La résistance s'impose, mais avec réflexion…
Le colloque « Viticulture en action » organisé à Dijon le 29 janvier a abordé la thématique des variétés de plants de vignes résistantes. Elles font l'objet d'intenses recherches afin d'améliorer l'adaptation des vignobles au risque maladie et au changement climatique. Mais elles suscitent aussi des inquiétudes.
« Savez-vous quand les viticulteurs pourront disposer de la première variété de plant de vigne résistante au Black-Rot ? Parce que je peux vous dire que dans le Beaujolais, l'attente est très forte à ce niveau ! » La question, posée par une participante au colloque « Viticulture en action » organisé le 29 janvier à Dijon, en disait long sur le niveau de préoccupation qui traverse les vignobles français confrontés à certaines maladies et au changement climatique. Deux contextes qui obligent à envisager de manière très sérieuse des recherches sur de nouveaux plants de vignes. C'était d'ailleurs le thème de la table ronde de ce colloque. La prise de conscience n'est pas nouvelle et heureusement, parce que dans ce domaine, l'émergence et l'homologation de nouveaux plants se comprennent sur des pas de temps de 15 ou 20 ans ! Et encore faut-il que tout cela soit compatible avec des cahiers des charges aux exigences très variables et parfois difficiles à modifier… notamment en Bourgogne. « Pour l'instant, il n'y a pas de variété résistante dans les cahiers des charges, confirmait Charlotte Huber, la directrice technique de la Confédération des appellations et vignerons de Bourgogne (CAVB). Actuellement seuls quatre cépages sont autorisés : chardonnay, pinot noir, gamay, aligoté, mais depuis quelque temps l'Inao donne la possibilité aux Organismes de gestion (ODG) d'expérimenter de nouveaux cépages. Certains ODG de Bourgogne se sont manifestés pour faire des tests. »
Des lignes qui bougent
Même dans le « saint des saints » bourguignons, les lignes pourraient donc bouger. D'autant plus que, de son côté, la recherche n'est pas restée les deux pieds dans le même rang de vigne ces dernières années. Exemple avec le programme ResDur (pour Résistance Durable) d'innovation variétale de l'Inrae, à Colmar, en Alsace. « Il nous permet de gagner en rapidité dans les sélections de variétés, souligne Guillaume Arnold, ingénieur en innovation variétale à l'Inrae de Colmar. Depuis que le programme a été lancé, au début des années 2000, nous en sommes à douze variétés inscrites au catalogue. » Ce programme connaît des déclinaisons dans d'autres régions viticoles. C'est le cas en Bourgogne et en Champagne avec Cepinnov, porté par le Comité Bourgogne et le Comité Champagne, et dont le but est de créer des variétés résistantes en ne perdant jamais l'objectif de préserver les typicités régionales. « Intégrer le facteur de la typicité dans les recherches qui sont menées, pour renforcer la résistance des vignes, est essentiel, » confirme Marion Wimmer, cheffe de projet Matériel végétal au sein du Comité Bourgogne, qui a détaillé le programme actuellement à l'œuvre en Bourgogne (voir encadré). Le programme Cepinnov nourrit en tout cas de grandes attentes en Bourgogne, région où la frilosité face aux concepts de variétés résistante est très forte, par peur de perte de typicité.
Un segment en émergence
Ces variétés résistantes suscitent-elles également de la méfiance chez les consommateurs ? Il faut déjà les remettre à leur juste place : elles concernent aujourd'hui 0,35 % du vignoble français. On est loin du « tsunami ». Pour autant, comme le remarque Foued Cheriet, professeur à l'Institut Agro Montpellier « le créneau se développe. C'est un segment en émergence : en Occitanie les producteurs que j'ai interrogés lors d'une enquête projettent de produire 26 % de variété résistante en plus, à l'horizon 2030. Des consommateurs semblent conscients et soucieux de l'intérêt de ces variétés pour la santé des viticulteurs, parce qu'elles permettent de réduire le recours aux produits phyto. La notion de résistance semble aussi mieux passer mieux des blancs qu'avec des rouges. » La résistance promet de s'imposer comme un sujet central à tous les niveaux de la viticulture, dans les dix à quinze ans qui viennent.
Un programme en trois phases
Dans le cadre de Cepinnov, mené en partenariat avec la Champagne, le Comité Bourgogne a mis en place un programme de création variétale qui s'articule en trois phases :
- Une sélection en laboratoire, assistée par marqueurs.
- La plantation de 380 variétés en sélection intermédiaire sur une parcelle expérimentale située en Saône-et-Loire, qui comprend 6 années de plantation et une phase de suivi également étalée sur 6 ans. Les vinifications qui sont réalisées à partir de ces sélections sont très petites car on ne compte que 5 pieds par variété implantée.
- Une sélection Valeur agronomique, technologique et environnementale (Vate) elle aussi suivie pendant 6 ans, mais avec des possibilités de vinification plus larges puisque le nombre de variétés sélectionnées sera forcément plus réduit.
Des variétés validées pourraient être disponibles en 2032.