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Agroécologie

Le bas-carbone est un sport de combat !

La découverte d'une ferme bas-carbone de Côte-d'Or, organisée le 27 novembre par Agronov et la Chambre d'agriculture, révélait à la fois le potentiel des choix accomplis… et la motivation qu'il faut conserver face à un écosystème à la qualité variable.

Par Berty Robert
Le bas-carbone est un sport de combat !
Romuald Rémy, (au premier plan), a détaillé l'organisation globale de l'exploitation autour de la méthanisation.

Réduire l'empreinte carbone de l'agriculture est un objectif vertueux auquel on peut difficilement être opposé. Des initiatives existent pour fournir à des agriculteurs la possibilité de tester de nouvelles pratiques culturales, de se diversifier sur des productions énergétiques ou de démontrer la pertinence de certains choix. C'est le cas du programme européen Climate Farm Démo, qui vise à l'adaptation des systèmes de production agricole au changement climatique. Lancé fin 2022, il fédère un réseau de 1 500 fermes pilotes partout dans l'Union européenne et dure jusqu'à l'automne 2029. Des démonstrations sont prévues dans ces fermes pilotes. La Côte-d'Or en compte 5 et le Gaec Martens, d'Essarois, près de Châtillon-sur-Seine, est l'une d'elles. Le pôle d'innovation en agroécologie Agronov et la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or y ont organisé une visite, le 27 novembre. « Un diagnostic carbone est réalisé en début et en fin de projet sur toutes ces fermes, précise Stéphanie Tournois, responsable Formations et Projet au sein du pôle Productions végétales annuelles de la Chambre d'agriculture, et nous assurons un suivi annuel des fermes pilotes. On réfléchit avec l'agriculteur, sur les mesures d'adaptation et d'atténuation d'émissions de carbone qui peuvent être mises en place sur son exploitation, et chaque année, on fait le point sur les effets constatés de ces mesures. L'objectif, en fin de projet, est de voir si on aura obtenu une réduction des émissions de Gaz à effet de serre (GES) ».

« Plaque tournante de l'exploitation »

Le Gaec Martens compte 4 associés (Danielle et Pascal Martens, Aurélie et Romuald Rémy). Il opère en polyculture-élevage et s'est engagé dans la méthanisation. « Elle représente aujourd'hui la plaque tournante de l'exploitation, en augmentant la synergie entre les ateliers, précise Romuald Rémy. Les effluents d'élevage et les Cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive) alimentent la méthanisation, qui produit de la chaleur valorisée par notre séchoir à foin, ce foin retourne à la partie élevage. La chaleur sert aussi à sécher différentes cultures (maïs, millet, seigle…) 75 % de la chaleur produite est valorisée, pour le chauffage de deux maisons d'habitation, de la salle de traite, des digesteurs de la méthanisation et du séchoir. » Aurélie Rémy précise par ailleurs qu’« au départ, ce n'est pas la « métha » que nous voulions faire mais nous doter d'un séchoir. Pour cela, il nous fallait de l'énergie. C'est de ce besoin qu'a découlé la création de la méthanisation ». La visite du 27 novembre permettait d'avoir une vision globale sur les atouts… et les déboires des choix accomplis. Car tout n'est pas rose, même lorsqu'on a l'ambition de réduire son empreinte environnementale. On peut même considérer qu'en tant qu'agriculteur, il faut être sacrément motivé pour faire face à certains aspects (voir encadré). Le Gaec Martens n'en a que plus de mérite à persévérer sur cette voie, intéressante sur bien des points. L'exploitation a beaucoup gagné en autonomie : elle est autonome à 100 % sur l'alimentation du bétail (Charolaises, Montbéliardes et Brunes). Les seules matières encore achetées sont les minéraux et les pierres à sel.

À refaire

Sur la partie grandes cultures, grâce aux digestats du méthaniseur, les achats de fertilisant ont été diminués de 60 % et l'allongement des rotations a permis une baisse de 24 % de l'usage des produits phytosanitaires. Cette autonomie se retrouve aussi sur l'alimentation du méthaniseur : 95 % des matières introduites dans la « métha » (effluents d'élevage (fumiers, lisiers), Cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive), paille) proviennent de l'exploitation. Le reste est constitué d'issues de céréales achetées. À l'année, l'exploitation incorpore 11 000 t de matière qui vont redonner 9 000 t de digestat liquide et 2 000 t de digestat solide obtenues grâce à un séparateur de phases, une centaine de jours après l'incorporation. Malgré des points négatifs si c'était à refaire, Aurélie Rémy n'hésiterait pas et se lancerait tout de même : « nous utilisons moins d'engrais et le séchage en grange nous assure une qualité de foin impressionnante qui nous amène une plus-value sur le lait. Par ailleurs, même si nous avons des soucis sur le plan mécanique, nous avons une production de gaz de belle qualité. » Enfin, les choix techniques adoptés laissent apparaître d'autres perspectives : « On réfléchit à une solution pour séparer le CH4 du CO2 et valoriser ce dernier, qui représente 45 % du total, conclut Romuald Rémy. Nous ne valorisons aujourd'hui qu'une grosse moitié du gaz produit ».

D'abord choisir l'avocat...

Du côté des points négatifs, l'exploitation doit composer avec des réglementations complexes et fluctuantes, dont le moins qu'on puisse dire est qu'elles contredisent les volontés officielles de favoriser l'allégement de l'empreinte carbone des structures industrielles ou agricoles. Il y a aussi les outils d'évaluation de la performance environnementale qui posent question : la méthode Cap'2ER semble être d'une grande complexité pour les exploitants, y compris lorsque la recherche d'optimisation de l'exploitation est indéniable. Il faut enfin compter avec un secteur économique de la production énergétique qui attise les appétits d'acteurs divers et pas toujours fiables ou honnêtes. Le Gaec Martens connaît notamment, depuis l'installation en 2020 de l'outil d'incorporation de la matière dans le méthaniseur, de nombreux soucis techniques, toujours pas résolus aujourd'hui. L'exploitation est d'ailleurs lancée dans une procédure judiciaire à l'encontre de l'entreprise qui a installé l'outil sans le dimensionner correctement. « Attention aux installateurs qui vendent du rêve » prévient Aurélie Rémy. Et Romuald de compléter : « On le dit un peu en rigolant, mais c'est quand même important : le premier élément à choisir quand on se lance dans une méthanisation, c'est son avocat… »