« La Région doit redevenir un partenaire fiable ! »
L'inauguration du stand de la Bourgogne-Franche-Comté, le 25 février au SIA aura fourni l'occasion à Jérôme Durain, président de Région, d'affirmer sa volonté de reconstruire la relation mise à mal avec le monde agricole. Les discussions sur la future PAC devraient donner l'occasion de concrétiser cet affichage.
La journée du 25 février, dédiée à l'inauguration du stand de la région Bourgogne-Franche-Comté (BFC) au Salon international de l'Agriculture, à Paris, a débuté par une réunion entre Jérôme Durain, à la tête de l'exécutif régional depuis juin dernier et l'ensemble des responsables professionnels agricoles. Il était important de formaliser ainsi la nouvelle nature de la relation qui s'instaure entre le Conseil régional et le monde agricole de BFC, à commencer par la Chambre régionale d'agriculture. Parce qu'on a manifestement changé d'époque ! Le président du Conseil régional a axé tout son discours – tenu en compagnie de la ministre de l'Agriculture, la Doubienne Annie Genevard, et son collègue de l'Industrie, le Saône-et-Loirien Sébastien Martin — sur cet aspect : « La région BFC, affirmait Jérôme Durain, est dans une phase de reconstruction de sa relation avec le monde agricole. Il nous faut repartir sur des bases claires, renforcer nos filières, créer davantage de valeur ajoutée, sécuriser les revenus, installer des jeunes. » Des objectifs auxquels personne ne peut être opposé mais qui ne devraient pas rester que des mots : « Nous travaillons, poursuivait-il à une convention avec la Chambre régionale d'agriculture, afin de remettre les choses à plat et donner de la visibilité à ceux qui s'engagent dans ce métier. On ne peut pas se contenter d'aller de crise en crise. Il nous faut un horizon et la Région doit redevenir un partenaire fiable, lisible ».
S'attaquer plus sereinement au Feader
Cet horizon semble s'éclaircir sur le Feader, pomme de discorde continuelle entre la Région et le monde agricole de BFC depuis trois ans : « nous ne sommes pas encore sortis de toutes les difficultés, mais les choses progressent, j'aimerais que cela aille encore plus vite, mais nous voyons le bout du tunnel ». Un constat partagé par Vincent Lavier, président de la Chambre régionale d'agriculture de BFC : « Un nouveau président à la Chambre régionale d'agriculture, une nouvelle directrice, un nouveau président au Conseil régional, un nouveau directeur général des services, tous guidés par la même volonté, ce qui nous a permis de nous attaquer plus sereinement à la gestion des dossiers en souffrance et de construire une convention cadre qui nous permet de répondre collectivement aux enjeux et aux défis que doit relever notre agriculture. Je souhaite que cette convention cadre soit ambitieuse. Elle est nécessaire afin de donner de la visibilité et porter des actions très concrètes sur le territoire. Sur le Feader, les premiers versements sont effectifs. Nous sommes plus en difficulté pour la partie investissements de modernisation que pour la partie DJA, où le dispositif fonctionne nettement mieux. Mais les versements doivent maintenant s'accélérer de manière exponentielle. »
Voyage à Bruxelles
Dans cette logique de réassurance, Jérôme Durain a pris l'exemple du Plan régional pour l'engraissement, qui concerne l'élevage bovin : « un dispositif simple qui permet d'apporter immédiatement du revenu sur les exploitations. Ce que nous avons fait pour ce plan, nous pouvons le dupliquer pour d'autres filières. » Pour le président du Conseil régional, il importe avant tout de « ne pas opposer performance environnementale et solidité économique de nos filières agricoles ». Il apparaît aussi essentiel de maintenir sur le territoire les outils de production et de décision : « Produire ici ne suffit pas si les décisions se prennent ailleurs : c'est pourquoi la Région agit pour conserver les centres de décision en BFC. À travers BFC Participations, nous intervenons afin de stabiliser le capital d'entreprises structurantes. Il faut aussi valoriser ici, c'est pourquoi nous soutenons les circuits courts et les projets alimentaires territoriaux (PAT), afin de mieux relier les producteurs, les transformateurs, la restauration collective aux consommateurs. » Cette relation renouvelée devrait connaître une étape symbolique, fin mars, avec un voyage organisé à Bruxelles, destiné à faire valoir les attentes particulières de la BFC auprès des instances européennes, dans le cadre des négociations liées à la future Politique agricole commune (PAC). Une stratégie qui s'était avérée relativement payante pour la PAC actuelle, mais dans laquelle, à l'époque, la Région ne s'était pas impliquée. Cette fois-ci, monde agricole et collectivité régionale vont y aller ensemble (voir encadré).
Porter une voix à Bruxelles
Dans le cadre des discussions actuelles sur la future Politique agricole commune (PAC), le Conseil régional de BFC a décidé d'engager un mouvement collectif pour défendre l'intérêt des filières agricoles. « Un déplacement à Bruxelles est prévu les 24, 25 et 26 mars, précise Jérôme Durain, avec l'ensemble des organismes représentatifs de la profession. Nous irons porter une voix régionale, claire, construite avec le monde agricole (ce dernier doit se réunir le 16 mars pour définir les axes prioritaires sur lesquels devront reposer les demandes régionales auprès de l'Europe N.D.L.R.) pour défendre les intérêts de l'agriculture de BFC. Face à l'Europe, il nous faudra être unis sur nos priorités : maintien d'un budget agricole ambitieux, soutien à l'investissement productif, prise en compte des réalités des territoires intermédiaires et d'élevage, accompagnement du renouvellement des générations. » Quant à obtenir plus de précisions sur les axes que la Région souhaite privilégier dans le cadre de ces discussions, il est encore trop tôt : « Le débat, ajoute Jérôme Durain est à l'œuvre au sein de la profession. Il n'est pas tranché pour l'instant. Nous aurons une réunion préparatoire pour finaliser le « dosage » de nos attentes. » Pour Vincent Lavier : « Au cours de ce déplacement à Bruxelles, nous expliquerons pourquoi nous avons toujours besoin d'une PAC forte, pourvoyeuse de moyens, strictement dédiée à l'agriculture. Lors des négociations pour la PAC actuelle, nous avions obtenu une MAEC ZI avec une enveloppe de 45 millions d'euros dédiée sur notre territoire. Pour définir ces axes, nous allons nous mettre d'accord au sein de la profession agricole de BFC. L'idée, c'est comme lors de la précédente PAC, miser sur ce qui nous rassemble. Nous nous réunirons ensuite avec les services de la Région, avant d'aller à Bruxelles. » Par ailleurs, Jérôme Durain est revenu sur le Mercosur : « le vrai sujet, c'est celui de l'égalité devant les normes. Nous ne pouvons pas demander toujours plus à nos agriculteurs en matières sanitaire, environnementale, sociale, tout en acceptant l'importation de produits qui ne respectent pas les mêmes règles. Nous devons préserver les plus fragiles : les zones intermédiaires ne peuvent pas être les oubliées des arbitrages européens. Leur pérennisation est une condition d'équilibre territoriale et de souveraineté productive. »