks de report quand c'€™est possible. «Une bonne récolte de fourrage ne doit pas encourager au gaspillage» prévient toutefois Jean-Luc Belorgey. Fort de l'€™expérience acquise auprès des 230 élevages qu'€™il conseille, au même titre que les stations d'€™évaluation de Créancey (21) et de Jalogny (71), il insiste sur la nécessité [I]«d'€™établir une relation de confiance avec l'€™éleveur afin de bien comprendre ses problématiques d'€™élevage et de dresser un bilan parfaitement adapté à ses atouts, à ses contraintes et à ses objectifs économiques et techniques»[i].