La place de la haie dans le Tonnerrois
Après un projet d'étude de sept semaines, cinq étudiants de l'Institut d'Agro Dijon ont réalisé une après-midi dédiée à la restitution du projet « Haie dans le tonnerrois », ce vendredi 23 janvier.
Étudiants en Master 2 Agroécologie à l'Institut Agro-Dijon, Romain Franche, Frédéric Busi, Nathan Imperinetti, Estelle Malvezin et Tobias Brinkert ont réalisé un projet sur « l'intérêt des bénéfices des haies dans le Tonnerrois par les agriculteurs du territoire ». Accompagnés par leur professeure, Floriane Derbez, ils sont venus tout droit de Dijon pour réaliser une restitution de leur projet à Vezines, au cœur du paysage tonnerrois. « Ce projet fait suite à une demande de l'Epage d'Armançon et notamment d'Edward Benoit, chargé de mission Projet de Territoires pour la Gestion de l'Eau (PTGE). À l’origine, nous étions deux groupes, un en master 1 qui s'occupait de la bibliographie et notre groupe, où nous avons réalisé une enquête de terrain dans le Tonnerrois. À cette occasion, nous avons rencontré quatorze agriculteurs », informe Nathan Imperinetti. Edward Benoît débute l'intervention, car « le premier groupe s’est dissous ». « L'objectif de ce mini-groupe était de référencer la bibliographie existante concernant le bénéfice des haies pour les grandes cultures. À partir de cette base existante, les étudiants devaient constater les points où l'information manquait et travaillait avec le second groupe pour créer des références locales et mieux appréhender le terrain localisé », explique-t-il devant la trentaine de personnes présentes. Pour faire une courte synthèse, les étudiants ont travaillé sur ce projet d'octobre à janvier. Ce qu'il faut retenir, c'est que « la haie peut être considérée comme un abri de biodiversité et permet donc une régulation biologique des bioagresseurs. Par exemple, pour le colza, le syrphe est présent directement dans les haies, car c'est un pollinisateur et il a donc le rôle de prédateur pour l'altise, le charençon ou encore la méligèthe », analyse Edward Benoît. Dans un second temps, la haie « joue un rôle dans la préservation des sols ». En s'aidant des diaporamas, il explique « que cela permet d'avoir une diversification du système racinaire et de fertiliser les sols par les feuilles. Le meilleur bénéfice reste tout de même le fait que cela protège les cultures du vent. Le vent ralentit la croissance des végétaux. En implantant une haie, cela peut réduire la vitesse du vent jusqu'à 40 % », chiffre-t-il.
Un territoire où les haies sont historiquement absentes
Les cinq étudiants ont donc eu sept semaines, dont cinq jours de terrain pour réaliser des entretiens exploratoires afin de « comprendre le réseau d'acteurs qui se trouvaient autour de ce thème ». Au cours de ces entretiens, l'objectif était de « réaliser un sociogramme, c’est-à-dire de trouver les causes qui les liaient et ce qui les différenciaient ». En comprenant mieux le territoire, « nous avons constaté que les agriculteurs interviewés étaient limités par leurs choix de culture ». Tobias Brinkert, l'un des étudiants, prend ensuite la parole pour établir « trois profils d'agriculteurs » : « les céréaliers du Tonnerrois, les céréaliers en transition et les céréaliers convaincus ». La « typologie » réalisée souhaite comprendre les profils présents sur le terrain afin de comprendre les dynamiques. Le premier groupe, reflète un groupe d'une moyenne d'âge de « 48 ans », ayant « des cultures classiques, étant peu diversifiés » et qui pense que « les atouts agronomiques des haies n'ont pas été démontrés sur le territoire et ont donc du mal à se projeter ». Le second groupe se différencie par le fait « qu'ils ont des exploitations généralement plus grandes, ont plus de monde qui les gère et essaient de s'émanciper des pratiques classiques ». L'étudiant en Master 2 en profite pour ajouter que « nous avons observé que nombre d'entre eux ont réintroduit de l'ovin en complémentarité à des projets agrivoltaïques ». Ils pensent que la haie « est au service de la diversification et recherche une rentabilité à court terme qu'ils ne peuvent pas trouver sachant qu'une haie met au moins cinq ans à devenir rentable ». Quant au dernier groupe, ils ont pour la plupart « des projets de plantation lancés », et ont la volonté « d'avoir une forte diversification des assolements et sont très fortement engagés dans les réseaux locaux ». En ce qui concerne la perception de la haie, « ils ont une vision globale et approfondie de ces avantages. Ce sont des chefs d'exploitations qui voient sur le long terme », conclut-il. En conclusion, les étudiants constatent « que la diversité de perception doit être prise en compte ». Nous avons observé un besoin de preuves locales pour pouvoir s'y référer. Après avoir été applaudis, les étudiants reprennent le bus direction Dijon. Luc*, un des agriculteurs interviewés commente que « ce projet traduit bien ce qui se passe dans le Tonnerrois. Cela pourrait servir de supports pour des pistes d'amélioration concernant la valorisation de la haie sur ce territoire ».
*ce prénom a été changé pour des raisons d'anonymat