« La Pac devrait être une aide d'orientation politique »
Rencontre avec Julien Caillard, céréalier à Courson-les-Carrières et spécialiste du sujet de la Politique agricole commune. Retour et ressenti sur la prochaine Pac.
Avant que la moisson débute, Julien Caillard, céréalier à Courson-les-Carrières et membre du syndicat des jeunes agriculteurs (JA) a souhaité donner son avis sur la nouvelle politique agricole commune (Pac). Depuis 2012, Julien Caillard a rapidement gravi les échelons du syndicalisme pour arriver au niveau européen sous la structure du Centre européen des Jeunes Agriculteurs (CEJA) où il a pu débattre de la Pac. Pour rappel, la Commission Européenne a dévoilé ses premières propositions concernant le budget européen 2028-2034. Ce budget annoncé serait d'un minimum de 300 milliards d'euros, soit une baisse de 20 % par rapport à l'enveloppe actuelle. Une réserve de crise agricole doublée est prévue. Pour Julien Caillard, la première revendication s'appuie sur une augmentation budgétaire. « Le budget doit être augmenté, ou du moins maintenu. Avec un budget contraint, nous devons trier les aides et ceux qui peuvent les percevoir », détaille-t-il. En détail, la prochaine Pac (2028-2034), prévoit « la fin de la distinction entre les deux piliers historiques de la Pac, l'introduction d'un plafond de paiement de 100 000 €, avec un paiement dégressif au-delà de certains seuils (à partir de 20 000 €), une fusion des éco-régimes et MAEC, la fin des BCAE, une conditionnalité recentrée sur des obligations réglementaires minimales. L'ICHN sera maintenue ainsi que les paiements couplés », annonçait la FDSEA de l'Yonne, en juillet 2025.
Renouvellement des générations, une nécessité
Dans un contexte démographique majeur, associé à de bas prix, et à un changement climatique que l'on ne peut pas nier, Julien Caillard revient sur plusieurs aspects. Pour lui, l'installation des jeunes « est un défi majeur à relever, étant donné le contexte actuel ». En reprenant le discours de Pierrick Horel, ancien président des Jeunes Agriculteurs au National il propose une idée. « La proposition de consacrer 10 % du budget à l'installation des jeunes, que nous avons proposé ultérieurement est déjà reprise dans le budget européen », lançait l'ex-président national des JA, le 3 juin dernier, à Bourg-en-Bresse. Julien Caillard, valide cette idée et insiste sur la priorité d'installer des jeunes. « Nous voulons consacrer une partie du budget européen au renouvellement des générations. Même si les conditions de travail s'améliorent, il faut qu'un jeune ait la possibilité de s'installer. Bien évidemment, la transmission est incluse dans cette partie. On observe bien que la tendance est à l'agrandissement, ce qui peut compliquer la reprise d'une exploitation par un jeune. L'économie peut être un frein », manifeste-t-il. Et si les jeunes qui souhaitent s'installer doivent être accompagnés et financés, Julien Caillard en a bien conscience il faut également limiter les aides à d'autres personnes. « À partir de 67 ans, il faut se poser la question, est-ce que tu veux les aides ou la retraite ? Au sein de notre syndicat, ce que l'on pense, c'est qu'à partir de cet âge-là, il faut partir à la retraite. On souhaiterait mettre en place une limite d'âge », ajoute-t-il.
La dégressivité ?
En ce qui concerne la nouveauté de la prochaine Pac, la dégressivité, les avis divergent. Julien Caillard, lui, dit « qu'ensemble on dise non à la course aux hectares et que l'on dise oui à la dégressivité. En session Pac, les Jeunes Agriculteurs issus de toutes les régions sont tombés d'accord sur le fait de concentrer les aides sur les premiers hectares pour ne pas récompenser l'agrandissement et que, par conséquent, la dégressivité était un bon outil. Le point de désaccord était plutôt centré autour de la base de calcul de la dégressivité, les sommes en euros proposées par la Commission Européenne, les 52 premiers hectares, la SAU moyenne française de 69 ha, la SAU moyenne européenne de 90 ha. Nous avons choisi une baisse de 25 % des aides surfaciques tous les 90 ha à partir de 180 ha », avance-t-il. Pour améliorer les rendements, le céréalier propose « de structurer les filières. C'est historique. Nous, céréaliers, nous profitons de ce système ou nous avons des organismes privés ou des coopératives qui structurent les filières, depuis pas mal de temps. C'est le recul de ces outils-là qui rend instable le système », confie Julien Caillard. En réfléchissant, il met en avant « la moutarde de Dijon, ou encore le comté ». Pour lui, « si les lentilles, ou bien d'autres cultures ne s'implantent pas et ne durent pas dans le temps, c'est parce qu'il n'existe pas de structuration sur ces filières. Tout le monde essaie de son côté et rien ne marche. Pour quelle raison, le nombre de parcelles d'orges brassicole est si prédominant en France ? C'est grâce à la malterie de la coopérative Soufflet Agriculture. Pour que les filières prennent naissance, cela demande de la discipline, de la formation et de la structuration. Je pense que la structuration ça paie toujours », justifie-t-il.
Le changement climatique ?
Pour ce qui concerne le changement climatique, le céréalier en a conscience : « tous les agriculteurs ont du mal à ce que la Pac rémunère l'environnement. Le budget n'a pas augmenté, mais on nous demande d'en faire plus ». Pour autant, cela ne veut pas dire qu'il est contre l'environnement, il aimerait qu'un autre budget, séparé de la Pac soit alloué à l'environnement. Julien Caillard alerte sur la nécessité d'aider les agriculteurs. « Il existe des régions où les agriculteurs vont devoir s'adapter au changement climatique en changeant de cultures. Cela va demander de vrais changements de pratiques. Nous souhaitons réellement accompagner le changement. Nous avons pris beaucoup trop de retard. Si nous sommes aidés par la Commission Européenne, nous pourrons d'ores et déjà changer de pratiques ». Toutefois, il précise qu'aucune initiative individuelle ne doit être prise. « Nous devons respecter des productions historiques, où il existe des appellations protégées. L'objectif n'est pas de nous faire concurrence entre agriculteurs français. Nous nous devons d'expérimenter des cultures qui pourraient s'adapter aux conditions climatiques que nous allons vivre dans les prochaines années. Pour que tout cela se concrétise, il faut que le gouvernement français et plus largement européen nous donne un signal. À tout prix, nous souhaitons une politique agricole neutre qui répond aux enjeux de demain ».