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Innovations

La techno-viticulture, c'est déjà du présent

La filière vitivinicole est un domaine où l'expérimentation suscite un intérêt grandissant, face aux défis du changement climatique, mais pas seulement. L'événement Inoviti, organisé à Beaune par Agronov, la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or et le Vinipôle Sud Bourgogne, témoigne d'un secteur qui s'interroge.

Par Berty Robert
La techno-viticulture, c'est déjà du présent
La robotique fait son entrée dans les entreprises viticoles avec Fanuc. Elle permet de confier à des robot collaboratifs des tâches à faible valeur ajoutée.

Dix-sept entreprises présentes, près de 200 participants : l'évènement Inoviti, organisé le 4 décembre à la cave coopérative Nuiton-Beaunoy de Beaune par Agronov, la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or et le Vinipôle Sud Bourgogne n'avait rien d'anecdotique. Dans le secteur de la viticulture, soumis à de fortes interrogations et défis liés au changement climatique, rencontrer des entrepreneurs qui se saisissent de ces questions, et de bien d'autres, est plus que jamais nécessaire. Les viticulteurs sont en quête, peut-être pas de solutions simplistes ou toutes faites, mais au moins de pistes de réflexion. Cette journée leur en a fourni quelques-unes avec la présentation de multiples solutions technologiques en matière de logistique, de conditionnement, de pilotage de chai, d'optimisation d'usage de produit phytosanitaires, de machinisme…

Transitions technologiques

Chacune des entreprises présentes avait cinq minutes pour présenter son innovation et les participants pouvaient ensuite poursuivre plus longuement les échanges au cours de moments dédiés tout au long de la journée. Dans un tel contexte, attirer la génération montante s'imposait et une centaine d'étudiants du lycée viticole de Beaune (Beaune Viti Agrocampus) étaient donc également présents. « Cet événement permet d'avoir un aperçu des transitions technologiques viticoles à l'œuvre, de la vigne à la cave, soulignait Liselore Martin, directrice du pôle Agronov. Les 17 entreprises présentes avaient donc un beau challenge à relever en tentant de susciter l'intérêt des personnes présentes. » Parmi les nombreux exemples à découvrir lors d'Inoviti, nous avons choisi d'en évoquer trois qui donnent un aperçu des innovations en cours :

– Robotique et logistique avec Fanuc : L'entreprise présentait un robot collaboratif, utilisé dans de nombreux domaines (automobile, agroalimentaire, pharmacie). Ces bras peuvent transporter des charges allant de 500 gr à 2,3 t. « Fanuc travaille de plus en plus dans le secteur du vin, précisait Nicolas Doval, responsable commercial pour l'entreprise. Palettisation, manutention de cartons, mise en caisse de bouteilles… nous sommes sur ces créneaux pour pallier des problèmes de pénibilité, de qualité, de productivité, mais aussi face aux problèmes de recrutement. » Le principe de base est que le robot est facile à programmer. Il accomplit des tâches simples et répétitives et peut travailler à côté des opérateurs, sans qu'il soit nécessaire d'instaurer un périmètre de sécurité. « La robotique permet de confier aux opérateurs des tâches avec plus de valeur ajoutée, comme le contrôle, par exemple. » Le robot est équipé de capteurs qui lui permettent de détecter un défaut sur un carton et d'éviter, ainsi, de la casse produits. Il peut être connecté à un smartphone pour conserver un contrôle sur son travail à distance. On peut ainsi étirer la productivité sur un laps de temps plus long.

– Pilotage de chai avec ARDPI : Cette entreprise dijonnaise présentait une application de monitoring d'ambiance de chai. « L'objectif, précisait Frédéric Badon, directeur général de l'entreprise, est d'assurer la qualité du vin en prenant en compte plusieurs facteurs propres à l'ambiance qui règne dans le chai (température, hygrométrie) s'adapter au changement climatique et optimiser les coûts énergétiques. » Des capteurs sont déployés en différents points du chai, mais aussi pour récupérer des paramètres à l'intérieur des fûts (pression, oxygène dissous). Les données ainsi récupérées sont stockées mais aussi travaillées afin de modéliser et de cartographier l'ambiance du chai. On peut ainsi avoir un aperçu des influences à l'œuvre dans le chai, dans les fûts et sur ce qui se passe entre les deux. « Le client reste propriétaire de ses données, soulignait Frédéric Badon. Il connaît son métier, nous sommes juste là pour lui fournir un outil qui lui permet de travailler seul. Le client est libre de se mettre des alarmes sur les données qui l'intéressent et sur lesquelles il souhaite optimiser son fonctionnement. » Actuellement, ce système est expérimenté au sein de la Maison Louis Jadot, à Beaune.

– Suivre, piloter et « écouter » le vin avec Onafis : Cette société française propose des solutions permettant aux viticulteurs d'avoir une vision en temps réel sur l'évolution des vins en tonneaux. Il y a le Densios, un capteur qui mesure la densité et la température des fermentations. Des données accessibles sur une application dédiée. Cela permet au viticulteur d'aborder sa journée de travail en ayant une vision claire de ce qui est prioritaire. L'entreprise propose aussi des bondes qui permettent de suivre les éléments intrinsèques du vin pendant l'élevage (températures interne et externe, hygrométrie) pour cartographier les caves où il peut exister des microclimats qui peuvent avoir un impact sur les vins. Elles mesurent aussi l'oxygène dissous et la prolifération des micro-organismes. Ces bondes peuvent être connectées avec des automates de climatisation ou d'humidification : en fonction des critères de déclenchement de ces automates que le viticulteur aura déterminé, c'est le vin lui-même qui pilote l'ambiance de la cave. Il est ainsi possible d'obtenir de vrais gains énergétiques en « écoutant » le vin, en ayant moins besoin d'envoyer du chaud ou du froid de manière systématique.