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Conjoncture

Des questions et trop peu de réponses pour la FDSEA 89

Lors d'une conférence de presse organisée à Auxerre le 21 mai, la FDSEA et les JA de l'Yonne ont dessiné les grandes lignes d'un paysage inquiétant pour la plupart des productions. Avec, au final, une interrogation : que veut vraiment le gouvernement, mais aussi la société dans son ensemble ?

Par Berty Robert
Des questions et trop peu de réponses pour la FDSEA 89
Lors de la conférence de presse à Auxerre le 21 mai. De gauche à droite : Sébastien Neveux, Antoine Vax (JA), Damien Brayotel (président FDSEA), Franck Pouillot (secrétaire général FDSEA) et Charles Baracco (JA). Manque Hélène Dapvril (vice-présidente FDSEA) également présente.

« C'est quoi, le modèle agricole d'après ? Des financiers, des industriels… Est-ce que c'est cela que les gens veulent ? » Damien Brayotel, président de la FDSEA89, posait sans détour la question, le 21 mai à Auxerre, à l'occasion d'une conférence de presse, réunissant aussi les JA89. Une France et une Union européenne qui donnent l'impression d'avancer sans vision à long terme, notre pays devenu plus importateur qu'exportateur de produits alimentaires… C'est une situation qualifiée d' « alarmante » qui était décrite à cette occasion, avec l'impression de ne pas être entendu et que tout est figé jusqu'aux élections présidentielles de 2027. L'impression qui prévaut, c'est celle d'un rouleau compresseur qui continue d'avancer sans qu'aucune décision importante ne soit prise pour sauver l'agriculture française. « Pas de gouvernement stable depuis 3 ans, listait Damien Brayotel, une Présidente de la Commission européenne qui s'emploie à poursuivre sa destruction systématique de l'agriculture avec le Mercosur, le Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) qui renchérit les engrais, les discussions sur la future PAC avec une baisse du budget qui se profile. Il faut croire que l'agriculture ne subit pas l'inflation… » Les hausses de charges, les agriculteurs ne peuvent les inclure dans des prix de vente qu'ils ne fixent pas eux-mêmes. « Nous subissons des contraintes terribles, poursuit le président de la FDSEA89, des marchés, du climat, des normes et à chaque fois que nous faisons des propositions et que nous demandons de l'aide, avec des agriculteurs qui sont parfois dans des situations catastrophiques, nous n'avons pas suffisamment de réponses. Quant à la Loi d'urgence agricole, actuellement en discussion au Parlement, elle semble largement dénaturée, et vu le temps qu'elle met à arriver, on s'interroge sur la conception même que les parlementaires se font de l'urgence… » Un constat partagé par Sébastien Neveux, 3è vice-président du syndicat : « Dans les débats parlementaires, plus de 2000 amendements ont été déposés, pour augmenter les Redevances pour pollution diffuse (RPD), pour empêcher une meilleure gestion de l'eau… l'objectif de déposer autant d'amendements, c'est bien qu'il ne se passe rien. »

La rentabilité et le revenu

Dans ce contexte se posent aussi aux responsables syndicaux agricoles des questionnements sur ce que peuvent apporter les Conférences sur la souveraineté alimentaire qui se déroulent actuellement dans les régions (l'une, consacrée au secteur de la volaille, s'est tenue au Lycée de La Brosse, près d'Auxerre, le 20 mai). Avec, en arrière-plan, la question fondamentale de la rentabilité économique et du revenu, avec des charges en hausse et des prix qui ne sont pas à la hauteur dans beaucoup de productions. « En grandes cultures, souligne Damien Brayotel, nous en sommes à trois années de suite avec des revenus négatifs et on craint que la campagne 2026 soit la quatrième. » « Si les grandes cultures étaient un secteur industriel, illustre Franck Pouillot, secrétaire général de la FDSEA, avec les résultats négatifs que nous enregistrons depuis trois ans, l'usine serait fermée… » Les règles à l'intérieur du marché européen ne sont pas les mêmes pour tout le monde : « On ne peut pas, poursuit Franck Pouillot, à la fois, mettre en place des contraintes très importantes pour nous, et ouvrir le marché à des concurrences qui ne respectent pas ces contraintes. Aujourd'hui, on n'en est plus à se demander si nous allons être en revenu négatif, mais si nous allons semer… »

« Une administration qui ne change pas de logiciel »

Du côté de l'élevage, le contexte actuel interpelle doublement : par la menace qu'il fait peser sur le renouvellement des générations, mais aussi sur celle concernant le maintien d'outils d'abattage locaux : « Il faut de la rentabilité, précise Charles Baracco (JA) et une vision sur le long terme pour permettre à des jeunes de s'installer. Après des niveaux de prix plutôt bons en bovins, le prix du kilo de carcasse a perdu 1 euro en un mois ! La raison ? En grande partie des concurrences intra-européennes… Il faut bien comprendre que, dans notre métier, ces difficultés ont un gros impact psychologique : on ne les oublie pas une fois rentré chez nous le soir, on vit en permanence dedans. » Les attentes en matière de simplification administrative demeurent aussi largement insatisfaites : « nous avons une administration qui ne change pas de logiciel » déplore Damien Brayotel, en citant l'exemple du guichet unique de la haie, sur lequel une réunion avait lieu récemment et où la FDSEA 89 a claqué la porte après avoir expliqué qu'il était hors de question de cautionner ce mécanisme en l'état. Enfin, Hélène Dapvril, vice-présidente de la FDSEA, rappelait un élément fondamental qu'il serait bon que nos élus ne perdent pas de vue : « Les agriculteurs sont aussi en grande partie ceux qui font vivre les campagnes. » En moyenne, par le mécanisme des filières, on estime qu'un agriculteur fait vivre 7 personnes autour de lui…

État des lieux

– Dans l'Yonne, ces dix dernières années, 3 élevages sur 10 ont disparu

– Le cheptel en bovins lait et allaitant a diminué de 20 %

– En exploitations céréalières, un revenu courant avant impôt moyen par chef d'exploitation, après paiement des charges sociales, en baisse de 6 800 euros et trois années de revenus négatifs

– En France, 900 000 ha de surface de céréales à paille perdues entre 2015 et 2025

– En production céréalière, l'aide d'urgence Otex 15 dégagée fin janvier représente environ 3 000 euros/exploitation, avec seulement 500 exploitations éligibles