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Assemblée générale de la FRGEDA

La transition, mode d’emploi

À Ungersheim, village alsacien en transition depuis 15 ans, les participants à l’AG de la FRGEDA de Franche-Comté ont pu découvrir concrètement cette démarche, dont le volet énergétique n’est qu’une facette.
Par D’après le compte-rendu de l’assemblée générale
La transition, mode d’emploi
Les échanges avec M. Mensch, le maire d’Ungersheim, ont été très riches.
À l’occasion de son assemblée générale annuelle, la FRGEDA de Franche-Comté a organisé la visite du village d’Ungersheim. Vingt-deux personnes, dont 16 adhérents de groupes franc-comtois mais aussi deux représentants de groupes bourguignons, étaient du voyage. Ils ont pu ainsi rencontrer le maire et débattre avec lui.
Initiée par Rob Hopkins, enseignant britannique en permaculture, au début des années 2000, la démarche de transition était à l’origine centrée sur la «descente énergétique», qui devait ainsi permettre de diminuer la dépendance au pétrole et de lutter contre le changement climatique. Ce mouvement s’est ensuite élargi à tous les moyens permettant de renforcer l’autonomie d’un territoire, ville ou village. Avec pour axes principaux l’énergie bien-entendu, en visant la réduction des consommations d’énergie fossile et des émissions de CO2, mais aussi plus largement la résilience des territoires par une relocalisation de l’économie, le renforcement des liens, des solidarités et de la coopération entre l’ensemble des acteurs du territoire, et enfin l’acquisition des compétences nécessaires au renforcement de l’autonomie du territoire.

Du chauffage solaire à l’autonomie intellectuelle
Testé dans une petite ville britannique dès 2006, le concept a ensuite essaimé à l’international. 2 000 initiatives de transition sont aujourd’hui répertoriées dans 20 pays, dont 150 en France. À Ungersheim, village de 2 400 habitants, la démarche s’est engagée depuis une quinzaine d’années, et a débuté lors de la mise en place d’un chauffage solaire pour la piscine municipale et le groupe scolaire, en remplacement du chauffage électrique. Ce premier pas vers l’autonomie énergétique ayant également permis de faire des économies, cela a encouragé l’équipe municipale à poursuivre et à élargir ses efforts, avec pour slogan «c’est en marchant que l’on trouve le chemin».
Cette initiative communale a été formalisée autour de trois axes : l’autonomie intellectuelle, l’autonomie alimentaire et l’autonomie énergétique, et déclinée en 21 actions visant à atteindre ces objectifs.

Pas d’augmentation d’impôts
Concernant l’autonomie énergétique, suite à la toiture solaire visant à chauffer l’eau de la piscine, la municipalité a mis en place sur son territoire une chaufferie bois, alimentant sept bâtiments communaux par un réseau de chaleur. En partenariat avec la commune limitrophe de Feldkirch, Ungersheim a lancé une consultation d’entreprises dont la société Hélios développement a été retenue pour développer la plus grande centrale photovoltaïque sur toiture d’Alsace. Ce projet valorise un ancien terrain de stockage des résidus de l’extraction minière, apporte une plus-value sur la location du site et 3,5% du CA aux communes tout en accueillant sous ses bâtiments des pépinières d’entreprises et des artisans, développant une cinquantaine d’emplois.
Parmi les autres actions, un éco-hameau «zéro carbone» est en phase de finalisation, des économies sont réalisées sur l’éclairage public, l’entretien des espaces verts se fait sans produits phyto-sanitaires ni engrais chimiques, de même les produits d’entretien des bâtiments communaux sont certifiés écologiques. La commune a acquis deux chevaux comtois pour le ramassage scolaire au moyen d’une calèche. Les économies réalisées par le biais de ce volet énergétique ont permis à la commune de ne pas augmenter les impôts locaux depuis 2005, et de travailler sur d’autres axes, dont celui de l’autonomie alimentaire (lire encadré).
Pour ce qui concerne l’autonomie intellectuelle, le Maire aime à rappeler qu’il s’agit surtout de s’affranchir du modèle dominant de la consommation à outrance. La démocratie participative est un outil largement employé à Ungersheim, et permet aux habitants qui le souhaitent de s’impliquer dans des commissions thématiques, après signature d’une «charte citoyenne», pour soumettre leurs idées et contribuer à la concrétisation de nouveaux projets. La démarche repose aussi sur une société civile active, qui s’implique dans les réflexions, les débats, les prises de décision. Enfin, la commune a mis en place une monnaie locale, le «radis», en partenariat avec les commerçants et artisans de la commune et de communes voisines : choisir de dépenser localement pour développer l’économie locale. La priorité de monsieur Mensch et de l’équipe municipale porte sur ce que le maire nomme «la technologie du changement social» car l’autonomie intellectuelle, la capacité à choisir en conscience est la partie la plus ardue dans ce projet de transition.

Impulser la nouveauté
La démarche repose clairement sur les épaules du Maire, appuyé par une équipe d’une cinquantaine de volontaires, qui a su développer et mettre en œuvre des idées novatrices. Il estime que c’est du rôle de la collectivité d’impulser la nouveauté, puis de sensibiliser progressivement à tous les niveaux. Pour les habitants, les leviers mis en avant sont les finances et la santé. Si la démarche génère des économies ou des recettes qui peuvent être réinvesties, c’est encore mieux. Les changements doivent se faire progressivement, en douceur, en impliquant les habitants pour qu’ils adhèrent aux actions. Les villages voisins commencent à s’intéresser à cette démarche.

Autonomie alimentaire «de la graine à l’assiette»

À son niveau, la municipalité a ainsi initié une filière agro-alimentaire «de la graine à l’assiette», qui s’appuie sur :
- une exploitation maraîchère bio de 7,5 ha, gérée par l’association «les jardins du trèfle rouge» (adhérent au réseau des «Jardins de Cocagne»), qui emploie une trentaine d’ouvriers-maraîchers en insertion. Elle fournit la cuisine municipale, et vend également sur les marchés et sous forme de paniers,
- une seconde exploitation maraîchère, gérée en régie communale, qui vient d’être lancée sur environ 5 ha et sur laquelle va être testée la traction animale (toujours le souhait de s’affranchir du pétrole !),
- une cuisine bio, également tenue par un organisme d’insertion, qui confectionne chaque jour 550 repas pour les écoliers d’Ungersheim et des villages voisins,
- une conserverie, déjà opérationnelle, à laquelle vont prochainement s’ajouter une légumerie (les deux seront alimentées par les exploitations maraîchères de la commune), une malterie et une micro-brasserie, ainsi qu’une unité de pressage de fruits.
Si le volet énergétique semble rentable, le volet alimentaire nécessite des aides financières et ne peuvent donc pas gérer de bénéfices. Mais le Maire de la commune considère que la rentabilité économique d’une action n’est pas forcément une question préalable. Ce qui importe c’est d’initier un mouvement, de créer du lien social, de mobiliser les citoyens comme acteurs du changement, quitte à utiliser les moyens et aides sociaux disponibles.